Fin du blog… Et après ?

J’ai commencé ce blog afin d’informer mes proches sur mon séjour au Vietnam et m’éviter d’écrire 35 fois le même mail décrivant les mêmes choses.

J’ai continué ensuite ce blog avec l’idée de livrer aux internautes futurs expatriés des conseils pratiques et pragmatiques tels que je n’en avais pas trouvés pour moi-même, alors que je stressais avant mon départ.
Je voulais aussi livrer ce blog aux futurs et actuels expatriés afin de partager les différentes phases de ressenti que l’on pouvait vivre lorsqu’on s’expatrie au Vietnam, car il s’agit d’une expérience en forme de montagnes russes émotionnelles. Il s’agissait en effet d’une de mes craintes avant de partir : que l’expérience soit trop dure moralement. Mon témoignage pourrait donc rassurer certaines personnes s’apprêtant à se lancer comme moi, même s’il ne s’agit que d’une expérience parmi d’autres.

Mais finalement, et peut-être le plus important, j’ai fait ce blog pour me souvenir.
J’ai en effet une mémoire assez sélective et qui me fait parfois défaut.
Il était donc important que je me souvienne de toutes les étapes, pas uniquement des belles choses mais aussi des doutes et des épreuves que j’ai pu traverser.

Ce blog, mon tout premier blog, c’est 100 articles et presque 8000 vues, des commentaires gentils ou curieux, et quelques fidèles abonnés avec qui j’ai pu échanger. Et je suis très contente d’avoir pu partager cette première expérience avec vous.

***

Deux mois après mon retour en France, il est temps de dresser un premier bilan :

– Avant de partir au Vietnam, j’avais principalement trois peurs : 1/ celle d’une maladie (grave, s’entend) ; 2/ celle d’un accident (et vu la circulation, c’est statistiquement faisable) ; et 3/ celle d’une agression (moins courant, mais j’ai entendu des trucs et une morsure de chien errant est si vite arrivée). J’ai eu la chance de ne connaître aucun de ces trois désagréments en l’espace de six mois (je connais néanmoins des personnes dans mon entourage direct qui ont eu des accidents, qui se sont faits braquer par des mafieux en sortie de boite en se faisant voler leur carte vitale au lieu de leur CB, ou encore qui ont été allégés de leur iPhone et de leur CB…).. Pour être tout à fait honnête, les seules galères auxquelles j’ai pu faire face sont restées assez minimes : j’étais un peu SDF sur les bords (trois déménagements en 4 mois) avec le stress que ça implique, j’ai eu de nombreux soucis respiratoires et de peau dus à l’humidité et à la pollution qui m’empêchaient de chanter voire de parler, et j’ai eu une mini-entorse en début de séjour. Sans compter les petits coups de blues de temps en temps. Que des petits bobos en fin de compte.

– Pendant deux mois après mon retour, j’ai bu beaucoup plus de bière qu’avant de partir au Vietnam. Par nostalgie. Je sais, ce n’est pas terrible, mais je me suis finalement calmée après m´être tapé la plus grosse cuite de ma vie suite à mes examens de fin d’année. À présent j’ai plus de plaisir à boire une petite bière fraîche de temps en temps, mais avec plus de modération. Ma tolérance à l’alcool a de nouveau diminué…

– Contrairement à mes bonnes résolutions anti-morosité-et-débilité-des-médias-français, je me suis gavée de télé. Et de jeux vidéo. J’ai procrastiné à mort, y compris (surtout ?) pendant mes périodes de révision. Une façon de me vider la tête sans doute. Souci non résolu.

– J’ai hérité de ma maître de stage et de ma co-stagiaire l’usage abusif de l’expression « exactement » pour acquiescer tout et n’importe quoi.

– Dans le même temps, j’ai perdu pas mal mon vietnamien, surtout le souvenir des accents à appliquer à chaque mot… J’espère pouvoir le reparler un peu, de façon superficielle, avec certains membres de ma famille.

J’ai perdu deux kilos pendant mon séjour au Vietnam (je ne l’ai appris qu’en rentrant pas car je n’avais pas de pèse-personne là-bas). Et je les ai repris en l’espace de deux-trois semaines depuis mon retour. Parce que je mange du beurre quasi tous les jours et que j’adore ça.

J’ai par ailleurs été remanger dans mes restos vietnamiens favoris en France. Chose curieuse (qui peut s’expliquer par le manque de temps que j’avais à Ho Chi Minh Ville, le meilleur bun bo nam bô que je connais (bo bun pour les français, je ne comprends toujours pas la différence d’appellation) reste celui de mon super resto de Belleville.

– J’ai adopté un look plus soigné et personnel depuis mon retour. J’ai tendance à m’apprêter davantage lorsque je sors de chez moi. Fort heureusement, mes razzias shopping de mes dernières semaines au Vietnam m’ont permis à la fois de me relooker avec des vêtements originaux de qualité, et de ne pas être trop tentée par les vitrines insipides des grandes chaînes d’habillement occidentales (dont beaucoup d’articles viennent du Vietnam justement).

Ma peau a, fort heureusement et en quelques semaines, repris un aspect normal (elle avait été bien maltraitée par l’humidité et la pollution hanoienne !). Mes produits coréens, et spécialement une petite brosse toute douce me permettant de nettoyer les pores entièrement mais avec douceur, m’aident bien à ce niveau-là. Il reste cependant quelques cicatrices, que j’estompe peu à peu grâce à un masque spécial (le fameux Tomatox de TonyMoly).

– J’ai montré à ma grand-mère les photos que j’avais prises de Saigon. J’étais assez contente surtout de lui montrer la Bitexco Tower, celle en forme de pétale de lotus, comme le symbole d’un Vietnam moderne. Elle était déjà étonnée du fait qu’il y ait des barrières au bord du fleuve et a salué un regain de sécurité dans son ancienne ville. J’ai voulu lui montrer les aspects les plus modernes de son pays afin qu’elle en soit fière.

– De la même façon, mon séjour au Vietnam m’a fait comprendre qu’il existait un décalage entre l’image du pays véhiculée par des vietnamiens qui vivent depuis longtemps hors du pays (c’est à dire une bonne partie de ma famille, quel que soit leur pays d’adoption) et les vietnamiens d’aujourd’hui qui vivent et évoluent sur place. Tout ce que j’ai pu observer avant mon séjour n’était que le reflet déformé, nostalgique et un peu vieilli de ce que j’ai pu voir là-bas. Ce qui me permet de prendre une certaine distance.

– J’ai revu Alex, une de mes anciennes co-stagiaires de Hanoi, à Paris. On a fait comme on faisait d’habitude là-bas, on s’est pris une terrasse et un café au lait. Terrasse moins jolie que notre habituelle (un trottoir parisien versus une magnifique terrasse derrière l’opéra d’Hanoi), café moins bon et cinq fois plus cher… Mais ça m’a fait plaisir d’essayer de faire revivre nos petites discussions que l’on faisait avant.

Ce qu’on partage avec nos compagnons d’expatriation est assez indescriptible, c’est quelque chose de fort, de profond, dont on a l’impression que personne d’autre ne peut comprendre. On a vécu les mêmes phases, notamment celles concernant le retour au pays et la difficulté de se réadapter à nos anciennes vies, et avec entre autres cette lutte permanente pour ne pas soûler notre entourage en ne parlant que du Vietnam.

Pire que ça, on sait que même si on se revoit dans un autre contexte, ou même si on revient un jour à Hanoi, les quelques mois qu’on a vécus sur place resteront à jamais uniques. Plus jamais on ne vivra la même atmosphère, dans le même appart’ avec les mêmes colocs, les mêmes restos et magasins, les mêmes xe om… Et le Vietnam change si vite !
Pourtant, en revoyant nos compagnons de séjour, je crois qu’il y a cette tentative un peu vaine de faire revivre cette période que l’on chérira toujours au fond de nous.
Bref, je me sens, avec ces compagnons là auxquels je pense (j’ai très envie de revoir Ju et Gi en France, et mon ancien coloc Paul qui est en Angleterre), un peu comme ces anciens participants à une télé-réalité qui ont conscience d’avoir vécu avec d’autres un truc exceptionnel non reproductible et qui sont nostalgiques de ça. Ah oui, et je stalke pas mal sur les réseaux sociaux les copains qui sont loin maintenant.

– Dernière chose, et pas des moindres : grâce à mon séjour, je pense savoir un peu plus ce que je souhaite réellement dans la vie… S’éloigner de ses bases et de ses proches pendant un temps, ça peut avoir du bon pour savoir ce qu’on veut réellement, ce qu’on est capable d’accepter et ce qui est non négociable pour nous. C’est un enrichissement fabuleux.

***

De façon très logique, il me semble temps à présent de fermer ce blog qui avait pour objet le récit d’une expatriation au Vietnam avec cette particularité que l’expatriée en question avait des origines du pays (en partie).

Je pense reprendre ultérieurement l’écriture de ce « petit carnet » pour deux raisons possibles :

– une nouvelle expérience d’expatriation au Vietnam ou n’importe où ailleurs (on ne sait jamais), ou
– un retour au Vietnam, même de courte durée, afin de vous conter ce qui a changé entre temps, si je revois certaines personnes, etc.

Je clôture donc ce blog en vous livrant une dernière réflexion que m’a faite un ami qui a vécu plusieurs années entre France et Vietnam et qui a du malheureusement s’en éloigner.
Il m’a dit comprendre mes difficultés de réadaptation à la France et a parfaitement traduit en mots les effets d’une expatriation au Vietnam sur la plupart des gens :

« Quand on quitte le Vietnam, on en revient enrichi… tout en y laissant une part de nous-mêmes. »

Eh bien vous savez quoi ? C’est exactement ça.

Tschüs ! Et merci.

Raconter le départ

Mon séjour au Vietnam touche à sa fin, et très logiquement, ce blog aussi.
À moins que je ne reparte ailleurs dans une ou plusieurs années, et dans ce cas ce blog reprendra là où il s’était arrêté. Après tout, il reste ce qu’il est : un petit carnet…

Je voulais raconter les choses dans l’ordre, c’est à dire raconter d’abord mes vacances dans le centre et ensuite mon départ pour la France. Mais je me rends compte que c’est impossible, pour la bonne raison que mon départ c’est dans même pas trois jours et que j’aimerais profiter de mon séjour à Hanoi avant de soigner mes billets sur mon voyage au centre du Vietnam.

Ainsi, je pense vous en parler véritablement après mon retour, ça fera prolonger les choses…

Par contre s’il y a une chose que je veux partager avec vous, c’est le retour. C’est un élément, un moment qu’on lit assez peu sur les blogs d’expat´ court terme comme moi. Comme si une fois rentrés, ces expatriés laissaient tout tomber et laissaient leur blog derrière eux en friche. C’est assez triste et dommage car le retour, et comment le gérer, est une question que partage la plupart de mes amis expatriés.

Comment se réhabituer à sa nouvelle vie en France ? Comment se réacclimater, ne pas déprimer, s’inclure à nouveau dans la société française (hiérarchique, cloisonnée) alors qu’on s’était fait à un système différent (ouvert) ? Comment réintégrer sa vie française, alors qu’on ne peut pas faire comme si notre séjour ne nous avait pas changés ? Comment affronter le pessimisme français et les infos qui teintent le quotidien de façon morose ? Comment dire au revoir à la foule, au trafic routier, aux hêlements des xe om (« motorbike ! »), à ce bordel sans nom que j’associe maintenant à un sentiment de liberté ?

Ce sont ces questions là qui me travaillent et qui en travaillent d’autres, comme Ju par exemple. Lors de notre séjour dans le centre, nous partagions ce sentiment bizarre, les dernières semaines de présence au Vietnam, d’être constamment (et dans le même temps) heureuses et tristes. D’avoir envie de rentrer et en même temps, tellement pas envie de partir du Vietnam. D’avoir peur de la France et de ce qu’on y trouvera.

C’est ça que je veux raconter. Ce ne sera donc plus à destination de mes proches, avec qui je partagerai bientôt une bonne mousse à 4 euros (sigh). Mais ce sera à destination des expats qui, tout comme moi, voient ces questions trotter dans leur tête.

Là, à J-3 :

– j’angoisse de devoir passer directement en mode « révisions intensives » pour les derniers examens de ma vie, en ajoutant à cela que je n’ai aucune idée des supports de révision que je vais utiliser
– j’angoisse de ne pas avoir assez de place dans la valise pour emporter les multiples cadeaux (qui prennent déjà un bon quart) et les fringues achetés sur place
– J’angoisse de devoir gérer et payer cher une expédition d’1,5 kg vers la France histoire d’alléger mes valises
– j’angoisse de revenir en France dans ma ville que j’aimais plutôt bien en partant, mais dont on m’a dit que l’ambiance s’était dégradée (développement de bidonvilles en périphérie…), et qui me paraîtra trop calme et glauque par rapport à la vivante Hanoi
– Je pense au fait que je n’aurai plus d’argent, que je ne pourrai pas commander une bière sans penser à mon budget, que je ne pourrai pas sortir avec mes amis à n’importe quelle heure en me disant que mon taxi retour me coûtera 4 euros grand maximum
– je réfléchis à adopter le vélo comme moyen principal de déplacement en ville car je ne supporte pas l’idée de payer 52 euros par mois pour prendre un métro qui me déprime d’avance
– je me dis que je ne pourrai pas dire au revoir à un tas d’amis
– j’ai prévu pour ces prochains jours : un Dej avec un ami, un karaoké et pho avec les collègues, envoyer mon colis par la poste, acheter des machins de beauté coréens, acheter des chaussettes Biz Men (elles sont cool), aller à une nouvelle place de massage samedi matin, voir mon ami Chau chanter du jazz dimanche matin et faire coucou à mon groupe à la repet de dimanche après-midi
– je regrette de ne certainement pas avoir le temps de louer un vélo pour faire le tout du lac le nez au vent
– je peste contre le typhon de samedi de m’enlever une journée d’Hanoi (30 cm d’eau prévue).

Tschüs !

Top 11 des différences entre lois françaises et vietnamiennes dans la vie quotidienne

Mon stage se déroulant dans le milieu juridique, j’avais envie de vous parler d’une multitude de petits détails vécus au Vietnam et qui me font penser à quel point certaines lois en France ou en Europe ont vraiment forgé notre quotidien et nos attentes. Cela rend parfois des détails de la vie vietnamienne un brin surprenants. Petit florilège…

1. En France, la loi Évin encadre strictement la publicité pour l’alcool et en interdit la distribution gratuite à fins promotionnelles.
Au Vietnam, certaines soirées de networking sont agrémentées d’hôtesses distribuant de nombreux shooters gratuits.

2. En France, la loi Évin accorde aux seuls buralistes, aux horaires raisonnables et pour la plupart fermés le dimanche, le droit de vendre des cigarettes.
Au Vietnam, les « Marlboro » (qu’ils disent) sont vendues n’importe où dans la rue et font même partie de cartes de nombreux cafés et restaurants. Les paquets y sont d’ailleurs servis sur une jolie coupelle.

3. En France, les prix sont toujours affichés TTC, et service compris pour la plupart des restos.
Au Vietnam, on peut régulièrement être amené à payer 15% de plus que le prix affiché sur la carte, qui ne comprend en fait (mais on ne le découvre qu’au moment de l’addition) ni la TVA ni les frais de service. Surpriiiise !

4. En Europe, on est protégé par les lois sur la CNIL et sur la protection des données personnelles.
Au Vietnam, nos données sont collectées n’importe où, et réutilisées n’importe comment.

5. En France, il est interdit de fumer dans les lieux publics.
Au Vietnam, ça clope n’importe où, y compris dans les studios d’enregistrement enfumés ou sur scène pendant les répétitions (ambiance Gainsbourg assurée).

6. En France, il existe des lois contre le tapage nocturne et la régulation du nombre de décibels dans les salles de concert.
Au Vietnam, on peut perdre ses tympans au détour d’une salle de karaoké.

7. En France, l’activité de pharmacie est strictement encadrée et fait l’objet d’ une prestation de serment. On fait donc plutôt confiance aux pharmaciens.
Au Vietnam, les pharmacies sont des épiceries comme les autres, et peuvent nous vendre une pommade trois-en-un cortisone-antibio-fongicide alors même qu’on demande expressément d’éviter les antibio, tout ça parce que ça coûte un euro de plus que la crème de base. Pharmaciens-épiciers, là-bas, c’est presque ça.

8. En France, les crèches sont étroitement contrôlées (par la DDASS, la PMI), notamment dans leur aménagement pour éviter tout accident.
Au Vietnam, les parents se prennent la tête pour éviter que celle de leur môme ne rencontre une vis dépassant négligemment d’un meuble d’une structure d’accueil.

9. En France, le code du travail érige en discrimination toute offre d’embauche qui porte sur des critères prohibés tels que le sexe ou l’origine…
Au Vietnam, pas de complexe, si on cherche pour un poste quelconque (enseignant, manager, serveur…) une femme blanche, on l’affiche aisément pour trouver plus vite ce que l’on cherche (!)

10. En France, on débat sur le bien-fondé de l’ouverture des magasins de bricolage le dimanche et des parfumeries la nuit.
Au Vietnam, on peut à peu près tout trouver dans la rue et dans les magasins tous les jours (le dimanche étant un jour comme un autre) jusque 22h environ.

11. En France, les soldes sont limitées dans l’année et contrôlées pour éviter tout abus.
Au Vietnam, certains magasins affichent perpétuellement des super soldes exceptionnels de 50 % sur tout.

Et vous, vous en voyez d’autres ?

Tschüs !

Etranger familier (part 2) – être d’origine vietnamienne au Vietnam

Étranger familier, étrange et familier… C’est un peu comme cela que je décrirais ce que je vois ici au quotidien.

Vivre une expérience à l’étranger est une chose.
Vivre une expérience dans un pays dont on est partiellement originaire mais dont on ne connaît que très succinctement la culture en est une autre.

Quand je suis partie au Vietnam, je pensais ne strictement rien connaître de la culture de ce pays. J’avais raison, et en même temps j’avais tort.

Il est étrange de penser que ce petit voyage de six mois me fait parfois vivre l’équivalent d’années entières d’expériences et de ressentis. Car malgré le quotidien, il se passe beaucoup de choses.
Ce voyage est une occasion pour moi de faire le point.

Le point sur l’avenir ; après tout je finis (enfin) mes études et vais bientôt passer à une nouvelle étape, pour laquelle j’ai naturellement un peu d’appréhension, mais qui fait partie des choses normales de la vie.

Je suis également en train de vivre des choses fortes musicalement, ce dont j’ai toujours rêvé, quelque part. Et je ne sais pas encore si cette expérience musicale équivaut à un chant du cygne, au commencement d’une nouvelle histoire ou a une simple parenthèse.

Je suis aussi dans un pays d’avenir, où vont se jouer des choses importantes de ce monde dans les années qui suivent. C’est un pays qui bouge, parfois de façon étourdissante, parfois sans que les personnes sur place ne puissent suivre le mouvement. Mais il y a un côté fascinant là-dedans également.

Mais ce séjour est également un appel vers le passé, sans que je ne l’aie réellement prévu.

Les chansons que je suis amenée à chanter ici me ramènent au passé.
Plus encore, mon voyage au Vietnam me fait remonter des souvenirs et des réminiscences que je croyais oubliés.

Je me surprends parfois à retrouver des points de repère, dans certains plats que je connais déjà, dans certaines attitudes, dans certaines habitudes que je remarque. Beaucoup de choses que je vois ici font écho a ce que j’avais observé auparavant,  parmi les vietnamiens que je connais qui vivent en France ou aux États-Unis.
Je me rends compte que tout ce que j’ai vu parmi ces vietnamiens d’outre-mer n’était que le reflet parfois déformé d’un paysage bien plus immense : le Vietnam.

Je vois ma grand-mère dans les mouvements de gym exécutés chaque matin au bord du lac Hoan Kiem.
Je la vois encore dans le prix plus cher des jus d’oranges pressées sur les menus, car même en France elle ne jure que par cette boisson plus « chic » que les autres.
Je la vois encore dans les bouteilles d’eau minérale, si vitales ici.
Je la revois encore dans les fictions télévisées si eau-de-rose diffusées dans les cafés, dans les sacs bon marché vendus partout, dans les séances photos de jeunes gens dans la rue, dans l’habitude de frotter ses baguettes avec un mouchoir avant de s’en servir, et de commander ses boissons systématiquement sans glaçons…
Je vois mon arrière-grand-mère parfois quand je croise de vieilles dames qui sortent doucement de la pagode de mon quartier.
Je la recroise encore quand je passe devant ces autels des ancêtres qui sentent l’encens, et où j’entends encore ses prières rythmées, quasi chantées dans cette langue qui alors me semblait alors si mystérieuse.
Je vois ma cousine dans les chansons d’Abba diffusées partout et chantées a tue-tête dans les karaokés.
Je vois ma grand-tante américaine dans tous ces fruits acides mangés avec du sel.
Je vois ma mère dans ma façon de cuisiner.
Je vois Tatie dans le banh cuon.

Par contre, je n’ai pas trouvé un seul homme âgé aussi beau que mon grand-père.

La « journée des femmes » au Vietnam

Hier 8 mars fut la « journée internationale pour le droit des femmes », ou la « journée de la femme » ou encore, comme au Vietnam, la « journée des femmes ».

L’occasion, en principe, normalement, de faire le point sur les progrès qui restent à faire pour l’égalité entre hommes et femmes. Personnellement, cette question je me la pose bien plus souvent qu’un jour par an, mais bon, passons.

J’ai l’impression qu’ici au Vietnam, les gens aiment particulièrement les fêtes. La « journée de la femme » baptisée ici « womEN’s day » est donc vécue comme une fête… Et rien d’autre, je crois, malheureusement.

C’est simple : la « journée pour le droit des femmes » est occultée par une version très édulcorée, la « journée des femmes » tout simplement. Une sorte de Saint-Valentin bis durant laquelle les restaurants proposent des offres spéciales pour que ces messieurs invitent ces dames à déjeuner ou à dîner. Les pâtisseries ne sont pas en reste avec des gâteaux en forme de cœur sur lesquels est inscrit en lettre de sucre « women’s day ».

Et voilà comment on passe d’un événement militant pour une cause juste (je considère que l’inégalité entre les sexes induit bien des problèmes sur beaucoup d’autres plans) à une journée cheesy totalement inoffensive. Mais je suppose que ce n’est pas le propre du Vietnam de faire ainsi.

Je vais pour ma part apporter ma petite pierre à l’édifice pour raconter un peu ce que j’ai pu observer de la condition féminine ici.

J’ai l’impression que les femmes sont ici considérées comme de petites choses fragiles et un peu bébêtes. J’ai pu le constater lorsque les passants insistaient vraiment sur l’explication du chemin à prendre pour aller à tel endroit. On m’a déjà fait des schémas avec des canettes de bière pour m’indiquer ou se trouvait l’arrêt de bus. Pour être sur que je comprenne bien… Ça partait de une bonne intention mais franchement ce n’était pas si compliqué à comprendre. Bref…

Mais ce qui m’étonne toujours un peu, c’est qu’à côté de l’image que les gens ont des femmes (des personnes délicates et fragiles), ce sont aussi elles qui se tapent les travaux les plus pénibles, y compris physiquement.
J’ai rarement vu des éboueurs hommes ici, par exemple. C’est un « métier de femme »…
La scène la plus marquante que j’ai vu était le démontage, en pleine nuit, d’un mur entier de briques, qu’il fallait charger dans un camion. Pour faire ce travail de titan : trois femmes, qui plus est d’un certain âge, pour ne pas dire d’un âge certain !

À côté de cela on perçoit bien une pression constante sur l’entretien de la beauté. À ce niveau là la concurrence est rude, je trouve que toutes les vietnamiennes sont magnifiques. Il n’empêche qu’ici plus qu’en France c’est la course à la minceur (des jeunes vietnamiennes plutôt minces se voyant grosses car pas maigres), à la délicatesse, et pire, à la blancheur (avec les produits dangereux pour la santé qui vont avec).

Cela contraste avec les hommes vietnamiens qui peuvent, je pense, « venir comme ils sont ». Ça se voit sur les photos de pré-mariage dont les séances se font près de chez moi : les femmes sont souvent infiniment plus belles que leur fiancé 😉

Mais ce que j’ai pu voir des jeunes femmes vietnamiennes ici est plaisant : ce sont des filles fraîches, responsables mais qui ont, comme tous les jeunes de leur âge, envie de s’amuser. J’ai parfois l’impression d’être dans une société tradi des 60´s avant que ne passe 68…

Bref, tout ça pour dire, et c’est aussi le but de ce billet, que le courage des femmes vietnamiennes n’est pas une légende. Je suis extrêmement admirative !

Bon dimanche 🙂

Tschüs !

Etrange et familier (part 1) – être d’origine asiatique en Asie

Étranger familier… Étrange et familier.
C’est un peu ce que je suis en ce moment ici au Vietnam.

Il faut se rendre a l’évidence : vivre une vie d’expat’ est une chose. Vivre dans un pays étranger duquel on a quelques origines, est une expérience bien différente.
Après quasi deux mois passés ici, je dirais que les interactions sociales ne sont pas du tout les mêmes de mon point de vue, par rapport a celui de ma co-stagiaire française ou de mes amis occidentaux. Chacun a une relation bien particulière avec les gens ici.

J’ai la chance et l’inconvénient d’être typée asiatique.

Cela me permet de me promener dans la rue de façon assez incognito. La plupart des vietnamiens n’iront pas m’emmerder ou me solliciter pour un oui ou pour un non avec des « Hello ! » a tout bout de champ. Je ne sors pas du rang, j’ai les cheveux noirs comme tout le monde et les yeux bridés. Incognito, je vous dis. C’est un confort fou ici, y a pas a dire. Bien évidemment il y en aura toujours un pour me proposer de monter sur sa moto avec un anglais approximatif, mais globalement ça va. Je ne sais toujours pas sur quels critères je suis prise pour une vietnamienne, et sur quels critères je suis grillée en tant qu’étrangère.

Le revers de la médaille est qu’assez souvent, il y a comme une méprise des gens a mon sujet. Parce que je suis typée asiatique, je suis forcement vietnamienne, je parle vietnamien, connais les coutumes vietnamiennes. Ce qui, bien entendu, est faux.

Cela donne des situations plutôt comiques ou pathétiques, c’est selon, ou je me fais alpaguer en vietnamien par une petite vieille dans un bus, et ou je suis obligée de m’excuser en disant que je ne suis pas vietnamienne. Qu’importe, la petite vieille continue a me parler, beaucoup trop vite et trop peu articulé pour que je comprenne. Et j’oublie toujours la phrase qui permet de demander de parler moins vite.

Néanmoins ces interactions sont en général plutôt sympathiques quoi que courtes ; je doute qu’un jour je pourrais réellement converser en vietnamien avec des inconnus dans la rue. Pourtant j’estime que la maitrise de la langue est un passeport nécessaire pour avoir accès à la plus grande partie de la population vietnamienne et avoir des échanges, sans le filtre social de la possibilité pour les vietnamiens les plus chanceux d’apprendre une langue étrangère. Je veux apprendre cette langue, pour ne pas être juste capable de dire au taxi où aller, de dire au masseur d’aller moins fort ou de demander a la vendeuse combien elle vend ses marchandises. Tout simplement car je ne veux pas prendre la plupart de la population vietnamienne pour des gens qui me rendent service et que je paye pour ça.

Un autre inconvénient est que mon impolitesse (je sais que je suis malpolie car le vocabulaire de la politesse est très complexe et fourni ici) et mon incapacité a bien parler vietnamien me transforment, aux yeux des vietnamiens, en simple d’esprit, ou en fille mal éduquée. Ce n’est pas vraiment terrible pour mon amour propre au quotidien et j’ai pas mal de moments de solitude (ne serait-ce quand j’entre dans un magasin et que je ne sais même plus si je dois dire bonjour, et si oui, comment). D’un autre coté, quand je parviens a bafouiller en vietnamien « désolée, je suis française, je ne connais pas beaucoup le vietnamien », il y a comme un aveu de faiblesse assez désagréable, je m’excuse d’être française et de ne pas être capable de les comprendre. Mais ce qu’il y a de plus frustrant, est que dès que je passe aux aveux, la conversation se ferme définitivement.

La troisième chose qui me manque du fait de mon visage type, est l’interaction avec les expatries occidentaux. Rappelez-vous, je suis incognito. Ce qui veut dire que si par exemple je vais a une soirée ou a une réception qui comporte un certain nombre d’expatriés, aucun « blanc » ne m’adressera la parole. Tout simplement car il se figureront que je suis vietnamienne, et donc que je ne suis pas comme eux, que je ne suis pas vraiment digne d’intérêt (après tout, il y a plein de vietnamiens au Vietnam) ou alors, peut-être, que je ne parle même pas leur langue… C’est franchement compliqué de nouer contact avec eux. Et je ne me vois pas non plus m’immiscer dans leurs conversations en anglais en disant « Salut, au fait je suis occidentale, ça ne se voit pas, hein ? ». Cela manquerait singulièrement de style. Résultat : quand je suis seule à une soirée ou une réception… je reste seule.

Drôle de quotidien avec ces quiproquos permanents :

Les vietnamiens me prennent pour une des leurs et déchantent vite ; les occidentaux me prennent pour une vietnamienne et je suis transparente a leurs yeux

Il y a aussi une variante selon laquelle des vietnamiens me prennent pour une japonaise ou une coréenne et tentent de me vendre du riz à sushis. Au moins, ça change un peu.

D’un autre coté je ne suis pas sure d’envier les blancs qui se font dévisager tous les jours et qui sont en quelque sorte, sauf effort incommensurable (notamment au niveau de la langue, pas impossible mais demandant un long travail) ou contact avec des vietnamiens anglo ou francophones, condamnés à rester entre eux, dans une sorte de « ghetto occidental »

Tschüss !

Edit : une amie m’a fait remarquer, après lecture de ce billet, que même si j’étais blanche, cela ne changerait strictement rien a mes interactions avec les expatries. Notamment car une grande partie de ceux-ci aiment surtout rester entre eux et que ce n’est pas parce qu’ils décident de partir a l’autre bout du monde qu’ils sont nécessairement plus ouverts que leurs compatriotes restes chez eux.

En effet, dans ma naïveté, je pensais que la plupart des expat étaient plus ouverts et sociables que ceux qui ne partent jamais de chez eux. C’est oublier que les raisons de s’expatrier sont nombreuses. Certains recherchent les rencontres et les echanges culturels. D’autres débarquent ici car la bière, les clopes, la bouffe, les logements, et faire la fête en général, sont moins chers… A chacun ses raisons… et son comportement !