Le retour des Petites Madames de My Khe

Je pensais au début finir mon blog sur le récit du voyage que j’ai fait avec Ju dans le centre du Vietnam en guise de dernier trip, avant de retourner en France.
J’aurais pu vous parler en détails du train couchette nous menant à Hué, de la visite de la cité interdite bien abîmée par les guerres, de notre séjour prolongée à Hoi An sorte de Disneyland à ciel ouvert baigné dans des airs de Chopin et de Klederman, de notre quête perdue du Soul Kitchen et de ma déception par rapport au Guide du Routard.
Mais je ne le ferai pas : d’une part car les récits de voyage sont très nombreux sur internet et que raconter mes vacances me semble être d’un intérêt limité. D’autre part car écrire depuis la France est très différent d’écrire depuis le Vietnam.
Alors avant mon prochain article, le dernier probablement, je vous livre ma dernière histoire de voyage : le retour des petites madames de My Khe.

***

J’ai eu la chance de pouvoir écrire une suite et fin (?) à l’histoire de ces petites madames de cette magnifique plage de Danang qu’est My Khe. En effet, j’ai tanné Ju pour revenir sur ce lieu où j’avais pu découvrir ma toute première plage paradisiaque avec Chéwi.

Arrivées à Danang en milieu d’après-midi, c’est sur le coup des 17h que nous débarquons sur la plage et nous installons sur les larges chaises. Elles sont toujours là, les petites madames, à faire leurs petites affaires tranquillement, toujours en louant les chaises à 20 000 dôngs et en vendant leur coco à 30 000. Elles ne me reconnaissent pas mais qu’importe, je suis contente de les revoir en bonne forme et me dis qu’il y a tout de même un sacré passage par ici.

C’est le moment du coucher de soleil. Le soleil on le voit pas, on le devine aux reflets rosés qu’il laisse sur les nuages qui s’étirent en différentes nuances de gris. Ni une ni deux, une fois installée sur ma chaise, je me mets en maillot rouge, et cours (c’est rare !) vers la mer, un large sourire sur le visage. Autour de moi, des familles vietnamiennes s’amusent et profitent de ce que leur pays offre de plus beau.

L’eau est bonne car encore tiède du soleil qui l’a chauffée, alors même que le jour décline et que la température est donc en baisse par rapport à l’après-midi harassante qui se termine. Le contraste entre l’eau et l’air est donc idéal. Je prends place au milieu des vietnamiens qui se baignent, et avance en marchant dans les vagues. Le ciel est fabuleux, l’eau est belle et je me sens ivre de bonheur, comme dans un film. À gauche, les montagnes au cœur desquelles se dresse la Dame Bouddha, statue blanche construite sur le modèle du Jésus de Rio. Devant moi, le ciel et l’eau. À droite, ce qui ressemble à une île lointaine. Autour de moi, des gens heureux. Je suis enfin revenue à l’endroit que je préfère.

Une fois la baignade terminée, je bois une petite Larue en compagnie de Ju, sur une table en plastique bleu.

Le lendemain matin, je vais toute seule sur la plage tandis que Ju fait des courses. Seulement, pas de petite madame. À la place, des parasols et chaises repliés ou à l’abandon. Sans doute que l’heure est trop chaude. Je me rabats vers les parasols situés plus à droite, juste devant le Holiday Beach Hôtel. Sauf que ce est pas pareil. On me dit que le siège est à 40 000, puis quand on voit ma tête très étonnée, on corrige le prix à la normale. On facture une boisson basique à 30 000, et une coco à 100 000 (ce que je refuse, question de principe). Pire, je crois entendre ces dames parler de moi en utilisant le mot « cô » ce qui d’après mon Assimil est un pronom, qui, utilisé à la troisième personne, est assez méprisant. Bref, du pas sympa, du foutage de gueule. Je paie mon siège et m’en vais.

Bilan : si vous êtes intéressé par la plage de My Khe, éviter les nombreux parasols et paillotes directement en face du Holiday Beach. Préférez le petit stand qui se trouve à sa gauche quand on est face à la mer.

Petite photo de l’endroit :

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Lorsque sur le coup de 16h30, après un café sua da, Ju me demande ce que je veux faire pour finir la journée, je lui réponds : « glander sur la plage ». Ce qui peut tout aussi bien se traduire par « contempler la beauté du paysage ».

On y retourne, donc. Juste une chaise et une coco, pas de baignade car pas de salle de bain de l’autre côté de la rue (on avait lâché notre hôtel à midi).
Je remarque que les transats sont marqués du prénom de ce que je suppose être ceux des petites madames : l’une d’entre elles si appelle Linh, l’autre Thu. Je ne connais pas le nom de la troisième.

Et là, l’improbable arrive : l’une d’entre elles me parle, et me dit en vietnamien une phrase du type : « vous êtes déjà venue ici, vous ! »
Elles m’ont donc reconnue !!
Je lui baragouine un truc qui, en substance, donne ceci : « Je suis venue en avril et je suis revenue ici, car ici c’est très bien et vous (au pluriel) *grandes sœurs* êtes très biens » (« rât tôt » pour ceux qui connaissent, le seul mot qui m’était venu à l’esprit à ce moment là).
Elles m’appellent « em », « petite sœur », alors qu’elles ont l’âge d’être mes tantes.

Ju et moi on glande… Euh… Contemple encore un peu la plage en radotant pour la énième fois une phrase du type, « putain, je ne veux pas rentrer en France ». Je sors mon Assimil et apprends en vitesse une ou deux phrases pour le moment à la fois redouté et espéré que j’attendais : dire au revoir et remercier ces trois femmes si bienveillantes, honnêtes et tranquilles.

Le soleil baisse, l’inévitable fin arrive, je prends les dernières photos et Ju s’en va avant moi. Moi je prends mon temps, viens payer les madames, et leur dis, toujours en vietnamien, « Merci beaucoup ». Je leur dis que je dois retourner en France. Puis : « Chúc Hanh Phúc » qui signifie souhaiter du bonheur.
Elles me demandent si je vais revenir au Vietnam. Réponse basique : « Je ne sais pas. Je voudrais retourner au Vietnam mais je ne sais pas quand ». Elles comprennent.
Je leur dis encore merci, puis : « Je ne vous oublie pas » (merci Assimil).
Elles sourient, je souris, elles me disent « Hen Gap Lai » qui signifie « A bientôt », ou plutôt « On se revoit ».
Je leur répond « Hen gap lai » mais suis si émue que j’ai du mal à le prononcer.

Je m’en vais. Respire un grand coup. Plusieurs fois de suite. Me retourne pour voir la Dame Bouddha de loin. Marche dans le sable en m’éloignant. Regarde vaguement les vietnamiens s’amuser dans l’eau en famille. J’en peux plus. Les larmes roulent toutes seules.

Mais je suis reconnaissante d’avoir eu la chance de les revoir ces dames, sur ce bout de plage dont je suis tombée amoureuse. Je suis heureuse d’avoir pu leur dire, en peu de mots, que je les trouvais bien, que je ne les oubliais pas, qu’elles étaient importantes pour moi. Je suis heureuse de parler d’elles sur ce blog, et que peut-être des lecteurs soient touchés par cette petite histoire et cette rencontre qui paraît insignifiante et qui pour je ne sais quelle raison, a un impact très fort sur moi.

C’est très fort émotionnellement, c’est inexplicable et c’est une chance.
Alors oui, je suis reconnaissante.

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J’y étais

[Ajout de photos en cours – Edit/bilan intermédiaire en fin de post – article en constant chantier – revenir régulièrement]

Samedi est enfin venu le jour où j’allais en quelque sorte reconstituer les pièces du puzzle.
Après avoir visité, fin mars, le quartier de Saigon où ma grand-mère avait grandi, je suis allée visiter le village où est né et a grandi mon grand-père.

La deuxième démarche était beaucoup moins commode que la première car mon grand-père a grandi dans un petit village paumé que j´ai eu déjà du mal à retrouver sur une carte, notamment car plusieurs villages au Vietnam portaient le même nom. Le bon était finalement celui qui était le plus loin d’Hanoi. J’ai tapé ce nom sur internet, et ce village était si perdu que rien de significatif n’apparaissait sur Google Image… Un voyage authentique en perspective !

J’étais sensée y aller au bus accompagnée de ma super coloc Haï Minh qui a le bon ton de savoir parler le vietnamien. La veille elle me propose finalement de renoncer au bus et d’y aller en moto, soit-disant que ce ne serait pas si long… Erreur s’il en est mais cela a apporté un certain charme au projet.

Nous voici donc parties toutes deux en moto, Hai Minh au guidon et moi à l’arrière, sur le coup de midi car entretemps il a fallu faire configurer mon portable pour qu’il accepte la 3G locale. Ce qui est plutôt pratique pour se repérer en pleine campagne.

Nous prenons donc l’avenue sur Hanoi qui passe devant la gare et nous continuons vers le sud, en sortant de la ville. Pendant une bonne heure, nous longeons l’autoroute qui elle-même longe les chemins de fer. Au menu du paysage : d’un côté les rails (parfois des trains de marchandises) et un paysage de campagne type rizière (plus d’eau du tout car c’est l’été, il y a donc juste de la verdure) avec des silhouettes de village à l’arrière, et de l’autre, des maisons, le plus souvent des commerces hétéroclites. Parfois quelques pagodes.
Je relève d’autre choses sympas, comme des mares remplies de canards grands et blancs (d’élevage je suppose). C’est aussi la saison où l’on sèche à la fois le riz (qui devient roux puis jaune au soleil, et que l’on étale à même le sol) et la paille (douce odeur d’herbe coupée, sur lesquelles nous devons parfois rouler).

C’est assez monotone et nous comptons, grâce aux bornes, les kilomètres qui nous séparent de Phu Ly, notre première étape.

Ville de taille moyenne, plus grande et moderne que je ne l’avais imaginée. Sur la rue principale, nous buvons un jus de canne à sucre devant un très joli parc. Nous discutons avec les tenanciers de la buvette. L’une d’entre eux nous raconte être née en 1940 d’un père soldat français (elle arbore une peau beaucoup plus foncée que ses camarades) et d’une mère vietnamienne. Ses parents s’étaient mariés mais le père était finalement reparti. Elle se demandait si elle pouvait encore le retrouver…

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Nous repartons de Phu Ly pour la deuxième partie du voyage : des routes de campagne passant par différents petits villages. Toujours la paille coupée et les parterres de riz en train de sécher. Chose curieuse, on a croisé au moins trois grandes églises, toutes plus richement décorées que les cathédrales d’Hanoi ou d’Ho Chi Minh Ville. Ca tranche bien avec les rizières.

Sur la route, nous nous arrêtons dans une bourgade et Hai Minh, devant mon indécision totale, m’aide à choisir les présents que nous pourrions déposer au village : des fleurs violettes et blanches emballées dans du papier journal, un petit vase blanc aux enluminures bleues, des mangues, un paquet de bâtonnets d’encens et un briquet en plastique.

Munies de ces objets, nous repartons de plus belle, avec toujours ces villages en enfilade.
On a chaud. Je suis en sueur. Je suis fatiguée à être assise sur ce scooter.

Nous interrogeons un vieil homme en vélo au casque kaki et au t-shirt bleu foncé avec des mots anglais mal traduits inscrits dessus. Il nous demande le nom de mon grand-père, ca ne lui dit trop rien. Nous faisons demi-tour et tournons à droite sur une allée blanche. Au bout d’un moment, nous tournons à gauche sur un chemin qui semble être en travaux (je ne sais pas de quoi, mais plusieurs vietnamiens prenaient des mesures…). Je repère tout de suite le cimetière devant à droite.

Nous arrivons enfin au village en question (et on a quand même mal a notre séant, après un total d’environ 2h30 de moto).

Le lieu est assez irréel, comme inséré dans une enclave. L’entrée du village a un je ne sais quoi d’enchanteur. Un grand arbre trône, avec dessus le nom du village sur un panneau rouge stylisé. Derrière cet arbre, un bassin circulaire dans lequel reposent des feuilles et fleurs de lotus. Derrière le bassin, la pagode, bâtiment très simple et bas de plafond avec toiture et portes de bois marron, devant lequel sèchent des grains de riz séparés en deux catégories de teinte. Sur la droite de celle-ci, un bâtiment d’aspect récent qui est une sorte de maison culturelle du coin.
La pagode est fermée. Tant pis pour les prières.

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Nous faisons le tour du village… Enfin pas exactement. Nous nous contentons de parcourir l’allée principale, bordée de maisons parfois d’aspect assez récent. Des dates recouvrent les portes : 2010, 2005, 1980… Est-ce les dates de construction ou de rénovation ? Je l’ignore… Il est possible que la région aie du reconstruire une partie des bâtiments, depuis tout ce temps. L’arbre, par contre, devait être d’époque… Je me raccroche à ca.

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Je m’aventure parfois dans des allées perpendiculaires sur la droite. Certaines sont en brique et se terminent la plupart du temps par une entrée vers un terrain fermé.
Je ne m‘aventure pas dans les allées de gauche. Elles donnent sur de petites bicoques et je ne veux pas me montrer trop intrusive. Je veux aussi éviter tout risque de croiser un chien un peu trop hargneux.

Nous avons l’air certainement étrange, peut-être un peu voyeuses, prenant des photos de tout et posant notre regard sur le moindre détail de ce village. Les quelques personnes que nous croisons sont en plein travail. Dans les rizières, ou en train de transporter des choses. Nous n’osons les déranger dans leur journée.

Sur la rue principale, sur le retour, je ramasse une fleur de magnolia à l’odeur délicieuse. Je la mets dans mon bouquet que je tiens en mains.

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Après un dernier tour du bassin de l’entrée, nous allons vers le cimetière.
Celui-ci est moins triste que bien des cimetières occidentaux. Les tombes sont de couleur noire, bleue foncé, grise, brune, carrelées ou en pierre. Deux vaches marrons (ou buffles ?) broutent tranquillement et se faisant, entretiennent les lieux. Le tout donne une atmosphère très paisible. Les grillons chantent.

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Nous nous mettons à la recherche de tombes portant le nom de mes arrière-grands-parents, que j’ai pu récupérer grâce à un papier administratif. Recherche plutôt fastidieuse. Nous parcourons de hautes herbes. Le sol n’est pas plat, c’est juste de la terre, pas de chemins. C’est libre.

Je tente de voir les tombes les plus simples, celles qui semblent être les plus anciennes.
Je découvre une tombe portant le même nom que celui de mon arrière-grand-mère, toute simple et en pierre, mais qui est couplée avec une tombe portant un nom que je ne connais pas. Pas de date. Pas de moyen d’en savoir plus. Personne à qui demander.
Pas de trace de mon arrière-grand-père, et aucune tombe portant le même nom de famille avec la même particule.

Le tour de ce cimetière ne donne rien. Certaines tombes sont effacées, d’autres recouvertes d’herbes qui cachent les plaques. Alors je me résous à faire mes offrandes sur cette tombe qui porte peut-être juste un homonyme d’un membre de ma famille. Au pire, une inconnue verra sa tombe fleurie à nouveau. Après tout, les restes d’encens dans le petit pot de la tombe semblent dater un peu beaucoup. Nous déballons le vase, le déposons sur la gauche et mettons les fleurs dedans. Je dépose la mangue dans la cavité près de la plaque, à droite.

Entre temps, j’avais perdu le magnolia.

Hai Minh montre une fois de plus sa gentillesse et sa générosité en prenant en charge l’allumage des bâtons d’encens. Le briquet est merdique, on se brule un peu avec. Les bâtonnets ont du mal à s’enflammer mais on finit par y arriver.

Chacune avec une bonne poignée de bâtons entre les mains, nous nous concentrons un peu (Hai Minh plus que moi) puis déposons l’encens dans le pot prévu à cet effet. Pas mal de cendres retombent sur ma main.

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Dernières photos, derniers regards. Puis nous repartons. C’est le début de la fin d’après-midi.

Depuis la moto, je regarde sur ma droite le cimetière et le village s’éloigner. Je pleure, ni vraiment de joie ou de tristesse, mais d’une émotion difficilement définissable. Je peux simplement dire à Hai Minh, « thank you so much ».

Les rizières alentours sont belles et des gens travaillent dedans. Ils nous regardent parfois bizarrement. Je joue avec mon appareil photo, prenant frénétiquement des clichés au vol depuis la moto, comme pour ne pas en perdre une miette. Tentative dérisoire. Encore cette odeur d’herbe coupée.

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Nous remontons cet enchainement de villages vers Phu Ly. Je repasse devant la bourgade ou j’avais acheté mes offrandes. Nous nous arrêtons à la lisière de Phu Ly, sur une terrasse de fortune, déguster la plus grosse noix de coco que je n’avais jamais vue. Une corne d’abondance d’eau de coco. Hai Minh la termine pour moi et repart avec un gobelet de jus de canne. Les enfants à notre table parlent de nous en vietnamien.

[c’est notre moto en arrière-plan]

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Reprise de la route. Nous passons devant une grande église bleue et moderne d’une rue commerçante, puis par la route principale de Phu Ly sans revoir les tenanciers de la buvette à laquelle nous nous étions arrêtées à l’aller.

Une fois l’étape passée, vient la partie rectiligne de la route, plus goudronnée et peuplée. Un peu de magie s’envole, sauf sur le côté rail derrière lequel on peut voir de loin les rizières sous le soleil qui décline. Toutes mes photos se soldent par un échec.
A l’approche de la destination, quelques pagodes sur la droite et des lieux de vie avec street food et marchands de fruits et légumes.

Arrivée dans la ville vers 19 heures. Goudron et klaxons en masse. Bienvenue à Hanoï.
La nuit tombe. On est fatiguées. On a du mal à monter les escaliers vers notre appartement. On ne sortira pas le soir.

Peu de recul sur cette expérience pour le moment… Ça se décantera en allant.
Tout ce que je sais c’est que ce jour-la, ma coloc a été une fille incroyable.

 

[Edit une semaine plus tard]

[Ça va bientôt faire une semaine que j’y suis allée. Le bilan pour le moment est un peu morose… Depuis ma venue dans ce village j’ai senti comme une vague de mélancolie. J’ai appris que les dates étaient bien présentes sur la tombe que j’avais fleurie… mais selon le calendrier lunaire. Après une bonne partie de la nuit passée en calculs, j’en ai conclu que la date ne correspondait pas. Cela n’a finalement que peu d’importance, mais tout de même. Je regrette aussi beaucoup le fait de ne pas avoir pensé à toucher le fameux arbre du village.

Je suis d’autre part d’autant plus affectée par ce passage que je sais que ce village est loin et que je n’y reviendrai que très difficilement par rapport au quartier de ma grand-mère par exemple. Je suis affectée aussi par le fait que je ne peux pas parler de mon expérience à mon grand-père, celui-ci n’étant plus là. Il n’y aura jamais d’échange à ce propos. Une partie de l’histoire a été perdue et j’en ai expérimenté l’aspect matériel.

Enfin, une image, anodine sur le coup, me hante : celle des travaux de route réalisés juste avant l’entrée du village. Une route blanche, comme en construction, avec des mecs qui prenaient des mesures, le tout devant des petites barrières bétonnées latérales. Cette route s’arrêtait devant une toute première maison, derrière laquelle se dessinait le chemin menant à la place principale. Que va-t-il advenir de ce lieu ? Va-t-il être balayé sous l’effet du « progrès » ?

J’ai peur… Et les larmes aux yeux. J’ai cette même tristesse que lorsque je repense au petites Madames de My Khe, à tous ces petits trésors en train de disparaître…]

[Edit après mon retour en France]

[Je suis à présent plus sereine à propos de cette visite, qui aura eu le mérite d’exister. Je ne suis pas vraiment sûre d’avoir pu raccrocher les wagons avec ces racines-là de ma famille mais j’aurai au moins eu le mérite d’essayer, d’être venue, de ne pas m’être trompée de village (je suis formelle là-dessus : c’était le bon village).

Comme l’a dit si bien un de mes sages amis, si je n’ai pas fleuri la bonne tombe, si je n’ai pas touché l’arbre, si le village va peut-être disparaître, cela n’est pas le plus important. J’ai foulé le même sol que mon grand-père quand il était enfant, j’ai revu cet endroit, certes bien changé je suppose, dans lequel il a grandi et où il n’est pas revenu depuis des décennies. J’ai foulé le même sol, respiré le même air, ai été au même endroit sur cette planète que le lieu où il est né. C’est déjà un beau cadeau, que je me suis fait, et que j’ai essayé de lui faire.

Il ne me reste plus qu’à me recueillir plus près de lui, à Paris, là où j’ai assisté pour la première fois, des années plutôt, à une cérémonie bouddhiste. Et là, la boucle sera bouclée, je pense…]

La Dame Bouddha à Danang

Dernier jour de notre (trop) court séjour à Danang.
Pour changer de la plage, nous déciderons de nous rendre au pied de la grande statue blanche que quiconque aperçoit depuis la plage et qui se hisse au milieu des montagnes.

Pour cela, nous prenons un taxi que je prends soin de choisir : je décide, devant tous les conducteurs de la compagnie, de prendre le taxi plus petit, alors que le manager me proposait une grosse berline. Je m’installe sur la banquette en lançant avec le sourire un « re hon » (= moins cher, prononcer Zè heun), devant le sourire entendu des chauffeurs.

Bien m’en a pris car c’était plus loin qu’on ne le pensait, à 10 kilomètres de la plage et du centre ville. Sans compter les routes en épingle à cheveux nous rapprochant de la Grande Dame…

Cependant, la route valait largement le coup. On est arrivé dans une pagode assez immense, plongée dans les chants bouddhistes amplifiés par les dernières technologies, surmontée par les montagnes verdoyantes et surplombant la mer de Chine. Un régal pour les sens.

Les photos ci-dessous ne lui rendent d’ailleurs pas tout à fait justice…

La grande porte des deux côtés, côté mer et montagne :

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Un ensemble étonnant de statues entourées par les montagnes :

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Danang de loin (avec ses petits bateaux de pêcheurs) :

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Une prière devant la Grande Dame, avec des poussins comme offrande, enfermés dans des caisses trouées de Bière Tiger :

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Un accidentel bon plan fruits de mer à Danang

Chéwi m’ayant rejointe quelques temps au Vietnam, nous avons décidé de voyager un peu. Après moultes hésitations (les montagnes du nord ? La campagne ? Hué exclue d’emblée car en plein festival), nous nous décidons pour Danang.

Le soir de notre arrivée à Danang, nous avons grand faim et avons envie de tester les fameux fruits de mer, spécialité du coin.

Chéwi trouve sur TripAdvisor (assez peu fourni sur la ville de Danang, étonnamment) un resto de fruits de mer appelé Bo Troi Dau qui avait l’air pas mal. Seul souci : seule la rue est indiquée, pas le numéro. Confiants et plein d’entrain, nous prenons le taxi en indiquant le nom du resto et celui de la rue, en bord de plage.

On tombe assez vite sur la bonne route. Puis ça roule, ça roule… Sans trouver pour autant ce fameux resto. On se retrouve assez désespérés, surtout quand le compteur commence à dépasser la limite psychologique des 100 000 dôngs. Le taximan nous dit dans un anglais plein de bonne volonté : « street very long ! » puis, devant l’aspect de plus et plus désert du chemin, fait demi tour.

Prise d’un élan de désespoir, je me dis que ce petit taxi doit bien connaître un coin sympa où aller manger. Je baragouine donc en vietnamien une phrase signifiant « nous voulons manger du poisson » (moi pas connaître le mot « fruits de mer » en vietnamien) et tout ce que le taximan nous répète d’une grosse voix enrouée rappelant certains personnages parodiques de manga – entremêlé de phrases rapides que je ne comprends pas – c’est un truc qui ressemblait à « COUA DA ! COUA DA ! ».

Eeeeuh, ok…
Cua… Da ? Je lui dis, en essayant de comprendre de quoi il parle.
Cua Da ! Répond-il d’une voix enthousiaste.

Chéwi et moi on se regarde, interloqués.

Cua Da ! Répète le taximan. Seafood, good !

Chéwi et moi on se regarde à nouveau.

Je dis : « ok ».

Et le voilà qui nous emmène sur une perpendiculaire par rapport au chemin du retour, pas très loin de notre hôtel. Nous arrivons devant un resto de fruits de mer appelé CUA DO (décidément, l’accent du Centre nous réserve quelques surprises) avec quasi que des vietnamiens, ce qui nous met plutôt en confiance. On demande le menu, le consulte, tandis que le chauffeur nous observe du coin de l’œil histoire de voir si on y va.

Effectivement, on y entre, et par la même occasion on perd de vue ce chauffeur jovial, ce qui est regrettable car on n’a pas eu l’occasion de le remercier de son très bon conseil !

Cua Do, donc, c’est un resto de fruits de mer à la vietnamienne, au bon sens du terme. Service rapide, réactif et efficace (plein plein de serveurs et serveuses), des interlocuteurs anglophones pour aider les touristes perdus comme nous, des employées préposées au décorticage de crevettes… Tout un programme ! Les vietnamiens y vont le plus souvent en famille pour faire ce qui ressemble à un repas de fête. Ça reste toutefois très vivant, bruyant, et surtout, chose rare pour un resto de fruits de mer en général, sans chichi, ce qui est fort agréable. Les tables autour de nous font « péter les homards » et se prennent en photo avec, avec leur smartphone !

Mais passons à l’essentiel : le repas. Nous on n’est pas contrariant, on commande depuis notre table 500 grammes de petites crevettes (vous constaterez la perception vietnamienne de « petites crevettes » en voyant la photo en fin d’article…) et un demi kilo de coquillages. Et voici que la préposée aux anglophones nous emmène dans une zone à part du restaurant : l’aquarium ! Et le moindre qu’on puisse dire c’est que ça foisonne. Nous pouvons donc choisir notre manger. Les employés le « pêchent » pour nous et l’emmènent en cuisine, pour être préparés selon nos désirs. Classe ! On s’est vraiment régalés.

Niveau addition, ça fait cher d’un point de vue vietnamien (le midi au boulot je peux manger pour un euro) mais pour les fruits de mer les plus frais que j’ai pu manger jusqu’alors + 8 nems de fruits de mer à partager + riz sauté à l’ail à partager (généreux) + boissons, on en a eu pour une douzaine d’euros par personne. On était tellement contents qu’on est revenus le lendemain.

Bref, le Cua Do fait partie de nos maigres plans qu’on a trouvé sur Danang. Il faut dire que dans cette ville, nous n’avons pas multiplié les essais et qu’on est souvent revenus aux mêmes endroits, car nous étions tellement satisfaits dès le départ qu’on est restés fidèles à nos trouvailles.

Tschüs !

Et en bonus : les photos de la salle, de nos crevettes grillées à l’ail et au gingembre, et de l’espace aquarium du Cua Do.

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