Etranger familier (part 2) – être d’origine vietnamienne au Vietnam

Étranger familier, étrange et familier… C’est un peu comme cela que je décrirais ce que je vois ici au quotidien.

Vivre une expérience à l’étranger est une chose.
Vivre une expérience dans un pays dont on est partiellement originaire mais dont on ne connaît que très succinctement la culture en est une autre.

Quand je suis partie au Vietnam, je pensais ne strictement rien connaître de la culture de ce pays. J’avais raison, et en même temps j’avais tort.

Il est étrange de penser que ce petit voyage de six mois me fait parfois vivre l’équivalent d’années entières d’expériences et de ressentis. Car malgré le quotidien, il se passe beaucoup de choses.
Ce voyage est une occasion pour moi de faire le point.

Le point sur l’avenir ; après tout je finis (enfin) mes études et vais bientôt passer à une nouvelle étape, pour laquelle j’ai naturellement un peu d’appréhension, mais qui fait partie des choses normales de la vie.

Je suis également en train de vivre des choses fortes musicalement, ce dont j’ai toujours rêvé, quelque part. Et je ne sais pas encore si cette expérience musicale équivaut à un chant du cygne, au commencement d’une nouvelle histoire ou a une simple parenthèse.

Je suis aussi dans un pays d’avenir, où vont se jouer des choses importantes de ce monde dans les années qui suivent. C’est un pays qui bouge, parfois de façon étourdissante, parfois sans que les personnes sur place ne puissent suivre le mouvement. Mais il y a un côté fascinant là-dedans également.

Mais ce séjour est également un appel vers le passé, sans que je ne l’aie réellement prévu.

Les chansons que je suis amenée à chanter ici me ramènent au passé.
Plus encore, mon voyage au Vietnam me fait remonter des souvenirs et des réminiscences que je croyais oubliés.

Je me surprends parfois à retrouver des points de repère, dans certains plats que je connais déjà, dans certaines attitudes, dans certaines habitudes que je remarque. Beaucoup de choses que je vois ici font écho a ce que j’avais observé auparavant,  parmi les vietnamiens que je connais qui vivent en France ou aux États-Unis.
Je me rends compte que tout ce que j’ai vu parmi ces vietnamiens d’outre-mer n’était que le reflet parfois déformé d’un paysage bien plus immense : le Vietnam.

Je vois ma grand-mère dans les mouvements de gym exécutés chaque matin au bord du lac Hoan Kiem.
Je la vois encore dans le prix plus cher des jus d’oranges pressées sur les menus, car même en France elle ne jure que par cette boisson plus « chic » que les autres.
Je la vois encore dans les bouteilles d’eau minérale, si vitales ici.
Je la revois encore dans les fictions télévisées si eau-de-rose diffusées dans les cafés, dans les sacs bon marché vendus partout, dans les séances photos de jeunes gens dans la rue, dans l’habitude de frotter ses baguettes avec un mouchoir avant de s’en servir, et de commander ses boissons systématiquement sans glaçons…
Je vois mon arrière-grand-mère parfois quand je croise de vieilles dames qui sortent doucement de la pagode de mon quartier.
Je la recroise encore quand je passe devant ces autels des ancêtres qui sentent l’encens, et où j’entends encore ses prières rythmées, quasi chantées dans cette langue qui alors me semblait alors si mystérieuse.
Je vois ma cousine dans les chansons d’Abba diffusées partout et chantées a tue-tête dans les karaokés.
Je vois ma grand-tante américaine dans tous ces fruits acides mangés avec du sel.
Je vois ma mère dans ma façon de cuisiner.
Je vois Tatie dans le banh cuon.

Par contre, je n’ai pas trouvé un seul homme âgé aussi beau que mon grand-père.

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10 réflexions sur “Etranger familier (part 2) – être d’origine vietnamienne au Vietnam

  1. Ohh, tellement émouvant cet article ! Même si je ne le vis pas, je comprend ton sentiment…cela doit être vraiment étrange ! Et +1 pour papy, j’ai revu une photo de lui encore hier, et qu’est ce qu’il était beau ! Un vrai BG qui s’ignorait, ce qui est encore plus touchant…

    • Merci 🙂 J’aurais bien voulu que tu sois la pour voir ça, mais ce n’est que partie remise, alors patience 🙂
      Je pense aller dans le village de son enfance. J’ai vu des photos sur internet, ça a l’air vraiment joli et « non touristique ». Ça risque d’être l’aventure alors je vais me mettre en quête d’un guide pour m’aider dans cette démarche.

  2. Personnellement ,je n’ai pas retrouvé la maison de ma mère. J’étais dans sa rue (mais je n’avais pas pris note du numéro). La rue a changé de nom et les nouveaux habitants ne connaissaient pas l’ancien nom de la rue. Elle me dit: une rue derrière la gare…, mais la seule rue est devant, derrière il y a des rails (et sur Google Earth la rue est masqué par un nuage). Il faudra que j’y retourne pour rencontrer des personnes plus âgées.

    Bonne chance à toi, prends le maxi de renseignements avant d’y aller.

    • Merci. Je ne compte pas forcément aller sur les traces exactes de mes ancêtres. Être ici est déjà une chose exceptionnelle pour moi. Mais il est vrai que plus je prends de renseignements en amont et plus je pourrai profiter de ce voyage.

      • Une tranche de vie du journaliste Bonnafont:

        « Viens à la maison!

        Vingt ans que je connais le Vietnam, et je suis toujours autant étonné par son hospitalité. J’entends souvent des visiteurs étrangers me dire que cet accueil n’est pas désintéressé, que derrière le sourire, il y a toujours une démarche commerciale… Je me demande toujours, alors, si nous sommes bien dans le même pays?
        Malgré le nombre exponentiel de visiteurs étrangers, il ne se passe pas un jour sans que ne se manifestent d’authentiques marques de sympathie vis-à-vis de l’Occidental que je suis. Je ne parle pas de celles que me vaut ma fille, lorsque je me promène avec elle. Véritable sésame, elle m’ouvre le sourire et l’attention de tous. Et, heureusement que je n’accepte pas toutes les sollicitations à boire un thé dans les arrière-boutiques, les avant-cours et autres salons, sinon nos promenades se transformeraient, pour moi, en incessants besoins impérieux de se délester du trop plein de liquide!
        Non, je voudrais simplement évoquer ici ces moments extraordinaires où, venu en simple quémandeur, vous êtes reçu comme un prince.

        Recevoir simplement
        J’ai le souvenir d’une promenade dans la ville portuaire de Hai Phong (Nord), en attendant d’embarquer pour le bateau de Cát Bà. Avec un ami vietnamien, nous étions remontés jusqu’au théâtre et au marché aux fleurs. Contemplant l’animation des enfants qui jouaient sur la place, j’avais eu une pensée pour mon père qui, tout enfant, devait jouer au même endroit, lorsque ses parents venaient s’y détendre durant les soirées d’été. Et je me suis souvenu que sa maison natale ne devait pas être très loin de là. J’en connaissais l’adresse, mais je n’avais jamais eu la curiosité de m’y rendre. Ce matin-là, je propose à mon ami, haïphonnais d’origine, de m’y guider. Quelques centaines de mètres plus loin, nous arrivons devant une petite maison de type coloniale que je reconnais d’après les photos que mon père avait pu me montrer. Je reste là, sur le trottoir en face, à l’ombre d’un immense banian, observant discrètement cette maison où mon géniteur a poussé ces premiers cris…
        Je n’avais nullement l’intention de déranger les gens qui y vivent aujourd’hui, mais mon ami, d’un pas décidé, traverse la rue, et se dirige vers une « bà » (dame), assise devant la maison, à côté d’une marmite de « pho » fumant et odorant. Rapide conciliabule, regards tournés vers moi, et un signe de la main pour que je traverse à mon tour. La « bà » m’accueille avec un grand sourire qui laisse voir ses dents teintées par le bétel, tout en hélant quelqu’un à l’intérieur de la maison. Une femme d’âge mûr apparaît. C’est la propriétaire de la maison. En quelques mots, mon ami lui explique la raison de ma présence ici. De nouveau un grand sourire, une invite à entrer, moi qui se confonds en excuse, qui ne veux pas déranger la femme qui insiste, et me voilà installé dans un fauteuil, au milieu de la salle à manger où mon père a dû faire ses premiers pas…

        Je n’arriverais jamais à boire le thé fumant que l’on a posé devant moi sur la table basse: le mari, le fils aîné, la fille, la tante, la grand-mère…, c’est presque toute la famille de la propriétaire qui maintenant est installée autour de moi. Les questions fusent, directes, simples, sans curiosité malsaine. Sur chaque visage, un intérêt constant lorsque je réponds. Et toujours ce sourire, sincère, rayonnant. Moment d’émotion intense, où des souvenirs qui, en d’autres temps, auraient pu nous éloigner les uns des autres. On m’invite à visiter le reste de la maison. Je décline. Nous devons prendre le bateau. Bonne excuse pour ne pas déranger plus cette famille qui me fait pénétrer dans son intimité pour me permettre de mieux connaître mon passé. Un au revoir, un échange de numéro de téléphone, une promesse de repasser la prochaine fois que…
        En allant vers l’embarcadère, je repense à ce jour, où dans un petit bourg de campagne, là-bas, dans mon pays natal, j’ai voulu retrouver la maison d’où était parti celui qui allait me donner une arrière grand-mère vietnamienne.
        Hochements de tête polis, regards indifférents, sentiment de venir comme un cheveu sur la soupe, aboiements du chien, regrets pour n’avoir pas le temps de me faire rentrer, prise de congé rapide… Je connais maintenant la différence entre hospitalité et amabilité!

        Partager sans chichis
        J’ai également en mémoire ce village, au bord du fleuve Rouge, spécialisé dans la fabrication d’estampes imprimées à la main.
        Nous étions cinq à flâner dans les ruelles tortueuses bordées de hauts murs de briques rouges. Au détour de l’une d’elle, une cour, un manguier gigantesque, un dais, des tables, personne… Nous nous arrêtons. Une fête qui attend ces invités, où le lendemain d’un banquet? Un jeune homme sort de la maison: «C’est mon mariage qui a lieu ce soir. Venez!». Nous sommes restés une heure dans cette maison, papotant avec toute une famille fière de célébrer les noces du fils aîné. Parfaits inconnus en arrivant, nous étions des invités en repartant. Bien sûr, nous avons refusé l’invitation à venir au mariage, mais l’eussions-nous acceptée, je suis certain que nous aurions eu des places de choix… que nous ne méritions pas. Places qui nous auraient valu une autre marque de reconnaissance, dont je me passe bien volontiers: mâcher le bétel. Je n’ai jamais pu me faire à cette façon d’honorer l’invité, même si je souscris totalement à la légende qui en fait la célébration de la marque d’amour fraternel et conjugal. Le goût sucré, piquant, amer et chaud des quatre composants – bétel, arec, artocapus et chaux – me coupe la chique. (Oui, je sais, le jeu de mot est facile, mais il était trop tentant!).
        Et, il y a encore cette fois, où le pêcheur, qui nous ramenait à Cát Bà, nous avait invité, nous quatre étrangers, à venir manger chez lui le soir. Jamais un chauffeur de bus ne m’avait fait pareille invitation! Soucieux de ne pas contraindre notre hôte à engager des dépenses excessives, nous avions apporté quelques nourritures. Mais quand nous sommes arrivés dans sa modeste maison, en plein milieu du quartier populaire de Cát Bà, les femmes étaient déjà en train de préparer ce qui allait être un somptueux festin de fruits de mer. En quelques minutes, la famille proche, les voisins avaient envahi la maison. Une soirée comme les autres devenait une fête d’amitié. Tard dans la nuit, notre ami a sorti sa guitare, et les notes des chansons montaient jusqu’à un Ông Troi (Ciel), souriant et fier de l’hospitalité des Vietnamiens…
        Ou encore, le semaine dernière, cette femme près de Nghia Lô. Nous avions pris un petit chemin de terre qui venait mourir sur une diguette en lisière de champs de maïs. Là, une misérable chaumière, aux murs à claire-voie, exposée à tous les vents. Dans la courette, une femme nous fait signe avec un chaleureux sourire, et nous invite à entrer. À l’intérieur, une couche de planches mal jointes, un foyer de braise à même le sol terreux, quelques ustensiles suspendus à des perches de bambous, de rares vêtements à des crochets. Nous nous sentions mal à l’aise devant cette indigence, mais notre hôtesse, après avoir échangé quelques mots, nous invite à partager son repas: un gruau de maïs qui mijotait sur le feu. Nous aurions pu accepter ce qui pour elle représentait un véritable honneur, mais quand elle nous annonça qu’elle allait tuer un des maigres poulets qui picoraient dans la cour, nous avons refusé: elle nous offrait son repas de plusieurs jours. Au diable, l’authenticité de la rencontre, nous ne méritions pas un tel sacrifice… Nous avons pris congé en prétextant un bus à prendre, mais sans pouvoir refuser les quelques oranges qu’elle nous a offerts. Rencontre émouvante, dont mes amis me parlent encore.
        Ces hommes, ces femmes, qui nous ont accueilli pour quelques minutes ou quelques heures, n’avaient rien à vendre ou à acheter. Pauvres ou riches, simplement ils ont offert à partager la chaleur d’une rencontre.
        Qu’on le veuille ou non, c’est cela aussi le Vietnam! »

      • Merci encore ! Je suis bien d’accord sur l’hospitalité vietnamienne. J’ai eu l’occasion de l’expérimenter alors même que les personnes qui m’ont accueillie n’avaient aucune raison de le faire.

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