Retour sur Terre – Hanoi 2014 versus Hanoi 2016

Donc voilà, je suis revenue, après deux ans d’absence. Pour un petit séjour de trois semaines en solitaire. Enfin pas vraiment, car j’ai prévu d’y retrouver quelques connaissances… Les circonstances ne sont tout simplement pas les mêmes.

En étant « touriste » et non pas « expat’ », j’ai perdu certains privilèges. Comme celui d’avoir un logement de choix, dans un quartier cool, pour pas un bras. Je ne suis que de « passage ». J’ai rétrogradé. Pas si grave. A côté, je peux me permettre un tout petit plus de choses sur place. Car je me dis que je pourrais « me refaire » en France afin d’éponger mes dépenses actuelles. Pas si mal…

Bref, mercredi je prends l’A350 de la Vietnam Airlines. J’y rencontre un physiothérapeute belge appelé Arno. On sympathise en anglais dans le texte et on finit par partager un taxi. Dans l’habitacle, je n’y crois pas. Je vois d’abord l’aéroport d’Hanoi, qui a bien changé, s’est agrandi et encore plus modernisé. C’est proprement impressionnant, avec tous ces ponts qui s’enchevêtrent. Tout ce qu’il y a autour sur la route, qui n’était qu’un vaste chantier à ciel ouvert, est devenu quelque chose de beaucoup plus construit et plein de vie. Ca n’arrête pas. Je vois les palmiers, les gens, les motos. Je n’y crois pas. J’en ai tellement rêvé. Je n’arrive pas à croire que je suis là. Je m’exclame toute seule. Je suis abasourdie. C’est réel.

En arrivant à mon logement, un appart-hôtel dans un quartier que je connais peu mais qui a l’avantage d’être au milieu de mes centres d’intérêt, je me rends compte que j’avais oublié qu’Hanoi avait une odeur. Une odeur particulière, peu descriptible, mélange pêle-mêle, à différents degrés, d’humidité, de fruits étranges, d’essence, de chaud, de viande… Oui, dit comme ça, c’est assez curieux, j’en conviens, mais c’est difficile à décrire.

Il y a aussi une petite voix en moi qui me dit que tout ça, c’est « inscrit dans mon sang ». J’y peux rien, je ne fais que répéter…

Pendant longtemps après mon arrivée, je suis dans ma chambrait n’ose pas en sortir. Je ne sais pas où aller, que faire, comment retrouver ma sensation d’aisance et de bien-être que j’avais auparavant. Je ne sais même pas si c’est possible, d’ailleurs.

Alors, finalement, je me suis dit que quitte à débarquer avec une dette de sommeil et 12 heures d’avion dans les pattes, autant m’en tenir à ce que je connaissais déjà, à ce qui était le plus rassurant pour moi.

C’est alors que sans m’en rendre compte, ou plutôt en le réalisant petit à petit, j’ai joué avec moi-même au jeu des sept différences.

Voici ce que j’ai pu constater :

– la crêperie Bi Niou semble avoir déménagé, je ne l’ai pas retrouvée à son emplacement,

– Tracy’s, le marchand de burger, est toujours à Xuân Dieu et je me demande encore bien pourquoi,

– l’aéroport a grossi, tout comme les routes. La poussée immobilière est impressionnante. La plupart des nouveaux bâtiments construits le sont pour des étrangers : hôtels et appartements de luxe pour expat’ et business (wo)men… Des hôtels sont d’ailleurs convertis en appartements pour étrangers car c’est plus rentable pour moins de travail. J’ai la désagréable sensation que les Occidentaux sont les « qataris » du Vietnam… Certains restaurants n’affichent d’ailleurs des écriteaux qu’en anglais. Imaginerions-nous cela en France ? Et dire que chez nous on agite les sirènes du communautarisme…

– Le Kim Ma Mart a été remplacé par un Unik Mart (qui doit être une chaîne),

– La chaîne de restaurant Highway 4 a perdu son bastion à Xuân Dieu et la chaîne de cafés Công Ca Phê a de nouvelles franchises un peu partout, dont à Trang Tiên et, me semble-t-il, à Xuân Dieu,

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< Un de mes 1ers repas au Highway 4 de Kim Ma >

– La rue Trâng Tiên transpire le luxe plus que jamais : et voilà que je te construis une énorme boutique Christian Louboutin même qu’en France t’as pas ça à te mettre sous la dent. Les hyper-riches seront également contents d’apprendre que y a un magasin Mobiado qui te vend des téléphones portables de luxe avec de l’or et tout. J’ai même aperçu un Starbuck’s Coffee derrière le Press Club…

– Internet semble encore plus facile d’accès. Pour 10 euros j’ai 8 GO de connexion, facile. Dingue.

– Y a aussi un autre truc dingue : Uber est à Hanoi ! Pas très intéressant cependant si on a des frais bancaires importants, puisque les courses sont débitées du compte dans la devise locale… Par contre, y a l’appli singapourienne GRAB qui fait très bien l’affaire, y compris avec les moto-taxis, et qui te permet de payer en cash ! Enfin un moyen pour les étrangers de payer le « vrai » prix des xe om  (c’est du quasi divisé par deux) ! Le seul souci concerne la gourmandise de cette appli pour tes données personnelles. Je compte l’effacer sitôt rentrée en France…

Je suis retournée dans le quartier où j’habitais. Je me rends compte à quel point ce dernier appartement où j’ai vécu avec Paul et Hai Minh était un petit paradis. J’ai eu du mal à retrouver l’allée exacte mais lorsque je l’ai retrouvée, j’ai éprouvé un tel soulagement. Je sais que si je reviens vivre à Hanoi un jour, c’est dans ce type d’appartement à cet endroit que je chercherai en premier.

J’ai revu certains de mes anciens collègues de bureau. Ils ne savaient pas que j’étais à Hanoi. J’espère qu’on pourra se faire une petite bouffe.

J’ai revu ma copine Chau. Celle-ci a bien grandi et se débrouille très bien. On a testé quelques cocktails, mangé au restaurant, et elle m’a prêté son piano pour que je puisse m’entraîner.

Je me suis offert un petit massage de 30 minutes, un peu acrobatique-WTF vers la fin mais bien marrant. J’ai aussi testé la manucure avec les ongles en gel. Oui, je sais aussi être futile quand je veux passer du temps.

Et sinon, mon vietnamien est encore plus minable qu’il y a deux ans. D’autant plus qu’il y a deux ans, j’avais perdu mon premier carnet de notes de vietnamien. Je suis en train d’en reconstituer un, mais c’est long.

En tout cas, une chose est sûre ; Hanoi n’est pas vraiment « mon » Hanoi d’il y a deux ans, avec Ju, Gi, Paul et compagnie, un job, un petit salaire et du temps devant moi. Les circonstances sont différentes, la ville est différente. Ce n’est sûrement pas un mal, rien ne doit rester immuable alors je préfère me dire d’aller de l’avant et de profiter de cette nouvelle expérience.

Une seule chose n’a pas changé : je ne sais pas si c’est ma perception des choses qui change ou les faits objectifs, mais la circulation me semble encore plus démente, avec un peu plus de voitures (dont pas mal de SUV). Ce qui n’a pas changé, c’est la signification des klaxons, qui semblent te dire : « Pousse-toi de là que je passe, si tu ne le fais pas, tu pourras pas dire que j’t’ai pas prévenu ! ».

Tschüs !

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Survivre à Montréal et Osheaga suite à une fracture du pied / de l’orteil

Hello tous,

Oui, je sais, ce blog n’est pas là à proprement parler pour parler du Québec ou de Montréal, où je ne fais que passer quelques vacances.

Il m’est cependant arrivé une mésaventure que je ne souhaite à personne : trois jours avant de prendre l’avion direction le Canada, je me fracture l’orteil. Me voici donc avec chaussure de Barouk qui m’empêche tout déroulement du pied, une canne prêtée par ma mère (acceptée sans supplément dans les bagages cabine chez Air Canada, ouf), et l’espoir irrationnel que cet incident ne perturbera pas trop mon séjour.

J’ai donc eu envie, deux semaines après ce drôle de régime, de partager mes impressions et autres conseils pratiques.

Il y a un an, lorsque je passais par Montréal, je me disais : « bon sang c’est fou, on voit des personnes à mobilité réduite partout, c’est que la ville doit être cool et accessible ! ». La réalité est un peu plus subtile que ça.

Bref, voici les quelques étapes que j’ai franchies, libre à vous d’en tirer un enseignement si vous êtes dans une situation analogue :

1/ J’ai loué des béquilles chez Jean Coutu (chaîne de pharmacies, dont une enseigne était pas loin de mon point de chute). 10 dollars la première semaine, 4 les suivantes, dépôt de 25 dollars, c’est tout à fait jouable. Il faut cependant de l’entraînement pour marcher avec. C’est sportif, ça demande des bras, des épaules, ça fait un peu mal aux poignets au début. Dur quand il fait 30 degrés sous un soleil de plomb. Attention de bien les faire régler, et SURTOUT de vérifier l’état des patins et la présence ou non de vis papillons au niveau des poignées ! Astuce pour marcher avec ces béquilles « à l’américaine » (oui celles qui se glissent sous les aisselles) : écarter les béquilles de façon à ce qu’elle reposent non pas sur les aisselles (à la verticale parfaite) mais contre les côtes, en formant un angle léger. L’équilibre ne sera que meilleur. Pour plus d’infos je vous conseille de regarder sur Youtube des vidéos de l’hôpital d’Ontario qui explique comment marcher avec des béquilles.

2/ J’ai acheté une carte SIM locale pour mon téléphone débloqué (une quarantaine de dollars chez FIDO pour une offre moyenne + 11 dollars pour la carte SIM elle-même), afin d’avoir de la connexion et de pouvoir appeler un taxi au besoin.

3/ J’ai téléchargé l’appli Transit qui montre de façon très intuitive tous les arrêts de bus, métro et autres à proximité de l’endroit où on se trouve, avec les horaires, les itinéraires, etc. Très pratique pour optimiser ses déplacements marchés.

4/ J’ai au début, privilégié les déplacements en bus car il existait un arrêt bien plus proche de mon point de chute que la station de métro locale. J’ai tout de même réalisé qu’avec mes béquilles, je ne pouvais pas faire grand-chose d’autre que de tourner autour d’arrêts de bus / de métro, me poser, et m’en arrêter à peu près là. Frustrant.

5/ Je suis ensuite passée chez Adaptel, arrêt de métro Radisson sur la ligne verte (privilégier la sortie Sherbrooke Sud pour éviter de faire le tour de la station de bus en béquilles pour rejoindre la rue…), pour me louer un fauteuil compagnon (15 dollars la semaine, gérable aussi). Il ne s’agit pas d’un fauteuil roulant que je peux actionner moi-même et qui comporte de grandes roues (ça doit peser dans les 20 kg) mais une chaise pliable en métal et toile avec des petites roues type grosse valise, qui pèse dans les 11 kg. Il faut donc être en compagnie d’un compagnon qui veut bien pousser la personne et transporter le fauteuil plié dans les escaliers… Très bon contact chez Adaptel. En plus ils sont très proches du métro.

6/ J’ai enfin pu goûter à la liberté de faire des distances plus importantes sans être rincée. Mon compagnon de fauteuil, lui, a bien trinqué et a bien fait ses bras. Il faut dire que si le fauteuil est relativement léger à transporter (même si en raison de son encombrement, il donne quelques coups lorsqu’il est porté dans les escaliers).

Le souci avec les petites roues c’est que le fauteuil n’est pas tout terrain. A chaque trou ou dénivellement dans le sol, le porteur doit basculer le fauteuil vers le bas afin de le faire franchir l’obstacle. Ca fait beaucoup d’efforts au bout d’un moment.

J’ai également réalisé que les sols de la ville ne sont pas toujours rectilignes ou réguliers. La plupart des trottoirs sont faits en blocs. Souvent, on sent le passage d’un bloc à l’autre, il y a une certaine résistance, un peu comme lorsqu’on est dans un train régional qui passe sur divers tronçons de rails.

Certaines parties de la ville sont très pentues (je pense notamment au Plateau, où je n’ai pas été cette fois-ci, mais également au chemin vers la superbe Place d’Armes).

Enfin, le fauteuil compagnon n’est pas praticable sur les chemins caillouteux. Je pensais ainsi à tort que le chemin du canal de Lachine ne poserait pas de souci. En réalité, pour le pratiquer il fallait squatter la piste multi-usages généralement utilisée par les vélos et rollers. On n’a pas osé.

C’est assez dommage finalement car avant d’arriver à un parc donné (et donc de monter, descendre des escaliers dans les métros…), on ignore si on aura à faire à un chemin de gravier ou d’asphalte…

7/ J’ai tout de même osé aller au festival Osheaga, c’est à dire une machine énorme sur une île avec masse de concerts et de monde. La conseillère de Bell que j’ai eue au téléphone m’a assuré que beaucoup de parties de l’île était praticable en fauteuil avec des chemins d’asphalte. FAUX !

La plupart des chemins étaient en terre ou en graviers. Impossible à pratiquer avec un fauteuil compagnon. J’ai donc déposé le nôtre en consigne et ai fait le reste du festival en béquilles, à mon rythme.

De même, la conseillère de Bell m’a assuré qu’il existait des endroits pour s’asseoir, y compris pas trop loin des scènes. FAUX ! Faut pas rêver non plus, il y avait juste du faux gazon déposé aux arrières. Sauf que dès qu’une tête d’affiche arrivait, tout le monde se levait. Fort heureusement j’ai pu susciter la compassion chez une festivalière assise sur une bobine de bois, qui a bien voulu partager sa place. Mais à part ça, pas grand-chose…

Le seul truc très cool c’est que c’est très bien encadré, autant dans les transports en commun sur les quais du métro (les agents veillent à ce qu’on ne soit pas écrasé par la foule) qu’à l’entrée du festival.

8/ Attention pour ceux qui ne peuvent vraiment pas pratiquer les escaliers : seules quelques stations de métro de la ligne orange sont accessibles par ascenseurs, et il arrive que certains d’entre eux soient en panne… Le bus semble donc préférable, malgré leur fréquence moins importante.

9/ J’ai largement apprécié la courtoisie des montréalais, toujours prêts à se lever dans les transports en commun, proposer de l’aide, ouvrir les portes ou prononcer un mot gentil spontanément. Notamment des personnes âgées qui m’ont fortement encouragée et redonné de l’espoir avec beaucoup de sourire et d’humour !

10/ Je me suis mise à l’herboristerie (oui, ils ont des herboristes à Mon et c’est bien cool). Je me retrouve avec des décoctions de consoude et de prêle des champs histoire de renforcer mon joli orteil.

11/ Finalement ce que retire une fracture à un pied ou un orteil lors d’un séjour touristique, c’est bien la spontanéité des choses. Pas de flânerie, mais de la planification avec cette question : que peut-on faire en un minimum d’efforts (pas de changements de ligne de métro, de longue marche…) et qui est proche d’une station de métro / de bus ? On a fini par trouver des bons plans (Saint-Houblon, au tout début de la rue Saint-Denis, au pied  de la station Berri-Uqam n’en était pas des moindres).

12/ Je remarque des améliorations en cours : des travaux de réfection de voies permettront, je l’espère, une meilleure praticabilité de la ville pour les PMR. J’ai également observé la construction d’un ascenseur à la station de métro Place d’Armes.

En espérant que cette expérience puisse servir, au cas où, aux personnes qui sont dans une galère similaire ! Je sais que j’ai beaucoup fait de recherches avant de pouvoir m’adapter à cette situation, alors autant faire gagner du temps à tout le monde 😉

Tschüss !

Le pourquoi du comment, ou comment j’ai vécu l’absence de Vietnam pendant deux ans

Donc, je reprends ce blog.

Peut-être.

Il y a à présent 90% de chances que je retourne au Vietnam, pour un peu moins d’un mois, durant l’automne.

Et ce, afin d’accomplir une idée fixe que j’avais eue peu avant de repartir vers la France il y a deux ans, puis que j’ai mise en sourdine.

Laissez-moi vous expliquer un peu ce qui s’est passé.

Mi 2014, je rentre en France.

Je n’aime pas ça.

Je déprime, plusieurs semaines.

Je passe mes examens de fin d’année, les réussis et parviens même à ne pas devoir passer par les rattrapages.

Je passe un coup de fil à un ancien directeur de stage lui annoncer les résultats.

Il me dit : « tu viendrais pas passer un entretien chez nous ? y a un poste qui pourrait se libérer ».

Alors j’y vais, sans me mettre la pression.

Je me dis : « vas-y pour l’expérience, ce sont des gens biens. Si tu tiens six mois, c’est bien, sinon ce n’est pas grave ».

J’y suis restée un an et demie.

C’était franchement pas mal. Pas de quoi me plaindre.

Mais je passais à côté de quelque chose. A côté de cette idée fixe qui s’accrochait à moi, en sourdine. De cette clarté, de cette révélation un peu folle – mais si pure, à un moment où j’étais dépouillée de mon quotidien et de mon entourage en France – que j’avais eue avant de repartir vers la France. Et que, par la force du principe de réalité, j’avais tue. Toutefois, quelque chose germait.

Je me suis alors mise à rêver du Vietnam. Souvent. Trop souvent.

J’en rêvais la nuit comme d’une Terre Promise inaccessible.

Dans mes rêves, j’allais à Hanoi, avec en tête des choses que je voulais faire ; en général, appeler et voir mes amis (Ced, David, Chau principalement), me refaire une garde-robe à l’Atelier, ou tout simplement me promener dans des coins que j’aimais bien (autour des deux lacs, la vieille ville…).

Et à chaque fois il y avait quelque chose qui m’en empêchait : l’absence des numéros de téléphone à appeler, un rendez-vous manqué en ville, la ville que je ne reconnaissais pas, la carte SIM qui manquait, une famille encombrante dans un hôtel de la périphérie, etc.

Des fois dans mes rêves, je me retrouvais coincée dans une sorte d’aéroport, avec la ville pas loin. Des fois je rêvais d’étals de fruits que je ne pouvais toucher.

Bref, Hanoi était devenue un fantasme.

Oh, je sais bien que lorsqu’on rêve d’une chose, ce n’est pas à proprement parler de cette chose dont on rêve.

Je crois qu’Hanoi représentait cette part cachée en moi, que je ne pouvais exprimer pleinement lorsque je travaillais trop longuement et trop intensément pour pouvoir me développer de mon côté.

C’est pourquoi à présent, Hanoi, j’en ai peur.

Peur d’en être inévitablement déçue.

Peur de voir le nuage de fumée s’envoler, pour ne laisser la place qu’à un tas de poussières, de cafards et de stress.

Mais d’un autre côté, je continue à espérer garder la foi en cette ville. En sa magie.

Alors, lorsque j’ai enfin accepté de revenir à mon idée fixe de départ – suite notamment à un certain alignement des planètes en ma faveur -, l’idée que j’avais en revenant du Vietnam, je me suis libérée d’un poids.

Dans une expérience que je pourrais rapprocher de celle du coming out (même si je n’ai pas de point de comparaison), j’ai assumé, ai révélé, ai attendu la réaction des gens, ai ressenti parfois de la gène, ai changé ma façon de m’habiller, de me tenir, de me comporter, j’ai minci, j’ai mieux mangé, mieux dormi, repris de la santé, ai été en meilleur accord avec moi-même.

Et quand il a fallu trouver un moyen de faire ce dont je rêvais depuis plusieurs années, Hanoi s’est imposée à moi comme le lieu pour le réaliser.

Même si c’est galère, même s’il faut le billet d’avion, le visa, l’hébergement.

Même si cela implique un éloignement de plusieurs semaines qui sera nécessairement pesant pour mes proches.

Alors mes sentiments sont ambivalents.

Ma décision de retourner au Vietnam n’est évidemment pas rationnelle.

Elle est en même temps fondée sur la confiance que j’ai envers les personnes là-bas qui m’aideront à réaliser mon projet, et sur l’atmosphère inspirant que j’espère y trouver.

J’ai ce besoin viscéral d’y aller.

Et j’ai cette peur d’avoir choisi ce voyage pour de mauvaises raisons, de me retrouver seule et perdue, comme lorsque je suis arrivée pour la première fois à Hanoi.

Je relis actuellement ce blog depuis le début et me souvenais plus du poids des difficultés du début.

Et j’imagine qu’en revenant deux ans plus tard au même endroit, ce sera comme tout redémarrer depuis zéro… Non ?

Même paranoia sur la nourriture, mêmes difficultés de langage, de monnaie, de transports, de logement, de santé… Non ?

Entre exaltation irrationnelle et prudence excessive, où trouver mon équilibre ?

Fin du blog… Et après ?

J’ai commencé ce blog afin d’informer mes proches sur mon séjour au Vietnam et m’éviter d’écrire 35 fois le même mail décrivant les mêmes choses.

J’ai continué ensuite ce blog avec l’idée de livrer aux internautes futurs expatriés des conseils pratiques et pragmatiques tels que je n’en avais pas trouvés pour moi-même, alors que je stressais avant mon départ.
Je voulais aussi livrer ce blog aux futurs et actuels expatriés afin de partager les différentes phases de ressenti que l’on pouvait vivre lorsqu’on s’expatrie au Vietnam, car il s’agit d’une expérience en forme de montagnes russes émotionnelles. Il s’agissait en effet d’une de mes craintes avant de partir : que l’expérience soit trop dure moralement. Mon témoignage pourrait donc rassurer certaines personnes s’apprêtant à se lancer comme moi, même s’il ne s’agit que d’une expérience parmi d’autres.

Mais finalement, et peut-être le plus important, j’ai fait ce blog pour me souvenir.
J’ai en effet une mémoire assez sélective et qui me fait parfois défaut.
Il était donc important que je me souvienne de toutes les étapes, pas uniquement des belles choses mais aussi des doutes et des épreuves que j’ai pu traverser.

Ce blog, mon tout premier blog, c’est 100 articles et presque 8000 vues, des commentaires gentils ou curieux, et quelques fidèles abonnés avec qui j’ai pu échanger. Et je suis très contente d’avoir pu partager cette première expérience avec vous.

***

Deux mois après mon retour en France, il est temps de dresser un premier bilan :

– Avant de partir au Vietnam, j’avais principalement trois peurs : 1/ celle d’une maladie (grave, s’entend) ; 2/ celle d’un accident (et vu la circulation, c’est statistiquement faisable) ; et 3/ celle d’une agression (moins courant, mais j’ai entendu des trucs et une morsure de chien errant est si vite arrivée). J’ai eu la chance de ne connaître aucun de ces trois désagréments en l’espace de six mois (je connais néanmoins des personnes dans mon entourage direct qui ont eu des accidents, qui se sont faits braquer par des mafieux en sortie de boite en se faisant voler leur carte vitale au lieu de leur CB, ou encore qui ont été allégés de leur iPhone et de leur CB…).. Pour être tout à fait honnête, les seules galères auxquelles j’ai pu faire face sont restées assez minimes : j’étais un peu SDF sur les bords (trois déménagements en 4 mois) avec le stress que ça implique, j’ai eu de nombreux soucis respiratoires et de peau dus à l’humidité et à la pollution qui m’empêchaient de chanter voire de parler, et j’ai eu une mini-entorse en début de séjour. Sans compter les petits coups de blues de temps en temps. Que des petits bobos en fin de compte.

– Pendant deux mois après mon retour, j’ai bu beaucoup plus de bière qu’avant de partir au Vietnam. Par nostalgie. Je sais, ce n’est pas terrible, mais je me suis finalement calmée après m´être tapé la plus grosse cuite de ma vie suite à mes examens de fin d’année. À présent j’ai plus de plaisir à boire une petite bière fraîche de temps en temps, mais avec plus de modération. Ma tolérance à l’alcool a de nouveau diminué…

– Contrairement à mes bonnes résolutions anti-morosité-et-débilité-des-médias-français, je me suis gavée de télé. Et de jeux vidéo. J’ai procrastiné à mort, y compris (surtout ?) pendant mes périodes de révision. Une façon de me vider la tête sans doute. Souci non résolu.

– J’ai hérité de ma maître de stage et de ma co-stagiaire l’usage abusif de l’expression « exactement » pour acquiescer tout et n’importe quoi.

– Dans le même temps, j’ai perdu pas mal mon vietnamien, surtout le souvenir des accents à appliquer à chaque mot… J’espère pouvoir le reparler un peu, de façon superficielle, avec certains membres de ma famille.

J’ai perdu deux kilos pendant mon séjour au Vietnam (je ne l’ai appris qu’en rentrant pas car je n’avais pas de pèse-personne là-bas). Et je les ai repris en l’espace de deux-trois semaines depuis mon retour. Parce que je mange du beurre quasi tous les jours et que j’adore ça.

J’ai par ailleurs été remanger dans mes restos vietnamiens favoris en France. Chose curieuse (qui peut s’expliquer par le manque de temps que j’avais à Ho Chi Minh Ville, le meilleur bun bo nam bô que je connais (bo bun pour les français, je ne comprends toujours pas la différence d’appellation) reste celui de mon super resto de Belleville.

– J’ai adopté un look plus soigné et personnel depuis mon retour. J’ai tendance à m’apprêter davantage lorsque je sors de chez moi. Fort heureusement, mes razzias shopping de mes dernières semaines au Vietnam m’ont permis à la fois de me relooker avec des vêtements originaux de qualité, et de ne pas être trop tentée par les vitrines insipides des grandes chaînes d’habillement occidentales (dont beaucoup d’articles viennent du Vietnam justement).

Ma peau a, fort heureusement et en quelques semaines, repris un aspect normal (elle avait été bien maltraitée par l’humidité et la pollution hanoienne !). Mes produits coréens, et spécialement une petite brosse toute douce me permettant de nettoyer les pores entièrement mais avec douceur, m’aident bien à ce niveau-là. Il reste cependant quelques cicatrices, que j’estompe peu à peu grâce à un masque spécial (le fameux Tomatox de TonyMoly).

– J’ai montré à ma grand-mère les photos que j’avais prises de Saigon. J’étais assez contente surtout de lui montrer la Bitexco Tower, celle en forme de pétale de lotus, comme le symbole d’un Vietnam moderne. Elle était déjà étonnée du fait qu’il y ait des barrières au bord du fleuve et a salué un regain de sécurité dans son ancienne ville. J’ai voulu lui montrer les aspects les plus modernes de son pays afin qu’elle en soit fière.

– De la même façon, mon séjour au Vietnam m’a fait comprendre qu’il existait un décalage entre l’image du pays véhiculée par des vietnamiens qui vivent depuis longtemps hors du pays (c’est à dire une bonne partie de ma famille, quel que soit leur pays d’adoption) et les vietnamiens d’aujourd’hui qui vivent et évoluent sur place. Tout ce que j’ai pu observer avant mon séjour n’était que le reflet déformé, nostalgique et un peu vieilli de ce que j’ai pu voir là-bas. Ce qui me permet de prendre une certaine distance.

– J’ai revu Alex, une de mes anciennes co-stagiaires de Hanoi, à Paris. On a fait comme on faisait d’habitude là-bas, on s’est pris une terrasse et un café au lait. Terrasse moins jolie que notre habituelle (un trottoir parisien versus une magnifique terrasse derrière l’opéra d’Hanoi), café moins bon et cinq fois plus cher… Mais ça m’a fait plaisir d’essayer de faire revivre nos petites discussions que l’on faisait avant.

Ce qu’on partage avec nos compagnons d’expatriation est assez indescriptible, c’est quelque chose de fort, de profond, dont on a l’impression que personne d’autre ne peut comprendre. On a vécu les mêmes phases, notamment celles concernant le retour au pays et la difficulté de se réadapter à nos anciennes vies, et avec entre autres cette lutte permanente pour ne pas soûler notre entourage en ne parlant que du Vietnam.

Pire que ça, on sait que même si on se revoit dans un autre contexte, ou même si on revient un jour à Hanoi, les quelques mois qu’on a vécus sur place resteront à jamais uniques. Plus jamais on ne vivra la même atmosphère, dans le même appart’ avec les mêmes colocs, les mêmes restos et magasins, les mêmes xe om… Et le Vietnam change si vite !
Pourtant, en revoyant nos compagnons de séjour, je crois qu’il y a cette tentative un peu vaine de faire revivre cette période que l’on chérira toujours au fond de nous.
Bref, je me sens, avec ces compagnons là auxquels je pense (j’ai très envie de revoir Ju et Gi en France, et mon ancien coloc Paul qui est en Angleterre), un peu comme ces anciens participants à une télé-réalité qui ont conscience d’avoir vécu avec d’autres un truc exceptionnel non reproductible et qui sont nostalgiques de ça. Ah oui, et je stalke pas mal sur les réseaux sociaux les copains qui sont loin maintenant.

– Dernière chose, et pas des moindres : grâce à mon séjour, je pense savoir un peu plus ce que je souhaite réellement dans la vie… S’éloigner de ses bases et de ses proches pendant un temps, ça peut avoir du bon pour savoir ce qu’on veut réellement, ce qu’on est capable d’accepter et ce qui est non négociable pour nous. C’est un enrichissement fabuleux.

***

De façon très logique, il me semble temps à présent de fermer ce blog qui avait pour objet le récit d’une expatriation au Vietnam avec cette particularité que l’expatriée en question avait des origines du pays (en partie).

Je pense reprendre ultérieurement l’écriture de ce « petit carnet » pour deux raisons possibles :

– une nouvelle expérience d’expatriation au Vietnam ou n’importe où ailleurs (on ne sait jamais), ou
– un retour au Vietnam, même de courte durée, afin de vous conter ce qui a changé entre temps, si je revois certaines personnes, etc.

Je clôture donc ce blog en vous livrant une dernière réflexion que m’a faite un ami qui a vécu plusieurs années entre France et Vietnam et qui a du malheureusement s’en éloigner.
Il m’a dit comprendre mes difficultés de réadaptation à la France et a parfaitement traduit en mots les effets d’une expatriation au Vietnam sur la plupart des gens :

« Quand on quitte le Vietnam, on en revient enrichi… tout en y laissant une part de nous-mêmes. »

Eh bien vous savez quoi ? C’est exactement ça.

Tschüs ! Et merci.

En bonus (7) : rétrospective Facebook pendant mon séjour

Comme je ne partage sur ce blog que ce que je peux véritablement mettre en forme, j’ai décidé de déposer dans cet article toutes les micro-réflexions que j’ai pu faire sur d’autres réseaux sociaux à accès restreint. Et en général, c’est plutôt drôle. Alors allons-y !

AVANT

6/12/13

Envisage une fête d’avant-départ. Se rend compte que y aura sûrement pas grand monde. Songe à renoncer.

17/12/13

– Réception de la valise = check (et elle a l’air toute petite )
– Sac à dos de rando = check (et c’est le plus beau sac du monde ! cap sur la baie d’Ha Long !)
– Vaccins = almost check
– Savoir dans quelle ville je vais = almost check
– Sac bandoulière = repérage ok
– Shoes de marche = pas encore (prise de tête)

23/12/13

Préparer un long séjour à l’étranger > la maison qui rend fou des 12 travaux d’Astérix.

26/12/13

MAISON QUI REND FOU, round two. Après 45 minutes d’attente pour une pauvre attestation pourtant nécessaire pour souscrire à un machin qui se trouve, bien évidemment, pas dans le même bâtiment : « Bonjour Madame, vous voulez souscrire ? Et en plus vous voulez savoir concrètement en quoi ça consiste ? Eeeeeuh… voyons voir. Y avait pas Machine là qui avait fait un PowerPoint pour expliquer ? Zut je le trouve pas… Ah si c’est là. Ca ne parle pas de votre situation ? Hem. Des franchises à payer ? Eeeeeeuuuh… Bah ah tiens, voilà la brochure que n’importe quel quidam peut trouver partout. Voyons voir… Oh, je ne sais pas vraiment lire une brochure vous savez. Appelez ce numéro, là, inscrit dessus, ils vont vous en dire plus… ou vous rediriger vers un autre numéro… qui va vous en dire plus… Mais pas après 17h ni en week-end, car après ils ferment ma bonne dame. Ah bon, vous avez déjà appelé y a plusieurs mois ? Ah bon, ils vous ont envoyé sur le site web de Machinchose et vous ont dit de vous débrouiller ? Ohlala, vous n’avez vraiment pas eu de chance ! Mais retentez, peut-être que CETTE FOIS, vous aurez votre renseignement ! Vous voulez souscrire ? Ah bah on prend pas la carte bancaire, ma bonne dame. Revenez demain à la première heure, avec votre carnet de chèque… Parce que vous comprenez, c’est urgent ! Avec les fêtes, et tout ça, ça travaille moins que d’habitude… Et les délais se rallongent. » GGGGGGGGGGGRRRRRRRRRRRRRRRRRR !!!

PENDANT

9/01/14

Bien arrivée.

3/02/14

Maison trouvée. Yipee yipee yeah !!

4/03/14

Des asticots dans la baignoire ? Nous le saurons dans le prochain épisode ! ‪#‎maviereveeahanoi‬

18/03/14

Non mais allo quoi, tu te proclames « citoyenne du monde » et tu chantes « La Tonkinoise » a Hanoï ! C’est comme si tu te disais éprise de liberté,et que tu chantais en France « Maréchal nous voila » !

2/05/14

Aujourd’hui j’ai pris ma vie en main. J’ai acheté une boîte de Strepsil.

3/05/14

Mon gâteau, le Métropole et moi

8/05/14

Celui qui à trente ans, n’a pas goûté de sushi au saumon gras, a raté sa vie.

21/05/14

Pas envie de retourner en France. Ou alors, envie d’y retourner, mais en changeant tout. Commencer par jeter la télé.

29/05/14

Pendant que certains sont en transe devant Trent Reznor, j’expérimente prendre un avion avec un durian à bord. VDM

6/06/14

Expat débutant : Et il est où ce resto ?
Moi : rue Dien Bien Phu.
Expat débutant : ohlala, je vais jamais le retenir ce nom !
Moi : ………

13/06/14

Découverte au bord de ma baignoire : une forme petite, oblongue et tortueuse. Deux solutions. 1/ C’est une larve. 2/ C’est une merde. Après le test du jet d’eau, j’en ai conclu qu’il s’agissait de la deuxième solution. ‪#‎VietnamJeTAime‬

22/06/14

Dernier road trip booké. Au programme : culture-playa-shopping:)

23/06/14

Ok, donc pour le moment on en est au moins à 4 kilos de cadeaux et autres suppléments dans la valise… Et la fièvre acheteuse n’est pas finie. Keep calm…

APRÈS

21/07/14

Bifteck, comté, patates au beurre et peches jaunes… On se console comme on peut ‪#‎retourenfrance‬

22/08/14

J’ai le mal du pays (même si ce n’est pas mon pays)

Tschüs !