Les petites madames sur la plage de My Khe

Juste une page pour parler de l’ambiance à Danang et rendre hommage aux adorables petites madames sur les transats desquelles on a squatté à chaque fois qu’on a voulu se baigner à My Khe.

Danang est une ville assez étrange. Elle semble avoir le cul entre eux chaises. Quelques grattes-ciels mais pas suffisamment pour être vraiment tournée business. Quelques ponts illuminés et autres détails bling-bling sans être pour autant le Las Vegas du Vietnam. Quelques jolis coins comme la portion de plage réservée aux pêcheurs, mais trop de chantiers pour apparaître comme un lieu de retraite eco friendly. Quelques bars sympas mais ce n’est pas Ibiza (c’est sûrement mieux ainsi).

Mais tout ça, on s’en fout un peu, car Danang, c’est surtout génial pour ses plages, notamment celle qu’on a eu la chance de connaître : My Khe. Sable fin mais pas trop, vagues puissantes (parfois trop, on a l’impression d’être fouetté par les rouleaux !), paysage magnifique (courbure à gauche surmontée par les montagnes, elles-même rehaussée par une statue géante de Bouddha au féminin).

Mais ce qui surprend le plus, c’est l’ambiance qui s’en dégage.
De 5h à 7h du matin, les vietnamiens viennent y faire leur footing ou se baigner.
À partir de 17h30, rebelote, mais ils viennent plus nombreux et y font parfois du sport (nous avons observé deux jours de suite une bande de potes jouer au football sur la plage). La nuit tombée, les chaises en toile se déplient et se déploient sur le sable pour accueillir les jeunes amoureux, dans l’intimité d’une soirée presque pas éclairée.

Et de 8h à 17h, quasi personne.

Sûrement à cause de l’aversion des vietnamiens pour le soleil. À moins qu’ils n’aient à bosser, tout simplement…

Quoi qu’il en soit, on a une impression de tranquillité, du fait d’une fréquentation peu importante, même par les touristes en cette période de l’année.

Mais, cerise sur le gâteau, nous avons trouvé les gens de Danang vraiment sympas pour la plupart, pas tournés vers l’objectif de faire du pognon en faisant payer grassement les touristes. En cela, on ressent le contraste entre la tranquille Danang et la pittoresque Hoi An avec ses « where are you from », nombreux, automatiques et insistants à de nombreux coins de rue de la vieille ville.

Revenons à nos petites madames. Sur le sable non loin de notre hôtel, à un niveau où la route de la plage est uniquement bordée par une friche sur laquelle aucune construction n’a encore été entamée, se trouvent quatre paillotes, quelques transats assis en toile de plastique, quelques parasols CocaCola… Et les dames.

Le plus simplement du monde, elles proposent leurs transats à 20 000 dôngs, sans limitation de temps. Elles proposent aussi des noix de coco fraîches à boire à la paille pour 30 000 dôngs (1 euro), qu’elles posent sur une table en plastique comme celles que l’on trouve partout dans les Bia Hoi.

Elles sourient en me voyant essayer de parler vietnamien et font l’effort de me répondre dans leur propre langue (et ne switchent pas systématiquement vers l’anglais). Elles disent « à bientôt » à chaque fois que l’on quitte la plage. La dernière fois que nous sommes venus, elles nous ont montré leur petite cache où se trouvait une bassine remplie de coquillages trempés dans un bouillon encore fumant.

Lorsque ce fut le moment de partir de Danang, j’ai opté pour un dernier moment sur la plage, une noix de coco à la main. Le soleil se couchant et l’heure fatidique approchant, nous nous sommes levés et avons payé une dernière fois ces femmes adorables pour ce délicieux et trop court moment, entre grandiose et simplicité. L’une d’entre elles me dit « hen gap lai » (on se revoit), comme la veille.

Je lui réponds en vietnamien, « non, pas demain, nous repartons pour Hanoi », avec sûrement un peu de tristesse dans les yeux. Elle répète ce que je viens de dire, l’air songeur. Je garde le sourire. Elle rit doucement puis frotte mes bras avec ses mains, comme pour me consoler et relativiser. La vie continue. Je garde le sourire, lui dis au revoir et merci, puis m’éloigne vers la mer pour la contempler une dernier fois. J’ai les larmes aux yeux.

J’ai les larmes aux yeux car c’était une vraie rencontre, très courte et sans doute superficielle, mais il s’est passé quelque chose. J’ai senti de la bienveillance dans leur regard, alors même que nous étions sur une plage paradisiaque qui pourrait très bien devenir un attrape-touristes avec ce que cela représente en terme de manque de respect des uns envers les autres.

J’ai les larmes aux yeux en pensant à cette beauté et cette simplicité si fragiles. Je suis presque sûre que si je reviens dans deux ans, dans un an même, elles ne seront plus là.

Parce que bientôt, des immeubles s’érigeront sur les friches d’aujourd’hui. Parce que bientôt, des pans entiers de cette plage magnifique seront privatisés, ou occupés par des installations bien moins précaires que celles sur lesquelles nous nous étions installés. Parce que j’ai l’impression que toutes ces paillotes et ces parasols fatigués seront balayés d’un revers de main à la moindre pression économique en ce sens.

Et je ne sais pas ce qu’elles deviendront à ce moment là.

Il fallait donc au moins que j’imprime une partie de mon ressenti dans cet article de blog, pour ne pas oublier. Pour dire que ces moments ont existé et que ces petites madames ont été pleines de bonté.

EDIT : Et si vous voulez lire la suite de l’histoire des Petites Madames, c’est par là.

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3 réflexions sur “Les petites madames sur la plage de My Khe

  1. Pingback: J’y étais | Le petit carnet de Daphné Xuân

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