Le pourquoi du comment, ou comment j’ai vécu l’absence de Vietnam pendant deux ans

Donc, je reprends ce blog.

Peut-être.

Il y a à présent 90% de chances que je retourne au Vietnam, pour un peu moins d’un mois, durant l’automne.

Et ce, afin d’accomplir une idée fixe que j’avais eue peu avant de repartir vers la France il y a deux ans, puis que j’ai mise en sourdine.

Laissez-moi vous expliquer un peu ce qui s’est passé.

Mi 2014, je rentre en France.

Je n’aime pas ça.

Je déprime, plusieurs semaines.

Je passe mes examens de fin d’année, les réussis et parviens même à ne pas devoir passer par les rattrapages.

Je passe un coup de fil à un ancien directeur de stage lui annoncer les résultats.

Il me dit : « tu viendrais pas passer un entretien chez nous ? y a un poste qui pourrait se libérer ».

Alors j’y vais, sans me mettre la pression.

Je me dis : « vas-y pour l’expérience, ce sont des gens biens. Si tu tiens six mois, c’est bien, sinon ce n’est pas grave ».

J’y suis restée un an et demie.

C’était franchement pas mal. Pas de quoi me plaindre.

Mais je passais à côté de quelque chose. A côté de cette idée fixe qui s’accrochait à moi, en sourdine. De cette clarté, de cette révélation un peu folle – mais si pure, à un moment où j’étais dépouillée de mon quotidien et de mon entourage en France – que j’avais eue avant de repartir vers la France. Et que, par la force du principe de réalité, j’avais tue. Toutefois, quelque chose germait.

Je me suis alors mise à rêver du Vietnam. Souvent. Trop souvent.

J’en rêvais la nuit comme d’une Terre Promise inaccessible.

Dans mes rêves, j’allais à Hanoi, avec en tête des choses que je voulais faire ; en général, appeler et voir mes amis (Ced, David, Chau principalement), me refaire une garde-robe à l’Atelier, ou tout simplement me promener dans des coins que j’aimais bien (autour des deux lacs, la vieille ville…).

Et à chaque fois il y avait quelque chose qui m’en empêchait : l’absence des numéros de téléphone à appeler, un rendez-vous manqué en ville, la ville que je ne reconnaissais pas, la carte SIM qui manquait, une famille encombrante dans un hôtel de la périphérie, etc.

Des fois dans mes rêves, je me retrouvais coincée dans une sorte d’aéroport, avec la ville pas loin. Des fois je rêvais d’étals de fruits que je ne pouvais toucher.

Bref, Hanoi était devenue un fantasme.

Oh, je sais bien que lorsqu’on rêve d’une chose, ce n’est pas à proprement parler de cette chose dont on rêve.

Je crois qu’Hanoi représentait cette part cachée en moi, que je ne pouvais exprimer pleinement lorsque je travaillais trop longuement et trop intensément pour pouvoir me développer de mon côté.

C’est pourquoi à présent, Hanoi, j’en ai peur.

Peur d’en être inévitablement déçue.

Peur de voir le nuage de fumée s’envoler, pour ne laisser la place qu’à un tas de poussières, de cafards et de stress.

Mais d’un autre côté, je continue à espérer garder la foi en cette ville. En sa magie.

Alors, lorsque j’ai enfin accepté de revenir à mon idée fixe de départ – suite notamment à un certain alignement des planètes en ma faveur -, l’idée que j’avais en revenant du Vietnam, je me suis libérée d’un poids.

Dans une expérience que je pourrais rapprocher de celle du coming out (même si je n’ai pas de point de comparaison), j’ai assumé, ai révélé, ai attendu la réaction des gens, ai ressenti parfois de la gène, ai changé ma façon de m’habiller, de me tenir, de me comporter, j’ai minci, j’ai mieux mangé, mieux dormi, repris de la santé, ai été en meilleur accord avec moi-même.

Et quand il a fallu trouver un moyen de faire ce dont je rêvais depuis plusieurs années, Hanoi s’est imposée à moi comme le lieu pour le réaliser.

Même si c’est galère, même s’il faut le billet d’avion, le visa, l’hébergement.

Même si cela implique un éloignement de plusieurs semaines qui sera nécessairement pesant pour mes proches.

Alors mes sentiments sont ambivalents.

Ma décision de retourner au Vietnam n’est évidemment pas rationnelle.

Elle est en même temps fondée sur la confiance que j’ai envers les personnes là-bas qui m’aideront à réaliser mon projet, et sur l’atmosphère inspirant que j’espère y trouver.

J’ai ce besoin viscéral d’y aller.

Et j’ai cette peur d’avoir choisi ce voyage pour de mauvaises raisons, de me retrouver seule et perdue, comme lorsque je suis arrivée pour la première fois à Hanoi.

Je relis actuellement ce blog depuis le début et me souvenais plus du poids des difficultés du début.

Et j’imagine qu’en revenant deux ans plus tard au même endroit, ce sera comme tout redémarrer depuis zéro… Non ?

Même paranoia sur la nourriture, mêmes difficultés de langage, de monnaie, de transports, de logement, de santé… Non ?

Entre exaltation irrationnelle et prudence excessive, où trouver mon équilibre ?

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