Fin du blog… Et après ?

J’ai commencé ce blog afin d’informer mes proches sur mon séjour au Vietnam et m’éviter d’écrire 35 fois le même mail décrivant les mêmes choses.

J’ai continué ensuite ce blog avec l’idée de livrer aux internautes futurs expatriés des conseils pratiques et pragmatiques tels que je n’en avais pas trouvés pour moi-même, alors que je stressais avant mon départ.
Je voulais aussi livrer ce blog aux futurs et actuels expatriés afin de partager les différentes phases de ressenti que l’on pouvait vivre lorsqu’on s’expatrie au Vietnam, car il s’agit d’une expérience en forme de montagnes russes émotionnelles. Il s’agissait en effet d’une de mes craintes avant de partir : que l’expérience soit trop dure moralement. Mon témoignage pourrait donc rassurer certaines personnes s’apprêtant à se lancer comme moi, même s’il ne s’agit que d’une expérience parmi d’autres.

Mais finalement, et peut-être le plus important, j’ai fait ce blog pour me souvenir.
J’ai en effet une mémoire assez sélective et qui me fait parfois défaut.
Il était donc important que je me souvienne de toutes les étapes, pas uniquement des belles choses mais aussi des doutes et des épreuves que j’ai pu traverser.

Ce blog, mon tout premier blog, c’est 100 articles et presque 8000 vues, des commentaires gentils ou curieux, et quelques fidèles abonnés avec qui j’ai pu échanger. Et je suis très contente d’avoir pu partager cette première expérience avec vous.

***

Deux mois après mon retour en France, il est temps de dresser un premier bilan :

– Avant de partir au Vietnam, j’avais principalement trois peurs : 1/ celle d’une maladie (grave, s’entend) ; 2/ celle d’un accident (et vu la circulation, c’est statistiquement faisable) ; et 3/ celle d’une agression (moins courant, mais j’ai entendu des trucs et une morsure de chien errant est si vite arrivée). J’ai eu la chance de ne connaître aucun de ces trois désagréments en l’espace de six mois (je connais néanmoins des personnes dans mon entourage direct qui ont eu des accidents, qui se sont faits braquer par des mafieux en sortie de boite en se faisant voler leur carte vitale au lieu de leur CB, ou encore qui ont été allégés de leur iPhone et de leur CB…).. Pour être tout à fait honnête, les seules galères auxquelles j’ai pu faire face sont restées assez minimes : j’étais un peu SDF sur les bords (trois déménagements en 4 mois) avec le stress que ça implique, j’ai eu de nombreux soucis respiratoires et de peau dus à l’humidité et à la pollution qui m’empêchaient de chanter voire de parler, et j’ai eu une mini-entorse en début de séjour. Sans compter les petits coups de blues de temps en temps. Que des petits bobos en fin de compte.

– Pendant deux mois après mon retour, j’ai bu beaucoup plus de bière qu’avant de partir au Vietnam. Par nostalgie. Je sais, ce n’est pas terrible, mais je me suis finalement calmée après m´être tapé la plus grosse cuite de ma vie suite à mes examens de fin d’année. À présent j’ai plus de plaisir à boire une petite bière fraîche de temps en temps, mais avec plus de modération. Ma tolérance à l’alcool a de nouveau diminué…

– Contrairement à mes bonnes résolutions anti-morosité-et-débilité-des-médias-français, je me suis gavée de télé. Et de jeux vidéo. J’ai procrastiné à mort, y compris (surtout ?) pendant mes périodes de révision. Une façon de me vider la tête sans doute. Souci non résolu.

– J’ai hérité de ma maître de stage et de ma co-stagiaire l’usage abusif de l’expression « exactement » pour acquiescer tout et n’importe quoi.

– Dans le même temps, j’ai perdu pas mal mon vietnamien, surtout le souvenir des accents à appliquer à chaque mot… J’espère pouvoir le reparler un peu, de façon superficielle, avec certains membres de ma famille.

J’ai perdu deux kilos pendant mon séjour au Vietnam (je ne l’ai appris qu’en rentrant pas car je n’avais pas de pèse-personne là-bas). Et je les ai repris en l’espace de deux-trois semaines depuis mon retour. Parce que je mange du beurre quasi tous les jours et que j’adore ça.

J’ai par ailleurs été remanger dans mes restos vietnamiens favoris en France. Chose curieuse (qui peut s’expliquer par le manque de temps que j’avais à Ho Chi Minh Ville, le meilleur bun bo nam bô que je connais (bo bun pour les français, je ne comprends toujours pas la différence d’appellation) reste celui de mon super resto de Belleville.

– J’ai adopté un look plus soigné et personnel depuis mon retour. J’ai tendance à m’apprêter davantage lorsque je sors de chez moi. Fort heureusement, mes razzias shopping de mes dernières semaines au Vietnam m’ont permis à la fois de me relooker avec des vêtements originaux de qualité, et de ne pas être trop tentée par les vitrines insipides des grandes chaînes d’habillement occidentales (dont beaucoup d’articles viennent du Vietnam justement).

Ma peau a, fort heureusement et en quelques semaines, repris un aspect normal (elle avait été bien maltraitée par l’humidité et la pollution hanoienne !). Mes produits coréens, et spécialement une petite brosse toute douce me permettant de nettoyer les pores entièrement mais avec douceur, m’aident bien à ce niveau-là. Il reste cependant quelques cicatrices, que j’estompe peu à peu grâce à un masque spécial (le fameux Tomatox de TonyMoly).

– J’ai montré à ma grand-mère les photos que j’avais prises de Saigon. J’étais assez contente surtout de lui montrer la Bitexco Tower, celle en forme de pétale de lotus, comme le symbole d’un Vietnam moderne. Elle était déjà étonnée du fait qu’il y ait des barrières au bord du fleuve et a salué un regain de sécurité dans son ancienne ville. J’ai voulu lui montrer les aspects les plus modernes de son pays afin qu’elle en soit fière.

– De la même façon, mon séjour au Vietnam m’a fait comprendre qu’il existait un décalage entre l’image du pays véhiculée par des vietnamiens qui vivent depuis longtemps hors du pays (c’est à dire une bonne partie de ma famille, quel que soit leur pays d’adoption) et les vietnamiens d’aujourd’hui qui vivent et évoluent sur place. Tout ce que j’ai pu observer avant mon séjour n’était que le reflet déformé, nostalgique et un peu vieilli de ce que j’ai pu voir là-bas. Ce qui me permet de prendre une certaine distance.

– J’ai revu Alex, une de mes anciennes co-stagiaires de Hanoi, à Paris. On a fait comme on faisait d’habitude là-bas, on s’est pris une terrasse et un café au lait. Terrasse moins jolie que notre habituelle (un trottoir parisien versus une magnifique terrasse derrière l’opéra d’Hanoi), café moins bon et cinq fois plus cher… Mais ça m’a fait plaisir d’essayer de faire revivre nos petites discussions que l’on faisait avant.

Ce qu’on partage avec nos compagnons d’expatriation est assez indescriptible, c’est quelque chose de fort, de profond, dont on a l’impression que personne d’autre ne peut comprendre. On a vécu les mêmes phases, notamment celles concernant le retour au pays et la difficulté de se réadapter à nos anciennes vies, et avec entre autres cette lutte permanente pour ne pas soûler notre entourage en ne parlant que du Vietnam.

Pire que ça, on sait que même si on se revoit dans un autre contexte, ou même si on revient un jour à Hanoi, les quelques mois qu’on a vécus sur place resteront à jamais uniques. Plus jamais on ne vivra la même atmosphère, dans le même appart’ avec les mêmes colocs, les mêmes restos et magasins, les mêmes xe om… Et le Vietnam change si vite !
Pourtant, en revoyant nos compagnons de séjour, je crois qu’il y a cette tentative un peu vaine de faire revivre cette période que l’on chérira toujours au fond de nous.
Bref, je me sens, avec ces compagnons là auxquels je pense (j’ai très envie de revoir Ju et Gi en France, et mon ancien coloc Paul qui est en Angleterre), un peu comme ces anciens participants à une télé-réalité qui ont conscience d’avoir vécu avec d’autres un truc exceptionnel non reproductible et qui sont nostalgiques de ça. Ah oui, et je stalke pas mal sur les réseaux sociaux les copains qui sont loin maintenant.

– Dernière chose, et pas des moindres : grâce à mon séjour, je pense savoir un peu plus ce que je souhaite réellement dans la vie… S’éloigner de ses bases et de ses proches pendant un temps, ça peut avoir du bon pour savoir ce qu’on veut réellement, ce qu’on est capable d’accepter et ce qui est non négociable pour nous. C’est un enrichissement fabuleux.

***

De façon très logique, il me semble temps à présent de fermer ce blog qui avait pour objet le récit d’une expatriation au Vietnam avec cette particularité que l’expatriée en question avait des origines du pays (en partie).

Je pense reprendre ultérieurement l’écriture de ce « petit carnet » pour deux raisons possibles :

– une nouvelle expérience d’expatriation au Vietnam ou n’importe où ailleurs (on ne sait jamais), ou
– un retour au Vietnam, même de courte durée, afin de vous conter ce qui a changé entre temps, si je revois certaines personnes, etc.

Je clôture donc ce blog en vous livrant une dernière réflexion que m’a faite un ami qui a vécu plusieurs années entre France et Vietnam et qui a du malheureusement s’en éloigner.
Il m’a dit comprendre mes difficultés de réadaptation à la France et a parfaitement traduit en mots les effets d’une expatriation au Vietnam sur la plupart des gens :

« Quand on quitte le Vietnam, on en revient enrichi… tout en y laissant une part de nous-mêmes. »

Eh bien vous savez quoi ? C’est exactement ça.

Tschüs ! Et merci.

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5 réflexions sur “Fin du blog… Et après ?

  1. Pingback: Dernière nuit, dernier jour à Hanoi (avant les prochains) | Le petit carnet de Daphné Xuân

  2. Pingback: Raconter le départ | Le petit carnet de Daphné Xuân

  3. Pingback: Le retour des Petites Madames de My Khe | Le petit carnet de Daphné Xuân

  4. Grand MERCI daphée pour ce joli voyage qui m’a beaucoup plu.
    je suis une expatriée suisse en france et j’envisageais la suite en
    allant au vietnam. ton blog m’a intéressée parce que d’abord tu es
    une fille et ensuite tu écris simplement (pas simplettement, lol) et la
    lectrice que je suis se reconnaissais dans ce partage naturel.
    donc encore une fois GRAND MERCI pour tous tes partages qui
    m’ont enchantés et m’ont fait connaître de l’intérieur ce beau pays.
    mille bonheurs sur ton chemin, voilà mon souhait.
    ne te retiens pas pour un futur blog, je suis preneuse.
    chaleureuses salutations
    titmere.

    • Un grand merci à toi Danielle pour ce chaleureux commentaire, auquel je n’ai pas répondu tout de suite, ne sachant pas comment retranscrire la reconnaissance et la joie ressentis à sa lecture 😉 si j’ai pu inspirer ou faire plaisir à des personnes de passage sur ce blog, alors j’aurai réussi mon projet. Une très belle continuation à toi aussi et peut-être à la prochaine fois au détour d’un nouvel article ou d’un nouveau blog.

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