Traverser la route, un art vietnamien

Quand on est piéton, traverser une voie dans une grande ville au Vietnam est une épreuve quotidienne jonchée de multiples étapes.

C’est également un acte qui nécessite un certain nombre de qualités humaines, et qui, finalement, bien que banal, nous apprend un peu plus sur nous mêmes qu’on ne voudrait le penser. C’est un minuscule condensé de ce qu’on peut faire et ressentir à certaines étapes de notre vie.

Décortiquons le geste.

Avant de traverser une voie, il y a d’abord la phase de repérage. Parfois on veut aller à un point donné et plusieurs voies sont possibles. On pourra même tenter de contourner une grosse rue à traverser afin d’avoir à affronter, par exemple, deux rues moins larges ou moins fréquentées. Parfois, une seule voie est possible… Il faut donc se résigner. D’autre fois, on ne se pose même pas la question et on sait que c’est LA qu’on va traverser.

Ensuite, il y a souvent une phase d’étonnement. On voit toute la circulation et on se dit qu’on n’y arrivera pas. Un peu hébété, on attend.

Puis, vient la phase de l’observation, qui peut être plus ou moins longue. On prend son temps pour tenter de comprendre qui va où, et quand. On observe les croisements, les comptes à rebours sur les feux rouges. On décide d’un plan d’attaque (qui consiste soit à attendre une « ouverture » pendant laquelle il y a moins de voitures, ou uniquement des motos dont on espère qu’elles nous évitent, soit traverser pendant ce très court temps de latence du passage du vert depuis en face vers les côtés ou vice versa).

Puis vient le premier pas. Tout premier pas sur la route est un engagement. Ça peut être réfléchi, ou instinctif. On ne peut plus reculer, sauf cas très exceptionnel. Alors, on est bien obligé d’avancer.

On marche doucement. On garde son sang froid. Pire que ça, on fait semblant de marcher d’un pas tranquille, tout en serrant les dents en espérant que notre tension ne se voie pas sur la route et ne dévie pas les motos de leur trajectoire d’évitement, pré calculée sur la perception qu’ils ont de nous et de notre comportement.

En cas d’affluence vraiment forte, on peut aussi lever haut la main pour bien montrer que l’on passe, ou encore prendre la diagonale… Dans cet exercice, ce sont normalement les obstacles qui nous contournent. Lenteur et calme pour les motos et vélos. Par contre, des que c’est un gros véhicule, patience, car il ne s’arrêtera pas pour vous.

La fin de la traversée peut être très calme, pas de véhicule, et on abrège en terminant d’un pas plus rapide, pour enfin rejoignez le trottoir d’en face (s,il y en a un). D’autres fois, on doit rester concentrer jusqu’à la dernière seconde, comme par exemple lorsqu’un 4×4 déboule d’un virage à toute vitesse.

On peut alors reprendre une respiration plus tranquille et se détendre. On a réussi à traverser, et c’est déjà un grand pas… Jusqu’à la prochaine.

Patience, observation, calme, maîtrise de soi, détermination, prudence… Tout cela fait partie du quotidien des vietnamiens qui circulent à pieds. Qui sait, cet exercice quotidien à peut-être forgé, sans que l’on ne s’en rende compte, leur personnalité ?

De mon côté, je l’avoue, j’ai parfois eu envie de crier victoire après avoir traversé ce qui s’apparentait à un périphérique.

Tschüss !

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