Survivre à Montréal et Osheaga suite à une fracture du pied / de l’orteil

Hello tous,

Oui, je sais, ce blog n’est pas là à proprement parler pour parler du Québec ou de Montréal, où je ne fais que passer quelques vacances.

Il m’est cependant arrivé une mésaventure que je ne souhaite à personne : trois jours avant de prendre l’avion direction le Canada, je me fracture l’orteil. Me voici donc avec chaussure de Barouk qui m’empêche tout déroulement du pied, une canne prêtée par ma mère (acceptée sans supplément dans les bagages cabine chez Air Canada, ouf), et l’espoir irrationnel que cet incident ne perturbera pas trop mon séjour.

J’ai donc eu envie, deux semaines après ce drôle de régime, de partager mes impressions et autres conseils pratiques.

Il y a un an, lorsque je passais par Montréal, je me disais : « bon sang c’est fou, on voit des personnes à mobilité réduite partout, c’est que la ville doit être cool et accessible ! ». La réalité est un peu plus subtile que ça.

Bref, voici les quelques étapes que j’ai franchies, libre à vous d’en tirer un enseignement si vous êtes dans une situation analogue :

1/ J’ai loué des béquilles chez Jean Coutu (chaîne de pharmacies, dont une enseigne était pas loin de mon point de chute). 10 dollars la première semaine, 4 les suivantes, dépôt de 25 dollars, c’est tout à fait jouable. Il faut cependant de l’entraînement pour marcher avec. C’est sportif, ça demande des bras, des épaules, ça fait un peu mal aux poignets au début. Dur quand il fait 30 degrés sous un soleil de plomb. Attention de bien les faire régler, et SURTOUT de vérifier l’état des patins et la présence ou non de vis papillons au niveau des poignées ! Astuce pour marcher avec ces béquilles « à l’américaine » (oui celles qui se glissent sous les aisselles) : écarter les béquilles de façon à ce qu’elle reposent non pas sur les aisselles (à la verticale parfaite) mais contre les côtes, en formant un angle léger. L’équilibre ne sera que meilleur. Pour plus d’infos je vous conseille de regarder sur Youtube des vidéos de l’hôpital d’Ontario qui explique comment marcher avec des béquilles.

2/ J’ai acheté une carte SIM locale pour mon téléphone débloqué (une quarantaine de dollars chez FIDO pour une offre moyenne + 11 dollars pour la carte SIM elle-même), afin d’avoir de la connexion et de pouvoir appeler un taxi au besoin.

3/ J’ai téléchargé l’appli Transit qui montre de façon très intuitive tous les arrêts de bus, métro et autres à proximité de l’endroit où on se trouve, avec les horaires, les itinéraires, etc. Très pratique pour optimiser ses déplacements marchés.

4/ J’ai au début, privilégié les déplacements en bus car il existait un arrêt bien plus proche de mon point de chute que la station de métro locale. J’ai tout de même réalisé qu’avec mes béquilles, je ne pouvais pas faire grand-chose d’autre que de tourner autour d’arrêts de bus / de métro, me poser, et m’en arrêter à peu près là. Frustrant.

5/ Je suis ensuite passée chez Adaptel, arrêt de métro Radisson sur la ligne verte (privilégier la sortie Sherbrooke Sud pour éviter de faire le tour de la station de bus en béquilles pour rejoindre la rue…), pour me louer un fauteuil compagnon (15 dollars la semaine, gérable aussi). Il ne s’agit pas d’un fauteuil roulant que je peux actionner moi-même et qui comporte de grandes roues (ça doit peser dans les 20 kg) mais une chaise pliable en métal et toile avec des petites roues type grosse valise, qui pèse dans les 11 kg. Il faut donc être en compagnie d’un compagnon qui veut bien pousser la personne et transporter le fauteuil plié dans les escaliers… Très bon contact chez Adaptel. En plus ils sont très proches du métro.

6/ J’ai enfin pu goûter à la liberté de faire des distances plus importantes sans être rincée. Mon compagnon de fauteuil, lui, a bien trinqué et a bien fait ses bras. Il faut dire que si le fauteuil est relativement léger à transporter (même si en raison de son encombrement, il donne quelques coups lorsqu’il est porté dans les escaliers).

Le souci avec les petites roues c’est que le fauteuil n’est pas tout terrain. A chaque trou ou dénivellement dans le sol, le porteur doit basculer le fauteuil vers le bas afin de le faire franchir l’obstacle. Ca fait beaucoup d’efforts au bout d’un moment.

J’ai également réalisé que les sols de la ville ne sont pas toujours rectilignes ou réguliers. La plupart des trottoirs sont faits en blocs. Souvent, on sent le passage d’un bloc à l’autre, il y a une certaine résistance, un peu comme lorsqu’on est dans un train régional qui passe sur divers tronçons de rails.

Certaines parties de la ville sont très pentues (je pense notamment au Plateau, où je n’ai pas été cette fois-ci, mais également au chemin vers la superbe Place d’Armes).

Enfin, le fauteuil compagnon n’est pas praticable sur les chemins caillouteux. Je pensais ainsi à tort que le chemin du canal de Lachine ne poserait pas de souci. En réalité, pour le pratiquer il fallait squatter la piste multi-usages généralement utilisée par les vélos et rollers. On n’a pas osé.

C’est assez dommage finalement car avant d’arriver à un parc donné (et donc de monter, descendre des escaliers dans les métros…), on ignore si on aura à faire à un chemin de gravier ou d’asphalte…

7/ J’ai tout de même osé aller au festival Osheaga, c’est à dire une machine énorme sur une île avec masse de concerts et de monde. La conseillère de Bell que j’ai eue au téléphone m’a assuré que beaucoup de parties de l’île était praticable en fauteuil avec des chemins d’asphalte. FAUX !

La plupart des chemins étaient en terre ou en graviers. Impossible à pratiquer avec un fauteuil compagnon. J’ai donc déposé le nôtre en consigne et ai fait le reste du festival en béquilles, à mon rythme.

De même, la conseillère de Bell m’a assuré qu’il existait des endroits pour s’asseoir, y compris pas trop loin des scènes. FAUX ! Faut pas rêver non plus, il y avait juste du faux gazon déposé aux arrières. Sauf que dès qu’une tête d’affiche arrivait, tout le monde se levait. Fort heureusement j’ai pu susciter la compassion chez une festivalière assise sur une bobine de bois, qui a bien voulu partager sa place. Mais à part ça, pas grand-chose…

Le seul truc très cool c’est que c’est très bien encadré, autant dans les transports en commun sur les quais du métro (les agents veillent à ce qu’on ne soit pas écrasé par la foule) qu’à l’entrée du festival.

8/ Attention pour ceux qui ne peuvent vraiment pas pratiquer les escaliers : seules quelques stations de métro de la ligne orange sont accessibles par ascenseurs, et il arrive que certains d’entre eux soient en panne… Le bus semble donc préférable, malgré leur fréquence moins importante.

9/ J’ai largement apprécié la courtoisie des montréalais, toujours prêts à se lever dans les transports en commun, proposer de l’aide, ouvrir les portes ou prononcer un mot gentil spontanément. Notamment des personnes âgées qui m’ont fortement encouragée et redonné de l’espoir avec beaucoup de sourire et d’humour !

10/ Je me suis mise à l’herboristerie (oui, ils ont des herboristes à Mon et c’est bien cool). Je me retrouve avec des décoctions de consoude et de prêle des champs histoire de renforcer mon joli orteil.

11/ Finalement ce que retire une fracture à un pied ou un orteil lors d’un séjour touristique, c’est bien la spontanéité des choses. Pas de flânerie, mais de la planification avec cette question : que peut-on faire en un minimum d’efforts (pas de changements de ligne de métro, de longue marche…) et qui est proche d’une station de métro / de bus ? On a fini par trouver des bons plans (Saint-Houblon, au tout début de la rue Saint-Denis, au pied  de la station Berri-Uqam n’en était pas des moindres).

12/ Je remarque des améliorations en cours : des travaux de réfection de voies permettront, je l’espère, une meilleure praticabilité de la ville pour les PMR. J’ai également observé la construction d’un ascenseur à la station de métro Place d’Armes.

En espérant que cette expérience puisse servir, au cas où, aux personnes qui sont dans une galère similaire ! Je sais que j’ai beaucoup fait de recherches avant de pouvoir m’adapter à cette situation, alors autant faire gagner du temps à tout le monde 😉

Tschüss !

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