Le retour des Petites Madames de My Khe

Je pensais au début finir mon blog sur le récit du voyage que j’ai fait avec Ju dans le centre du Vietnam en guise de dernier trip, avant de retourner en France.
J’aurais pu vous parler en détails du train couchette nous menant à Hué, de la visite de la cité interdite bien abîmée par les guerres, de notre séjour prolongée à Hoi An sorte de Disneyland à ciel ouvert baigné dans des airs de Chopin et de Klederman, de notre quête perdue du Soul Kitchen et de ma déception par rapport au Guide du Routard.
Mais je ne le ferai pas : d’une part car les récits de voyage sont très nombreux sur internet et que raconter mes vacances me semble être d’un intérêt limité. D’autre part car écrire depuis la France est très différent d’écrire depuis le Vietnam.
Alors avant mon prochain article, le dernier probablement, je vous livre ma dernière histoire de voyage : le retour des petites madames de My Khe.

***

J’ai eu la chance de pouvoir écrire une suite et fin (?) à l’histoire de ces petites madames de cette magnifique plage de Danang qu’est My Khe. En effet, j’ai tanné Ju pour revenir sur ce lieu où j’avais pu découvrir ma toute première plage paradisiaque avec Chéwi.

Arrivées à Danang en milieu d’après-midi, c’est sur le coup des 17h que nous débarquons sur la plage et nous installons sur les larges chaises. Elles sont toujours là, les petites madames, à faire leurs petites affaires tranquillement, toujours en louant les chaises à 20 000 dôngs et en vendant leur coco à 30 000. Elles ne me reconnaissent pas mais qu’importe, je suis contente de les revoir en bonne forme et me dis qu’il y a tout de même un sacré passage par ici.

C’est le moment du coucher de soleil. Le soleil on le voit pas, on le devine aux reflets rosés qu’il laisse sur les nuages qui s’étirent en différentes nuances de gris. Ni une ni deux, une fois installée sur ma chaise, je me mets en maillot rouge, et cours (c’est rare !) vers la mer, un large sourire sur le visage. Autour de moi, des familles vietnamiennes s’amusent et profitent de ce que leur pays offre de plus beau.

L’eau est bonne car encore tiède du soleil qui l’a chauffée, alors même que le jour décline et que la température est donc en baisse par rapport à l’après-midi harassante qui se termine. Le contraste entre l’eau et l’air est donc idéal. Je prends place au milieu des vietnamiens qui se baignent, et avance en marchant dans les vagues. Le ciel est fabuleux, l’eau est belle et je me sens ivre de bonheur, comme dans un film. À gauche, les montagnes au cœur desquelles se dresse la Dame Bouddha, statue blanche construite sur le modèle du Jésus de Rio. Devant moi, le ciel et l’eau. À droite, ce qui ressemble à une île lointaine. Autour de moi, des gens heureux. Je suis enfin revenue à l’endroit que je préfère.

Une fois la baignade terminée, je bois une petite Larue en compagnie de Ju, sur une table en plastique bleu.

Le lendemain matin, je vais toute seule sur la plage tandis que Ju fait des courses. Seulement, pas de petite madame. À la place, des parasols et chaises repliés ou à l’abandon. Sans doute que l’heure est trop chaude. Je me rabats vers les parasols situés plus à droite, juste devant le Holiday Beach Hôtel. Sauf que ce est pas pareil. On me dit que le siège est à 40 000, puis quand on voit ma tête très étonnée, on corrige le prix à la normale. On facture une boisson basique à 30 000, et une coco à 100 000 (ce que je refuse, question de principe). Pire, je crois entendre ces dames parler de moi en utilisant le mot « cô » ce qui d’après mon Assimil est un pronom, qui, utilisé à la troisième personne, est assez méprisant. Bref, du pas sympa, du foutage de gueule. Je paie mon siège et m’en vais.

Bilan : si vous êtes intéressé par la plage de My Khe, éviter les nombreux parasols et paillotes directement en face du Holiday Beach. Préférez le petit stand qui se trouve à sa gauche quand on est face à la mer.

Petite photo de l’endroit :

20140717-180654-65214876.jpg

Lorsque sur le coup de 16h30, après un café sua da, Ju me demande ce que je veux faire pour finir la journée, je lui réponds : « glander sur la plage ». Ce qui peut tout aussi bien se traduire par « contempler la beauté du paysage ».

On y retourne, donc. Juste une chaise et une coco, pas de baignade car pas de salle de bain de l’autre côté de la rue (on avait lâché notre hôtel à midi).
Je remarque que les transats sont marqués du prénom de ce que je suppose être ceux des petites madames : l’une d’entre elles si appelle Linh, l’autre Thu. Je ne connais pas le nom de la troisième.

Et là, l’improbable arrive : l’une d’entre elles me parle, et me dit en vietnamien une phrase du type : « vous êtes déjà venue ici, vous ! »
Elles m’ont donc reconnue !!
Je lui baragouine un truc qui, en substance, donne ceci : « Je suis venue en avril et je suis revenue ici, car ici c’est très bien et vous (au pluriel) *grandes sœurs* êtes très biens » (« rât tôt » pour ceux qui connaissent, le seul mot qui m’était venu à l’esprit à ce moment là).
Elles m’appellent « em », « petite sœur », alors qu’elles ont l’âge d’être mes tantes.

Ju et moi on glande… Euh… Contemple encore un peu la plage en radotant pour la énième fois une phrase du type, « putain, je ne veux pas rentrer en France ». Je sors mon Assimil et apprends en vitesse une ou deux phrases pour le moment à la fois redouté et espéré que j’attendais : dire au revoir et remercier ces trois femmes si bienveillantes, honnêtes et tranquilles.

Le soleil baisse, l’inévitable fin arrive, je prends les dernières photos et Ju s’en va avant moi. Moi je prends mon temps, viens payer les madames, et leur dis, toujours en vietnamien, « Merci beaucoup ». Je leur dis que je dois retourner en France. Puis : « Chúc Hanh Phúc » qui signifie souhaiter du bonheur.
Elles me demandent si je vais revenir au Vietnam. Réponse basique : « Je ne sais pas. Je voudrais retourner au Vietnam mais je ne sais pas quand ». Elles comprennent.
Je leur dis encore merci, puis : « Je ne vous oublie pas » (merci Assimil).
Elles sourient, je souris, elles me disent « Hen Gap Lai » qui signifie « A bientôt », ou plutôt « On se revoit ».
Je leur répond « Hen gap lai » mais suis si émue que j’ai du mal à le prononcer.

Je m’en vais. Respire un grand coup. Plusieurs fois de suite. Me retourne pour voir la Dame Bouddha de loin. Marche dans le sable en m’éloignant. Regarde vaguement les vietnamiens s’amuser dans l’eau en famille. J’en peux plus. Les larmes roulent toutes seules.

Mais je suis reconnaissante d’avoir eu la chance de les revoir ces dames, sur ce bout de plage dont je suis tombée amoureuse. Je suis heureuse d’avoir pu leur dire, en peu de mots, que je les trouvais bien, que je ne les oubliais pas, qu’elles étaient importantes pour moi. Je suis heureuse de parler d’elles sur ce blog, et que peut-être des lecteurs soient touchés par cette petite histoire et cette rencontre qui paraît insignifiante et qui pour je ne sais quelle raison, a un impact très fort sur moi.

C’est très fort émotionnellement, c’est inexplicable et c’est une chance.
Alors oui, je suis reconnaissante.

20140717-180934-65374870.jpg

Publicités

10 réflexions sur “Le retour des Petites Madames de My Khe

  1. Pingback: Comparatif des massages à Hanoi | Le petit carnet de Daphné Xuân

  2. Pingback: Dernière nuit, dernier jour à Hanoi (avant les prochains) | Le petit carnet de Daphné Xuân

  3. Pingback: Raconter le départ | Le petit carnet de Daphné Xuân

  4. Pingback: Ce que j’ai fait sur une moto au Vietnam | Le petit carnet de Daphné Xuân

  5. Pingback: Les petites madames sur la plage de My Khe | Le petit carnet de Daphné Xuân

  6. Un grand Merci Daphné pour ces superbes récits sur le Vietnam que j’ai visité deux fois
    , c’est écrit avec un grand respect et une grande sensibilité.

    David

    • Bonjour David, merci beaucoup pour ce commentaire qui m’a fait chaud au cœur. Si j’ai pu faire voyager quelques lecteurs au travers de mon récit et partager ma vision des choses, alors c’est là l’essentiel. Je vous souhaite encore beaucoup de belles aventures au Vietnam. Daphné

      • Bonjour Daphné, je souhaite de tout cœur que Bouddha et les dieux avec ma modeste participation par l’esprit puisse faire de votre vie un véritable enchantement.

        Il est parfois probable de ressentir des choses incroyable c’est ce qu’il se passe pour moi .
        En toute correction de ma part recevez ce compliment , qui suit.

        sans aucun doute votre âme est pure .
        et c’est bien rare .

        ne soyez pas surprise, j’ai simplement ressenti cela.

        Mes premières pensées iront vers vous lorsque j’irai une nouvelle fois dans ce merveilleux pays.
        Le VietNam.

        Merci de m’avoir fait du bien par vos récits.

      • Bonjour David,

        Que mon âme soit pure, j’en doute.
        Que le Vietnam ait réussi à tirer le meilleur de moi, c’est déjà plus probable.

        Merci beaucoup en tout cas d’avoir pris le temps de partager votre ressenti sur ce blog. Je suis heureuse d’avoir réussi à toucher au moins une personne avec mes petites histoires parfois ressenties intensément, peut-être plus que de raison.

        Je vous souhaite le meilleur pour la suite.

        Bonne journée !

  7. Très jolie histoire sur ces dames le long de la plage ; j’ai eu une expérience un peu similaire sur la plage de Cua Daï (dsl pour les accents) à Hoi An. J’avais déraillé et j’avais donc les mains pleines de graisse noire de chaine de vélo quand nous avons débarqué sur la plage. Une dame est alors spontanément venue vers moi et m’a proposé de me laver les mains, m’a aidé à frotter, rincé, essuyé et m’a gratifié d’une petite tape/caresse affectueuse sur la tête. Elle n’a pas proposé ses services directement ; ce n’est qu’après que nous avons pu profiter d’une agréable chaise accompagnée d’une coco. Je n’ai pas ressenti la même charge émotionnelle mais c’était très agréable et changeant des attaques habituelles de touristes !!!!
    PS : je ne sais pas si d’autres personnes ont ressenti la même chose ; mais je n’ai à aucun moment été particulièrement impressionné par les plages de Danang et Hoi An ; l’endroit est beau, revigorant et tropical mais… étant originaire des Landes, je trouve les immense côtes de sable d’aquitaine (de la Gironde au pays Basque) encore plus belles 🙂 . Chauvinisme inconscient peut être…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s