Fin du blog… Et après ?

J’ai commencé ce blog afin d’informer mes proches sur mon séjour au Vietnam et m’éviter d’écrire 35 fois le même mail décrivant les mêmes choses.

J’ai continué ensuite ce blog avec l’idée de livrer aux internautes futurs expatriés des conseils pratiques et pragmatiques tels que je n’en avais pas trouvés pour moi-même, alors que je stressais avant mon départ.
Je voulais aussi livrer ce blog aux futurs et actuels expatriés afin de partager les différentes phases de ressenti que l’on pouvait vivre lorsqu’on s’expatrie au Vietnam, car il s’agit d’une expérience en forme de montagnes russes émotionnelles. Il s’agissait en effet d’une de mes craintes avant de partir : que l’expérience soit trop dure moralement. Mon témoignage pourrait donc rassurer certaines personnes s’apprêtant à se lancer comme moi, même s’il ne s’agit que d’une expérience parmi d’autres.

Mais finalement, et peut-être le plus important, j’ai fait ce blog pour me souvenir.
J’ai en effet une mémoire assez sélective et qui me fait parfois défaut.
Il était donc important que je me souvienne de toutes les étapes, pas uniquement des belles choses mais aussi des doutes et des épreuves que j’ai pu traverser.

Ce blog, mon tout premier blog, c’est 100 articles et presque 8000 vues, des commentaires gentils ou curieux, et quelques fidèles abonnés avec qui j’ai pu échanger. Et je suis très contente d’avoir pu partager cette première expérience avec vous.

***

Deux mois après mon retour en France, il est temps de dresser un premier bilan :

– Avant de partir au Vietnam, j’avais principalement trois peurs : 1/ celle d’une maladie (grave, s’entend) ; 2/ celle d’un accident (et vu la circulation, c’est statistiquement faisable) ; et 3/ celle d’une agression (moins courant, mais j’ai entendu des trucs et une morsure de chien errant est si vite arrivée). J’ai eu la chance de ne connaître aucun de ces trois désagréments en l’espace de six mois (je connais néanmoins des personnes dans mon entourage direct qui ont eu des accidents, qui se sont faits braquer par des mafieux en sortie de boite en se faisant voler leur carte vitale au lieu de leur CB, ou encore qui ont été allégés de leur iPhone et de leur CB…).. Pour être tout à fait honnête, les seules galères auxquelles j’ai pu faire face sont restées assez minimes : j’étais un peu SDF sur les bords (trois déménagements en 4 mois) avec le stress que ça implique, j’ai eu de nombreux soucis respiratoires et de peau dus à l’humidité et à la pollution qui m’empêchaient de chanter voire de parler, et j’ai eu une mini-entorse en début de séjour. Sans compter les petits coups de blues de temps en temps. Que des petits bobos en fin de compte.

– Pendant deux mois après mon retour, j’ai bu beaucoup plus de bière qu’avant de partir au Vietnam. Par nostalgie. Je sais, ce n’est pas terrible, mais je me suis finalement calmée après m´être tapé la plus grosse cuite de ma vie suite à mes examens de fin d’année. À présent j’ai plus de plaisir à boire une petite bière fraîche de temps en temps, mais avec plus de modération. Ma tolérance à l’alcool a de nouveau diminué…

– Contrairement à mes bonnes résolutions anti-morosité-et-débilité-des-médias-français, je me suis gavée de télé. Et de jeux vidéo. J’ai procrastiné à mort, y compris (surtout ?) pendant mes périodes de révision. Une façon de me vider la tête sans doute. Souci non résolu.

– J’ai hérité de ma maître de stage et de ma co-stagiaire l’usage abusif de l’expression « exactement » pour acquiescer tout et n’importe quoi.

– Dans le même temps, j’ai perdu pas mal mon vietnamien, surtout le souvenir des accents à appliquer à chaque mot… J’espère pouvoir le reparler un peu, de façon superficielle, avec certains membres de ma famille.

J’ai perdu deux kilos pendant mon séjour au Vietnam (je ne l’ai appris qu’en rentrant pas car je n’avais pas de pèse-personne là-bas). Et je les ai repris en l’espace de deux-trois semaines depuis mon retour. Parce que je mange du beurre quasi tous les jours et que j’adore ça.

J’ai par ailleurs été remanger dans mes restos vietnamiens favoris en France. Chose curieuse (qui peut s’expliquer par le manque de temps que j’avais à Ho Chi Minh Ville, le meilleur bun bo nam bô que je connais (bo bun pour les français, je ne comprends toujours pas la différence d’appellation) reste celui de mon super resto de Belleville.

– J’ai adopté un look plus soigné et personnel depuis mon retour. J’ai tendance à m’apprêter davantage lorsque je sors de chez moi. Fort heureusement, mes razzias shopping de mes dernières semaines au Vietnam m’ont permis à la fois de me relooker avec des vêtements originaux de qualité, et de ne pas être trop tentée par les vitrines insipides des grandes chaînes d’habillement occidentales (dont beaucoup d’articles viennent du Vietnam justement).

Ma peau a, fort heureusement et en quelques semaines, repris un aspect normal (elle avait été bien maltraitée par l’humidité et la pollution hanoienne !). Mes produits coréens, et spécialement une petite brosse toute douce me permettant de nettoyer les pores entièrement mais avec douceur, m’aident bien à ce niveau-là. Il reste cependant quelques cicatrices, que j’estompe peu à peu grâce à un masque spécial (le fameux Tomatox de TonyMoly).

– J’ai montré à ma grand-mère les photos que j’avais prises de Saigon. J’étais assez contente surtout de lui montrer la Bitexco Tower, celle en forme de pétale de lotus, comme le symbole d’un Vietnam moderne. Elle était déjà étonnée du fait qu’il y ait des barrières au bord du fleuve et a salué un regain de sécurité dans son ancienne ville. J’ai voulu lui montrer les aspects les plus modernes de son pays afin qu’elle en soit fière.

– De la même façon, mon séjour au Vietnam m’a fait comprendre qu’il existait un décalage entre l’image du pays véhiculée par des vietnamiens qui vivent depuis longtemps hors du pays (c’est à dire une bonne partie de ma famille, quel que soit leur pays d’adoption) et les vietnamiens d’aujourd’hui qui vivent et évoluent sur place. Tout ce que j’ai pu observer avant mon séjour n’était que le reflet déformé, nostalgique et un peu vieilli de ce que j’ai pu voir là-bas. Ce qui me permet de prendre une certaine distance.

– J’ai revu Alex, une de mes anciennes co-stagiaires de Hanoi, à Paris. On a fait comme on faisait d’habitude là-bas, on s’est pris une terrasse et un café au lait. Terrasse moins jolie que notre habituelle (un trottoir parisien versus une magnifique terrasse derrière l’opéra d’Hanoi), café moins bon et cinq fois plus cher… Mais ça m’a fait plaisir d’essayer de faire revivre nos petites discussions que l’on faisait avant.

Ce qu’on partage avec nos compagnons d’expatriation est assez indescriptible, c’est quelque chose de fort, de profond, dont on a l’impression que personne d’autre ne peut comprendre. On a vécu les mêmes phases, notamment celles concernant le retour au pays et la difficulté de se réadapter à nos anciennes vies, et avec entre autres cette lutte permanente pour ne pas soûler notre entourage en ne parlant que du Vietnam.

Pire que ça, on sait que même si on se revoit dans un autre contexte, ou même si on revient un jour à Hanoi, les quelques mois qu’on a vécus sur place resteront à jamais uniques. Plus jamais on ne vivra la même atmosphère, dans le même appart’ avec les mêmes colocs, les mêmes restos et magasins, les mêmes xe om… Et le Vietnam change si vite !
Pourtant, en revoyant nos compagnons de séjour, je crois qu’il y a cette tentative un peu vaine de faire revivre cette période que l’on chérira toujours au fond de nous.
Bref, je me sens, avec ces compagnons là auxquels je pense (j’ai très envie de revoir Ju et Gi en France, et mon ancien coloc Paul qui est en Angleterre), un peu comme ces anciens participants à une télé-réalité qui ont conscience d’avoir vécu avec d’autres un truc exceptionnel non reproductible et qui sont nostalgiques de ça. Ah oui, et je stalke pas mal sur les réseaux sociaux les copains qui sont loin maintenant.

– Dernière chose, et pas des moindres : grâce à mon séjour, je pense savoir un peu plus ce que je souhaite réellement dans la vie… S’éloigner de ses bases et de ses proches pendant un temps, ça peut avoir du bon pour savoir ce qu’on veut réellement, ce qu’on est capable d’accepter et ce qui est non négociable pour nous. C’est un enrichissement fabuleux.

***

De façon très logique, il me semble temps à présent de fermer ce blog qui avait pour objet le récit d’une expatriation au Vietnam avec cette particularité que l’expatriée en question avait des origines du pays (en partie).

Je pense reprendre ultérieurement l’écriture de ce « petit carnet » pour deux raisons possibles :

– une nouvelle expérience d’expatriation au Vietnam ou n’importe où ailleurs (on ne sait jamais), ou
– un retour au Vietnam, même de courte durée, afin de vous conter ce qui a changé entre temps, si je revois certaines personnes, etc.

Je clôture donc ce blog en vous livrant une dernière réflexion que m’a faite un ami qui a vécu plusieurs années entre France et Vietnam et qui a du malheureusement s’en éloigner.
Il m’a dit comprendre mes difficultés de réadaptation à la France et a parfaitement traduit en mots les effets d’une expatriation au Vietnam sur la plupart des gens :

« Quand on quitte le Vietnam, on en revient enrichi… tout en y laissant une part de nous-mêmes. »

Eh bien vous savez quoi ? C’est exactement ça.

Tschüs ! Et merci.

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En bonus (7) : rétrospective Facebook pendant mon séjour

Comme je ne partage sur ce blog que ce que je peux véritablement mettre en forme, j’ai décidé de déposer dans cet article toutes les micro-réflexions que j’ai pu faire sur d’autres réseaux sociaux à accès restreint. Et en général, c’est plutôt drôle. Alors allons-y !

AVANT

6/12/13

Envisage une fête d’avant-départ. Se rend compte que y aura sûrement pas grand monde. Songe à renoncer.

17/12/13

– Réception de la valise = check (et elle a l’air toute petite )
– Sac à dos de rando = check (et c’est le plus beau sac du monde ! cap sur la baie d’Ha Long !)
– Vaccins = almost check
– Savoir dans quelle ville je vais = almost check
– Sac bandoulière = repérage ok
– Shoes de marche = pas encore (prise de tête)

23/12/13

Préparer un long séjour à l’étranger > la maison qui rend fou des 12 travaux d’Astérix.

26/12/13

MAISON QUI REND FOU, round two. Après 45 minutes d’attente pour une pauvre attestation pourtant nécessaire pour souscrire à un machin qui se trouve, bien évidemment, pas dans le même bâtiment : « Bonjour Madame, vous voulez souscrire ? Et en plus vous voulez savoir concrètement en quoi ça consiste ? Eeeeeuh… voyons voir. Y avait pas Machine là qui avait fait un PowerPoint pour expliquer ? Zut je le trouve pas… Ah si c’est là. Ca ne parle pas de votre situation ? Hem. Des franchises à payer ? Eeeeeeuuuh… Bah ah tiens, voilà la brochure que n’importe quel quidam peut trouver partout. Voyons voir… Oh, je ne sais pas vraiment lire une brochure vous savez. Appelez ce numéro, là, inscrit dessus, ils vont vous en dire plus… ou vous rediriger vers un autre numéro… qui va vous en dire plus… Mais pas après 17h ni en week-end, car après ils ferment ma bonne dame. Ah bon, vous avez déjà appelé y a plusieurs mois ? Ah bon, ils vous ont envoyé sur le site web de Machinchose et vous ont dit de vous débrouiller ? Ohlala, vous n’avez vraiment pas eu de chance ! Mais retentez, peut-être que CETTE FOIS, vous aurez votre renseignement ! Vous voulez souscrire ? Ah bah on prend pas la carte bancaire, ma bonne dame. Revenez demain à la première heure, avec votre carnet de chèque… Parce que vous comprenez, c’est urgent ! Avec les fêtes, et tout ça, ça travaille moins que d’habitude… Et les délais se rallongent. » GGGGGGGGGGGRRRRRRRRRRRRRRRRRR !!!

PENDANT

9/01/14

Bien arrivée.

3/02/14

Maison trouvée. Yipee yipee yeah !!

4/03/14

Des asticots dans la baignoire ? Nous le saurons dans le prochain épisode ! ‪#‎maviereveeahanoi‬

18/03/14

Non mais allo quoi, tu te proclames « citoyenne du monde » et tu chantes « La Tonkinoise » a Hanoï ! C’est comme si tu te disais éprise de liberté,et que tu chantais en France « Maréchal nous voila » !

2/05/14

Aujourd’hui j’ai pris ma vie en main. J’ai acheté une boîte de Strepsil.

3/05/14

Mon gâteau, le Métropole et moi

8/05/14

Celui qui à trente ans, n’a pas goûté de sushi au saumon gras, a raté sa vie.

21/05/14

Pas envie de retourner en France. Ou alors, envie d’y retourner, mais en changeant tout. Commencer par jeter la télé.

29/05/14

Pendant que certains sont en transe devant Trent Reznor, j’expérimente prendre un avion avec un durian à bord. VDM

6/06/14

Expat débutant : Et il est où ce resto ?
Moi : rue Dien Bien Phu.
Expat débutant : ohlala, je vais jamais le retenir ce nom !
Moi : ………

13/06/14

Découverte au bord de ma baignoire : une forme petite, oblongue et tortueuse. Deux solutions. 1/ C’est une larve. 2/ C’est une merde. Après le test du jet d’eau, j’en ai conclu qu’il s’agissait de la deuxième solution. ‪#‎VietnamJeTAime‬

22/06/14

Dernier road trip booké. Au programme : culture-playa-shopping:)

23/06/14

Ok, donc pour le moment on en est au moins à 4 kilos de cadeaux et autres suppléments dans la valise… Et la fièvre acheteuse n’est pas finie. Keep calm…

APRÈS

21/07/14

Bifteck, comté, patates au beurre et peches jaunes… On se console comme on peut ‪#‎retourenfrance‬

22/08/14

J’ai le mal du pays (même si ce n’est pas mon pays)

Tschüs !

Étrangère dans ma propre (ancienne) vie

Bon ok, le terme est un peu fort, mais résume en ce moment mon inadaptation face à mes premiers jours en France.

Ça tient à de toutes petites choses, qui se résument en une succession de petits moments de solitude.

Arrivée à la gare de ma ville, je suis abordée par trois personnes différentes qui me demandent de l’argent. Mouais. J’avais plus l’habitude…

Je traverse la rue à la vietnamienne, c’est à dire en précalculant la trajectoire des véhicules pour me faufiler à la bonne vitesse. Sauf qu’au lieu de passer devant moi pour que moi je puisse passer après elle, une conductrice s’arrête pour me laisser passer… Perturbant.

Je me repose chez ma tante préférée qui, lors de nos courses au supermarché, me dit nonchalamment : « Tu aimes le comté ? », ce à quoi je lui réponds en lui sautant au cou.

Une fois rentrée dans mon immeuble, je me trompe d’étage. Je suis persuadée que je vis un étage au-dessus. Au bout du couloir j’enfonce ma clé et me dis « c’est étrange, c’est bloqué… Pourtant personne n’est sensé être à l’intérieur », avant de me rendre compte de ma méprise.

Lorsque je saisis la télécommande de la télé, je redécouvre l’apparence de cet objet comme si c’était la première fois que je le voyais. Pareil pour la baignoire, les robinets, et tout un tas de petites choses…

Le lendemain, en prenant le tramway pour la première fois depuis six mois, j’oublie d’appuyer sur le bouton qui permet d’ouvrir les portes, pensant qu’elles s’ouvrent automatiquement.

Tout ce qui faisait partie de ma vie d’avant le Vietnam, mon appart’, ma ville… me semble étranger. Je me sens dépossédée, comme dans la vie d’une autre. De celle que j’étais avant de partir, je suppose. Sensation assez étrange et je suppose, temporaire.

Enfin, je me dis que si à un moment de ma vie j’avais fait ces choix, c’est que ça devait être pour de bonnes raisons, et que je ne devais pas avoir trop mauvais goût. Mais il est assez bizarre de devoir se reconnecter ainsi à cette ancienne vie, tout en allant de l’avant, sans avoir cette impression de régresser.

Alors je trie mes affaires, jette mes anciens vêtements, les remplace par mes emplettes du Vietnam, continue de m’habiller à la vietnamienne même si c’est assez décalé.

Et en attendant de ne plus avoir froid et de reprendre possession de mon ancienne vie, les musiques de Puzzle résonnent dans ma tête.

Tschüs !

Premières impressions de retour en France

Je viens d’atterrir. Dans l’avion, j’aurais pu engager la conversation avec mes voisins mais ne l’ai pas fait, car nous étions déjà dans un univers confiné où les vietnamiens « lambdas » sont rares.

Grâce à ma cuite de la veille puis ma journée passée telle une pile électrique, j’ai fait l’exploit de dormir huit heures sur les douze que nous avions à tenir.

Du coup, je ne peux que vous conseiller de faire pareil que moi : nuit de beuverie avec très peu de sommeil la veille du départ (si celui-ci est le soir). Le jour du départ, vous serez tellement excité que vous ne sentirez même pas la fatigue. Fatigue qui va vous tomber dessus comme une masse dans l’avion.

J’ai pu écouter du Bob Marley depuis celui-ci. Je suis très étonnée qu’une compagnie comme la Vietnam Airlines aie pensé à le programmer alors qu’il n’est qu’un sombre inconnu parmi la jeunesse vietnamienne (oui oui, je vous assure, j’ai entendu plusieurs de mes potes vietnamiens dire : « Bob Marley, c’est qui ? » Ça fait un choc). Ils diffusent même « I shot the sheriff » !

J’étais trop sonnée pour être triste, alors je me suis laissée faire.
Par chance, j’étais côté hublot et j’ai pu assister à un joli lever de soleil avant de plonger dans une mer de nuages. Ça console…

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Ça se complique un peu après l’atterrissage. Comme je le prévoyais avant de revenir, voir autant de « blancs » partout me perturbe un peu les premières heures. Pas étonnant lorsqu’on sort de six mois dans un pays où il y a assez peu de mixité et où, pour une fois, j’avais le privilège de faire partie de la majorité. Cependant, voir une société multicolore ça fait quand même du bien. Ça me semble plus « normal ».

Devant les guichets de contrôle des passeports, une employée, alors que je suis seule devant ces guichets, me dit en anglais que pour les passeports internationaux il faut aller à gauche. Tiens donc, ce serait pas un petit préjugé ça ? Je lui réponds dans un franchouillard mal réveillé : « Mais chuis EU (Union Européenne), moi ! ». Elle ne se démonte pas et m’indique enfin la file qui me correspond.

Dans la queue :
– je vois des vacanciers partis en famille (avec les grands parents, les ados, la totale quoi) et rentrant chez eux, qui semblent tout droit sortir d’un film de Josiane Balasko
– je vois et surtout entends à la télé Sophie Davant nous expliquer à quel point la météo française, en plein mois de juillet, va être pourrave
– je me rends compte à quel point mes yeux et mes synapses ont été agressés par des publicité en format géant pour des merdes qui ne servent à rien (Aaaah le consumérisme occidental…). Cette intrusion dans l’esprit est très désagréable.
– je vois des personnes qui sortent fraîches et pimpantes et lookées après douze heures d’avion et me dis que franchement j’en ai rien à foutre de mon apparence quand je vole pendant tout ce temps. (Et oui, je portais de Birkenstocks avec des chaussettes Quechua à l’intérieur).

Tous ces éléments font que j’ai comme une colère sourde qui monte en moi. J’ai envie de tout casser. De taper un scandale là, devant tous ces agents qui contrôlent. Parce que merde. Rendez-moi Hanoï, quoi. Rendez-moi Hanoï, rendez-moi la chaleur, la moiteur, les sourires et le bruit.

En traînant ma valise de 24 kg, je capte les dernières bribes de vietnamien provenant des passagers sortis du même vol que moi.
Et mes poils se hérissent à chaque annonce en français. Ou pire, à chaque jingle de la SNCF.

J’ai eu droit à des remarques désobligeantes du mec qui file les billets de train. Bon ok, je suis sûre que j’y ai eu droit au Vietnam mais au moins je ne comprenais pas, ça facilitait les choses 😉 Mais quand même, c’est pas très sympa. Tout ça car je ne connaissais pas l’horaire de mon billet de train (il a qu’à lire aussi le gugusse, on va pas faire le job à sa place surtout quand on est mal réveillé après douze heures de vol !).

Note à moi même : réapprendre la répartie pour casser les personnes désobligeantes.

Je continue à donner tous les billets, objets ou autre… À deux mains. C’est rigolo.

Je finis cette note de blog dans le TGV qui me ramène dans ma ville.
Ma petite ville (en comparaison) que j’ai peur de trouver bien trop tranquille.

Tschüs !

PS : et voilà que je soupire bruyamment lorsque j’entends, pour la deuxième fois en vingt minutes, la pub du commandant de bord pour la voiture restaurant dont personne n’e n a que faire tellement c’est cher, pas bon et foutage de gueule au possible.

Dernière nuit, dernier jour à Hanoi (avant les prochains)

NB : je suis rentrée en France il y a peu, mais avec encore plusieurs articles en attente qui, je pense, méritent d’être publiés. Ils sont divisés en trois catégories : une sur la gestion du retour, une sur des thèmes de la vie hanoienne, et enfin, le récit de mes vacances dans le centre. Bonne lecture !

J’écris depuis l’avion qui me ramène en France.
Je laisse derrière moi six mois incroyablement intenses, qui m’ont appris et apporté bien plus qu’en plusieurs années.
Je sais maintenant qu’il y aura un avant et un après Hanoi.

Mais laissez-moi vous raconter les derniers instants.

Je ne me sentais pas bien les derniers jours. Mal au ventre, peu d’énergie, la moue tout le temps, moins de sociabilité alors que je voulais profiter un maximum (haha… Voir post précédent) des amis que je m’étais fait sur place.

Samedi, j’ai fait mes dernières emplettes. J’ai acheté je ne sais combien d’écharpes et de foulards de toutes les matières et de tous les styles, j’ai aussi assouvi ma lubie des cosmétiques coréennes et me suis fait une petite réserve. Bref, je me suis préparée psychologiquement aux prix français en me disant qu’en rentrant, je n’achèterais plus rien de non essentiel.

Mais surtout, samedi soir, j’ai eu des amis suffisamment sympathiques et intelligents pour répondre présent pour un dernier Bia Hoi (et donc se rendre disponible un samedi soir alors que je les préviens à la dernière minute). Un grand classique, avec pintes de bière locale à la pression, bouffe à profusion pas chère. Frites à la sauce chili, liserons d’eau sautés à l’ail, clams et autres bricoles.
Je bois quatre verres (ce qui pour moi, est à peu près le double du maximum habituel).
Je vais passer une bonne partie de la nuit à les assimiler.
David et moi on regarde, un brin médusés, Ced et Manu échanger des références et réflexions musicales de haute volée.

Après avoir fait la fermeture du Bia Hoi, after chez Cédric qui va s’étirer jusqu’à… 5 heures du matin. On a fait fort ! Échanges, refaisages de monde, réflexions musicales, bêtises d’adolescents…

Je m’endors donc vers 5h… Pour être réveillée à 8h20 par mon amie Chau qui a finalement décidé de participer à une audition de piano dans un café. Ça me donne une bonne occasion de me lever ! Je me précipite donc dans un taxi rejoindre mon appartement, me rends présentable et repars de chez moi comme si de rien n’était, avec 3 heures de sommeil dans les pattes mais sans aucunement ressentir de fatigue.

Je suis emmenée une dernière fois par Hai, le super taxi-moto en bas de chez moi, pas rigolard mais très sérieux et qui conduit comme un dieu. Je lui laisse la monnaie en partant et lui souhaite bonne chance pour la suite…

Je loupe la prestation de Chau car j’arrive trop tard. Je tombe sur une audition de piano telle que j’en voyais quand j’étais petite en école de musique et au conservatoire. C’est plein de gamins qui jouent de façon scolaire en se trompant de temps en temps. Y a un gamin pas assez grand pour toucher les pédales et qui joue la Lettre à Élise avec beaucoup de for ce et de sérieux.

Je sors, j’appelle Chau et la retrouve au Avalon Café qui dispose d’une très belle vue sur le Lac Hoan Kiem. L’occasion de boire un dernier café sua da tout en discutant avec mon amie d’amour et de musique. L’heure de se quitter arrive et je lui laisse de jolis cadeaux français en souvenir.

Je file ensuite vers le vieux quartier manger un dernier bun bo nam bo, dans Essence, un hôtel clairement orienté touristes (avec les prix affichés en dollar… mauvais signe). C’était assez fade pour le prix et la réputation du lieu.

Je vais ensuite non loin, à l’Espace, pour assister une dernière fois à une répétition de mon groupe adoré, Puzzle. Ils sont plutôt en forme ce jour là et grillent, pendant la pause, des seiches et autres poissons à l’extérieur de la salle.
Je ne me sens pas très bien et regarde l’heure constamment en prévision de mon retour vers l’appart´ car mes valises n’étaient pas finies.
Je vais même faire un petit saut vers le Lac Hoan Kiem histoire de le contempler de jour. Encore un craquage dans le rue Trang Tiên (on finit par être habitué).

Retour à l’Espace.
Le groupe a prévu, et c’est une première, de chanter une collégiale.
Me voilà donc côté public, face à mes amis, qui chantent timidement et avec hésitations, la chanson « Tu es de ma famille » de JJ Goldman.

Et David qui en rajoute une couche en me faisant signe depuis la scène et en me disant, juste avant les premières notes : « Daphné, cette chanson est pour toi ! »
Non mais oh, t’as pas pitié de mes glandes lacrymales nom de dieu ? 😉 j’avais envie de garder une certaine contenance, à la vietnamienne quoi. On sourit et on se cache pour pleurer. Mais enfin, peu importe au final.

Je crois que j’ai fait partie des premières personnes à utiliser l’expression « Puzzle Family », puis « Ulysse Family ». Car c’était véritablement de ça dont il s’agissait. Le clin d’œil était bon.

Les au-revoir se font sur le seuil de l’Espace, et à l’extérieur, dans le soir tombé. Aux uns on dit la fameuse phrase « On se revoit au Vietnam, en France, ou ailleurs ». Aux autres, on dit prévoir un échange de nouvelles.

Volte face vers le noir et le chemin de la sortie. Dès que j’ai le dos tourné, je pleure tout en marchant.

Je trouve très vite un xe om (je ne retrouverai pas Hong, le xe om jovial près de mon boulot), négocie vite et rentre vite chez moi en essayant de capter quelques bribes d’image.

De retour à l’appart´, je suis seule et c’est la panique. Le paquetage est beaucoup plus long que prévu et je n’arrête pas de courir partout, j’ai heureusement le temps de prendre une douche et de me changer. Je crois avoir oublié plein de choses. Je vends mon casque de moto à l’arrache. Ma valise est bien tassée, le taxi m’appelle et m’attend en bas de chez moi. Je ne suis pas prête, demande 10 minutes. Mon coloc m’appelle me dire qu’il ne peut finalement pas rentrer me dire au revoir. Chéwi m’appelle sur internet et je ne peux que très peu lui répondre. Je suis en nage.

Puis très vite, je vérifie n’avoir rien oublié (j’ai oublié des trucs), j’éteins les lumières, laisse un petit mot pour mon coloc, ferme les portes, lutte avec la valise pour dévaler les escaliers, stresse car elle semble peser 45 kilos.

Le taxi me prend et je n’ai le temps de penser à rien. Je regarde pour la dernière fois le paysage de mon quartier et ai l’esprit rivé sur mon retard. La précipitation m’empêche de prendre conscience de mon départ. C’est sûrement mieux ainsi.

Le conducteur est chapeauté par un formateur qui parle très bien anglais. Il me parle régulièrement et essaie de m’apprendre des trucs de vietnamien que je connais déjà. Enfin, je me dis qu’il ça au moins laisser une bonne dernière impression du pays.

Je fais peser ma valise. Elle fait 24 kilos. Hallelujah !!

Tschüs !

État des lieux à J-1 : arrêtez de me dire de bien profiter

Bon, je vous avais dit que je vous raconterais le retour point par point. Je vais essayer de faire rapide car y a un mot d’ordre que tout le monde me dit :

PROFITE BIEN.

Eh bien non, désolée, je ne profite pas, ou peu.
Parce que ça me déprime de partir de cet endroit où je me sens bien et où j’ai pu goûter à une nouvelle liberté. Celle de rencontrer et d’estimer de multiples personnes, peu important leur rang social ou l’endroit d’où elles venaient. Celle de circuler en ville le soir tombé sans avoir peur. Celle de sortir n’importe quel soir en se foutant de savoir comment j’allais rentrer chez moi, car ici les taxis ne coûtent pas un bras.
Et surtout… Ce séjour a changé ma vie, m’a complétée. Je ne peux plus vivre sans le Vietnam en moi alors qu’avant de partir, mes origines vietnamiennes n’étaient qu’une donnée parmi d’autres. Je suis réellement touchée, marquée par ce que j’ai vécu.

Je n’arrive pas à profiter car je stresse pour les bagages et je stresse pour l’après, en France. Mon spleen me fait prendre de mauvaises décisions. Hier soir j’ai oublié de manger et lorsque je mien suis rendue compte, tous les restos étaient fermés. Je me suis rendue à un bar mais suis repartie aussi sec, me sentant pas à l’aise dans une soirée anglophone déjà bien entamée. Avant hier soir je me rendais à un bar sans le trouver (merci taxi :(( ). Au lieu de persister dans sa recherche, et après avoir erré en marchant un moment, j’ai laissé tomber et suis rentrée chez moi. Car j’étais triste, j’en avais marre, j’étais énervée et saoule, et que je ne savais pas que quasi TOUS mes amis m’attendaient là-bas.

Hier j’ai fait mes dernières emplettes, ayant en tête de refaire toute ma garde robe dans un vietnamese style du plus bel effet (il existe de très bons designers sur place, je vous en parlerai peut-être un jour).
Juste avant, j’ai enfin traversé ce fameux pont rouge du Lac Hoan Kiem qu’on voit sur toutes les cartes postales, et devant lequel je passais très souvent sans jamais le parcourir. Au bout, une boutique de souvenirs et ce qui ressemble à une pagode. J’y suis allée pour prier, deux fois. Une pour remercier de m’avoir donné la possibilité de venir et de vivre tout ce que j’avais vécu ici. Une autre pour saluer mes ancêtres nés sur cette terre.

En repartant, en traversant le pont rouge dans l’autre sens, j’ai pleuré.

Aujourd’hui un typhon devrait passer. En fait, il devrait être passé depuis ce matin, sauf qu’il y a juste une bruine sans vent.
Je crains juste que le typhon n’arrive plus tard et gâche la dernière soirée que j’aie à passer ici en me forçant à m’enfermer chez moi.

Vous voyez ? Rien d’extraordinaire pour les derniers moments ici.
Alors bon, « bien profiter »… Ça veut dire quoi au juste ?