Fin du blog… Et après ?

J’ai commencé ce blog afin d’informer mes proches sur mon séjour au Vietnam et m’éviter d’écrire 35 fois le même mail décrivant les mêmes choses.

J’ai continué ensuite ce blog avec l’idée de livrer aux internautes futurs expatriés des conseils pratiques et pragmatiques tels que je n’en avais pas trouvés pour moi-même, alors que je stressais avant mon départ.
Je voulais aussi livrer ce blog aux futurs et actuels expatriés afin de partager les différentes phases de ressenti que l’on pouvait vivre lorsqu’on s’expatrie au Vietnam, car il s’agit d’une expérience en forme de montagnes russes émotionnelles. Il s’agissait en effet d’une de mes craintes avant de partir : que l’expérience soit trop dure moralement. Mon témoignage pourrait donc rassurer certaines personnes s’apprêtant à se lancer comme moi, même s’il ne s’agit que d’une expérience parmi d’autres.

Mais finalement, et peut-être le plus important, j’ai fait ce blog pour me souvenir.
J’ai en effet une mémoire assez sélective et qui me fait parfois défaut.
Il était donc important que je me souvienne de toutes les étapes, pas uniquement des belles choses mais aussi des doutes et des épreuves que j’ai pu traverser.

Ce blog, mon tout premier blog, c’est 100 articles et presque 8000 vues, des commentaires gentils ou curieux, et quelques fidèles abonnés avec qui j’ai pu échanger. Et je suis très contente d’avoir pu partager cette première expérience avec vous.

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Deux mois après mon retour en France, il est temps de dresser un premier bilan :

– Avant de partir au Vietnam, j’avais principalement trois peurs : 1/ celle d’une maladie (grave, s’entend) ; 2/ celle d’un accident (et vu la circulation, c’est statistiquement faisable) ; et 3/ celle d’une agression (moins courant, mais j’ai entendu des trucs et une morsure de chien errant est si vite arrivée). J’ai eu la chance de ne connaître aucun de ces trois désagréments en l’espace de six mois (je connais néanmoins des personnes dans mon entourage direct qui ont eu des accidents, qui se sont faits braquer par des mafieux en sortie de boite en se faisant voler leur carte vitale au lieu de leur CB, ou encore qui ont été allégés de leur iPhone et de leur CB…).. Pour être tout à fait honnête, les seules galères auxquelles j’ai pu faire face sont restées assez minimes : j’étais un peu SDF sur les bords (trois déménagements en 4 mois) avec le stress que ça implique, j’ai eu de nombreux soucis respiratoires et de peau dus à l’humidité et à la pollution qui m’empêchaient de chanter voire de parler, et j’ai eu une mini-entorse en début de séjour. Sans compter les petits coups de blues de temps en temps. Que des petits bobos en fin de compte.

– Pendant deux mois après mon retour, j’ai bu beaucoup plus de bière qu’avant de partir au Vietnam. Par nostalgie. Je sais, ce n’est pas terrible, mais je me suis finalement calmée après m´être tapé la plus grosse cuite de ma vie suite à mes examens de fin d’année. À présent j’ai plus de plaisir à boire une petite bière fraîche de temps en temps, mais avec plus de modération. Ma tolérance à l’alcool a de nouveau diminué…

– Contrairement à mes bonnes résolutions anti-morosité-et-débilité-des-médias-français, je me suis gavée de télé. Et de jeux vidéo. J’ai procrastiné à mort, y compris (surtout ?) pendant mes périodes de révision. Une façon de me vider la tête sans doute. Souci non résolu.

– J’ai hérité de ma maître de stage et de ma co-stagiaire l’usage abusif de l’expression « exactement » pour acquiescer tout et n’importe quoi.

– Dans le même temps, j’ai perdu pas mal mon vietnamien, surtout le souvenir des accents à appliquer à chaque mot… J’espère pouvoir le reparler un peu, de façon superficielle, avec certains membres de ma famille.

J’ai perdu deux kilos pendant mon séjour au Vietnam (je ne l’ai appris qu’en rentrant pas car je n’avais pas de pèse-personne là-bas). Et je les ai repris en l’espace de deux-trois semaines depuis mon retour. Parce que je mange du beurre quasi tous les jours et que j’adore ça.

J’ai par ailleurs été remanger dans mes restos vietnamiens favoris en France. Chose curieuse (qui peut s’expliquer par le manque de temps que j’avais à Ho Chi Minh Ville, le meilleur bun bo nam bô que je connais (bo bun pour les français, je ne comprends toujours pas la différence d’appellation) reste celui de mon super resto de Belleville.

– J’ai adopté un look plus soigné et personnel depuis mon retour. J’ai tendance à m’apprêter davantage lorsque je sors de chez moi. Fort heureusement, mes razzias shopping de mes dernières semaines au Vietnam m’ont permis à la fois de me relooker avec des vêtements originaux de qualité, et de ne pas être trop tentée par les vitrines insipides des grandes chaînes d’habillement occidentales (dont beaucoup d’articles viennent du Vietnam justement).

Ma peau a, fort heureusement et en quelques semaines, repris un aspect normal (elle avait été bien maltraitée par l’humidité et la pollution hanoienne !). Mes produits coréens, et spécialement une petite brosse toute douce me permettant de nettoyer les pores entièrement mais avec douceur, m’aident bien à ce niveau-là. Il reste cependant quelques cicatrices, que j’estompe peu à peu grâce à un masque spécial (le fameux Tomatox de TonyMoly).

– J’ai montré à ma grand-mère les photos que j’avais prises de Saigon. J’étais assez contente surtout de lui montrer la Bitexco Tower, celle en forme de pétale de lotus, comme le symbole d’un Vietnam moderne. Elle était déjà étonnée du fait qu’il y ait des barrières au bord du fleuve et a salué un regain de sécurité dans son ancienne ville. J’ai voulu lui montrer les aspects les plus modernes de son pays afin qu’elle en soit fière.

– De la même façon, mon séjour au Vietnam m’a fait comprendre qu’il existait un décalage entre l’image du pays véhiculée par des vietnamiens qui vivent depuis longtemps hors du pays (c’est à dire une bonne partie de ma famille, quel que soit leur pays d’adoption) et les vietnamiens d’aujourd’hui qui vivent et évoluent sur place. Tout ce que j’ai pu observer avant mon séjour n’était que le reflet déformé, nostalgique et un peu vieilli de ce que j’ai pu voir là-bas. Ce qui me permet de prendre une certaine distance.

– J’ai revu Alex, une de mes anciennes co-stagiaires de Hanoi, à Paris. On a fait comme on faisait d’habitude là-bas, on s’est pris une terrasse et un café au lait. Terrasse moins jolie que notre habituelle (un trottoir parisien versus une magnifique terrasse derrière l’opéra d’Hanoi), café moins bon et cinq fois plus cher… Mais ça m’a fait plaisir d’essayer de faire revivre nos petites discussions que l’on faisait avant.

Ce qu’on partage avec nos compagnons d’expatriation est assez indescriptible, c’est quelque chose de fort, de profond, dont on a l’impression que personne d’autre ne peut comprendre. On a vécu les mêmes phases, notamment celles concernant le retour au pays et la difficulté de se réadapter à nos anciennes vies, et avec entre autres cette lutte permanente pour ne pas soûler notre entourage en ne parlant que du Vietnam.

Pire que ça, on sait que même si on se revoit dans un autre contexte, ou même si on revient un jour à Hanoi, les quelques mois qu’on a vécus sur place resteront à jamais uniques. Plus jamais on ne vivra la même atmosphère, dans le même appart’ avec les mêmes colocs, les mêmes restos et magasins, les mêmes xe om… Et le Vietnam change si vite !
Pourtant, en revoyant nos compagnons de séjour, je crois qu’il y a cette tentative un peu vaine de faire revivre cette période que l’on chérira toujours au fond de nous.
Bref, je me sens, avec ces compagnons là auxquels je pense (j’ai très envie de revoir Ju et Gi en France, et mon ancien coloc Paul qui est en Angleterre), un peu comme ces anciens participants à une télé-réalité qui ont conscience d’avoir vécu avec d’autres un truc exceptionnel non reproductible et qui sont nostalgiques de ça. Ah oui, et je stalke pas mal sur les réseaux sociaux les copains qui sont loin maintenant.

– Dernière chose, et pas des moindres : grâce à mon séjour, je pense savoir un peu plus ce que je souhaite réellement dans la vie… S’éloigner de ses bases et de ses proches pendant un temps, ça peut avoir du bon pour savoir ce qu’on veut réellement, ce qu’on est capable d’accepter et ce qui est non négociable pour nous. C’est un enrichissement fabuleux.

***

De façon très logique, il me semble temps à présent de fermer ce blog qui avait pour objet le récit d’une expatriation au Vietnam avec cette particularité que l’expatriée en question avait des origines du pays (en partie).

Je pense reprendre ultérieurement l’écriture de ce « petit carnet » pour deux raisons possibles :

– une nouvelle expérience d’expatriation au Vietnam ou n’importe où ailleurs (on ne sait jamais), ou
– un retour au Vietnam, même de courte durée, afin de vous conter ce qui a changé entre temps, si je revois certaines personnes, etc.

Je clôture donc ce blog en vous livrant une dernière réflexion que m’a faite un ami qui a vécu plusieurs années entre France et Vietnam et qui a du malheureusement s’en éloigner.
Il m’a dit comprendre mes difficultés de réadaptation à la France et a parfaitement traduit en mots les effets d’une expatriation au Vietnam sur la plupart des gens :

« Quand on quitte le Vietnam, on en revient enrichi… tout en y laissant une part de nous-mêmes. »

Eh bien vous savez quoi ? C’est exactement ça.

Tschüs ! Et merci.

Mode, design et boutiques de créateurs au Vietnam

Dernier post « bonus » sur les avantages liés à la vie à Hanoi.

Encore une fois, désolée messieurs, ce sera girly.

Je vous ai déjà parlé de mes difficultés à faire du shopping à Hanoi. Autant pour les messieurs c’est plutôt simple et joli (et en plus vous avez accès au plus merveilleux tailleur que j’aie jamais vu, si vous voulez l’adresse, passez par la case commentaires), autant pour les filles, on a le choix entre :

– des machins pas chers mais tout en plastique et avec des couleurs criardes et des motifs pailletés genre « papillon de lumière » ;

– des fringues sensées venir des usines d’H&M, Mango, Zara (la plupart du temps des faux) ou Forever21, à prix raisonnables (10 euros la fringue environ) mais qui ne vous laisseront pas un souvenir impérissable ;

– des fringues aussi chères voire plus chères que les prix européens, lorsqu’on souhaite du très basique de bonne qualité.

Vers la fin de mon séjour, je me suis posée la question de savoir ce que je voulais rapporter du Vietnam, sachant que j’avais pour vœu secret de me faire un mini-relooking pour marquer le coup.

Alors au final, j’ai décidé de refaire une partie de ma garde robe ; et plutôt que d’acheter quantité de vêtements peu chers mais volumineux (très mauvais pour la franchise bagages), j’ai décidé d’y mettre le prix et de m’offrir quelques belles pièces de qualité avec en plus, une petite touche de design vietnamien.

Il est donc temps de vous parler de deux trouvailles pour toutes les modeuses de passage à Hanoi et qui voudraient rapporter dans leurs bagages des pièces issues du design vietnamien. Car, au-delà des grossières contrefaçons (ils copient même des marques plus pointues comme Mulbery!), il existe de vrais designers vietnamiens qui ne se contentent pas de copier, mais qui impriment leur propre style, et ça c’est vraiment agréable.

Il existe de tas de petites adresses incontournables pour les touristes et expat’ et je suis loin de les avoir toutes testées, soit parce qu’elles étaient trop chères même pour des critères européens (je pense à MetiSeko qui vend des vêtements en matière bio avec des motifs très jolis en forme de gingko biloba), ou parce qu’elles ne correspondaient pas à mon style (je pense à Chula, designers espagnols qui combinent influence vietnamienne avec des ao dai, et des couleurs et dessins plus proches d’un Desigual).

Mais je ne vais vous parler que de deux d’entre elles : L’Atelier d’une part, et TanMy Design d’autre part.

L’Atelier est une boutique que j’avais pas mal critiquée en début de séjour car je trouvais ses créations assez chères et plutôt orientées vers de vieilles rombières voulant paraître cool, chic, avec une pointe d’ethnique. Je suis revenue sur mon jugement lorsque j’y suis retournée, sur les conseils de ma maître de stage qui en vantait les pantalons en soie.

Bien m’en a pris car j’ai découvert sur place que certes les prix étaient chers pour le Vietnam, mais équivalaient à du bête Zara de nos contrées. Et pour ce prix, en choisissant soigneusement les références les plus basiques (couleurs neutres, pas d’imprimés…), on pouvait obtenir des vêtements très bien coupés, avec une pointe d’originalité et dans de belles matières (pas de soie pure cependant mais de la soie mélangée pour que ça tombe mieux et que ça se froisse moins) et avec de belles finitions. J’ai appris un peu plus tard que la créatrice avait fait ses armes dans une école de mode à Londres avant de revenir au Vietnam fonder sa propre maison il y a environ 5 ans.

J’y ai donc acheté pas mal de basiques : pantalons noirs en soie mélangée (un resserré et un large, tout deux taille haute), un haut en dentelle blanche manches courtes, une robe en soie, et une tunique en voile de soie couleur nude.

Il existe une boutique dans le quartier de la cathédrale Saint Joseph, et une autre plus petite à Xuan Dieu dans le quartier de Tay Ho.

Mon deuxième spot découvert en fin de séjour, lorsque je cherchais des cadeaux à me faire et à faire aux autres, a été Tan My Design. Une boutique du vieux quartier qui regroupe des articles venant de designers réputés de la capitale (dont l’Atelier). Le truc dingue que j’ai trouvé sont de magnifiques carrés de soie avec des designs originaux et faits dans une soie lourde de belle qualité. Seules les finitions sont parfois inégales mais assez peu visibles au final… L’occasion de s’offrir, pour une vingtaine d’euros, de beaux carrés de soie dans des couleurs flamboyantes et avec des motifs assez précis quoique moins subtils que les fameux Hermès. Sympa malgré tout !

D’ailleurs quand je suis revenue dans mon magasin Printemps en France, j’ai vu nombre de carrés de soie de marques parfois prestigieuses, dont les finitions ne sont pas tellement différentes de ce que j’ai trouvé à Hanoï…

Bref, j’espère que ce petit aperçu vous donnera envie de découvrir la mode et le design vietnamiens qui ont l’air d’être en plein essor. Alors pourquoi ne pas rapporter dans vos valises quelques pièces de jeunes créateurs ?

Tschüs !

Top 11 des différences entre lois françaises et vietnamiennes dans la vie quotidienne

Mon stage se déroulant dans le milieu juridique, j’avais envie de vous parler d’une multitude de petits détails vécus au Vietnam et qui me font penser à quel point certaines lois en France ou en Europe ont vraiment forgé notre quotidien et nos attentes. Cela rend parfois des détails de la vie vietnamienne un brin surprenants. Petit florilège…

1. En France, la loi Évin encadre strictement la publicité pour l’alcool et en interdit la distribution gratuite à fins promotionnelles.
Au Vietnam, certaines soirées de networking sont agrémentées d’hôtesses distribuant de nombreux shooters gratuits.

2. En France, la loi Évin accorde aux seuls buralistes, aux horaires raisonnables et pour la plupart fermés le dimanche, le droit de vendre des cigarettes.
Au Vietnam, les « Marlboro » (qu’ils disent) sont vendues n’importe où dans la rue et font même partie de cartes de nombreux cafés et restaurants. Les paquets y sont d’ailleurs servis sur une jolie coupelle.

3. En France, les prix sont toujours affichés TTC, et service compris pour la plupart des restos.
Au Vietnam, on peut régulièrement être amené à payer 15% de plus que le prix affiché sur la carte, qui ne comprend en fait (mais on ne le découvre qu’au moment de l’addition) ni la TVA ni les frais de service. Surpriiiise !

4. En Europe, on est protégé par les lois sur la CNIL et sur la protection des données personnelles.
Au Vietnam, nos données sont collectées n’importe où, et réutilisées n’importe comment.

5. En France, il est interdit de fumer dans les lieux publics.
Au Vietnam, ça clope n’importe où, y compris dans les studios d’enregistrement enfumés ou sur scène pendant les répétitions (ambiance Gainsbourg assurée).

6. En France, il existe des lois contre le tapage nocturne et la régulation du nombre de décibels dans les salles de concert.
Au Vietnam, on peut perdre ses tympans au détour d’une salle de karaoké.

7. En France, l’activité de pharmacie est strictement encadrée et fait l’objet d’ une prestation de serment. On fait donc plutôt confiance aux pharmaciens.
Au Vietnam, les pharmacies sont des épiceries comme les autres, et peuvent nous vendre une pommade trois-en-un cortisone-antibio-fongicide alors même qu’on demande expressément d’éviter les antibio, tout ça parce que ça coûte un euro de plus que la crème de base. Pharmaciens-épiciers, là-bas, c’est presque ça.

8. En France, les crèches sont étroitement contrôlées (par la DDASS, la PMI), notamment dans leur aménagement pour éviter tout accident.
Au Vietnam, les parents se prennent la tête pour éviter que celle de leur môme ne rencontre une vis dépassant négligemment d’un meuble d’une structure d’accueil.

9. En France, le code du travail érige en discrimination toute offre d’embauche qui porte sur des critères prohibés tels que le sexe ou l’origine…
Au Vietnam, pas de complexe, si on cherche pour un poste quelconque (enseignant, manager, serveur…) une femme blanche, on l’affiche aisément pour trouver plus vite ce que l’on cherche (!)

10. En France, on débat sur le bien-fondé de l’ouverture des magasins de bricolage le dimanche et des parfumeries la nuit.
Au Vietnam, on peut à peu près tout trouver dans la rue et dans les magasins tous les jours (le dimanche étant un jour comme un autre) jusque 22h environ.

11. En France, les soldes sont limitées dans l’année et contrôlées pour éviter tout abus.
Au Vietnam, certains magasins affichent perpétuellement des super soldes exceptionnels de 50 % sur tout.

Et vous, vous en voyez d’autres ?

Tschüs !

Comment gérer son budget d’expatrié au Vietnam (2) : une fois sur place

Bonjour cher visiteur et peut-être futur expatrié,

J’ai déjà sur ce blog évoqué les petits trucs auxquels on ne pense pas en partant au Vietnam, ainsi que quelques conseils sur le budget à prévoir avant de partir.

Aujourd’hui je vais vous parler de la gestion du budget une fois sur place, jour après jour. Je l’avoue, avant de partir, je n’avais jamais fait partie des personnes qui gèrent scrupuleusement leur budget et notent quotidiennement leurs dépenses sur un carnet, en vérifiant tous les tickets de caisse amassés dans la journée. Il suffisait que j’aie une idée approximative de ce qui me restait, et tout allait pour le mieux.

Mais je prends mon séjour ici comme une expérience durant laquelle je dois vraiment me débrouiller par moi-même, avec un revenu qui ne permet pas de faire des folies, et avec en tête de nombreuses dépenses que je devrai faire en rentrant, en raison de ma future entrée dans la vie professionnelle.

Au fil des semaines, je me suis rendue compte que je serais moins stressée si je savais combien je dépensais et combien il me restait par rapport à mon indemnité de stage.  J’ai donc cédé à la tentation de noter mes dépenses quotidiennes. Et me suis rendue compte que certains jours, je ne dépensais pas tant que ce que je pensais. Ça permet alors de savoir exactement les moments où on peut se faire plaisir sans aucune arrière pensée, et c’est donc assez reposant au final.

J’ai donc eu envie de vous parler ici de ma façon de gérer l’argent au quotidien.

Pour ma part, pour le quotidien ici, je divise mon revenu mensuel par trois :

I – 1/3 environ (un peu plus en réalité) pour le logement. J’essaie de réserver une petite marge de sécurité pour les charges diverses et variées : électricité (ça peut monter jusque 40 dollars par mois par personne pour une coloc en été a cause de la clim ; préférer le ventilo de plafond moins couteux et moins bruyant), femme de ménage (un service courant ici), produits ménagers et divers éléments d’amenagement de votre chez vous… Attention quand vous cherchez votre logement, prévoyez une marge d’environ 30 a 40 dollars car les loyers souvent ne comprennent pas électricité, et parfois même pas l’eau ou internet.

Combien coute le logement en ce moment sur Hanoï ?

Pour autour de 100 dollars vous pouvez tenter de dealer avec une famille vietnamienne pour vivre chez eux à la vietnamienne (faut avoir des contacts sur place). Pas cher, pas ce qu’il y a de plus pratique/confortable mais ça doit être une expérience intéressante toutefois. Une connaissance même minime de la langue est un plus.

Pour autour de 150-200 dollars vous avez une chambre basique (parfois avec matelas viet et douche viet) en coloc dans un joli quartier, ou une chambre pas mal dans un endroit moins bien placé (Dong Da, Cau Giay, voire plus loin…).

Pour 250-300 dollars voire un peu plus vous avez déjà une chambre dans une (très) jolie coloc et dans un coin sympa.

Pour 300-350 dollars vous avez accès a un studio pas trop mal (chambre au même endroit que la cuisine et le salon) dans le quartier des expat’.

Si vous voulez un vrai appartement dans le quartier des expat’, ça se négocie autour de 400-500 dollars, autour de 600-700 si vous souhaitez deux chambres.

Ajoutez 50 dollars de plus environ si vous voulez vivre dans l’hyper-centre, c’est à dire le quartier de Hoan Kiem (mais je ne le vous conseille pas, ce n’est reposant comme quartier, or le facteur « repos » devient important au bout de quelques semaines à Hanoï).

Tous les prix que je vous donne sont ceux du marché à destination des expatriés. Il est évident qu’il existe des sites d’annonce tout en vietnamien qui proposent des deals plus intéressants… Mais faut savoir parler la langue.

Si vous restez moins de deux mois, pensez aussi aux homestays. J’ai pu tester Mike Homestay par exemple, plutôt sympa et bon esprit.

II – Un peu plus d’1/3 pour le quotidien. On divise ce montant par 30 (oui je sais, y a des mois qui font 31 jours, mais je m’en fiche) et ça fait le montant depensable en une journée. Chaque jour on note ses dépenses dans un carnet (ou son agenda). A la fin de la journée on a un bonus si on a dépensé moins que le montant quotidien, ou un malus si on s’est lâché un peu (et il faut parfois le faire, après tout on est là pour profiter, et j’ai tendance a dire « oui » à quasi toutes les propositions de resto et sorties). On reporte le bonus ou le malus pour le lendemain et on cumule ainsi toute la semaine. Parfois a la fin de la semaine on a un joli bonus pour se faire plaisir le week-end…

Mais qu’incorporer dans son quotidien ? Pas grand-chose, sinon deux éléments : la bouffe et les transports.

La bouffe en semaine, ce n’est pas trop un souci. Le midi, vous aurez un bon plat basique dans la rue a 25000 dongs (moins d’un euro), ou un plat dans un café-resto à 40 ou 50000 dongs (un peu moins de deux euros).

Les transports représentent un vrai problème pour les petits budgets. Si on n’a que 10 dollars en poche par jour, il faut faire une croix sur le taxi. Il reste alors la moto (50 dollars par mois + essence + 5000 dongs à chaque fois qu’on se gare), le xe om (de 30 000 à 50 000 dongs la course, soit entre 1,20 et 1,70 euros), et le bus (5000 dongs le ticket, mais il existe une carte mensuelle illimitée plutôt intéressante mais qui prend du temps à faire). Personnellement, je combine bus pour trajet maison-boulot, xe om pour les adresses pour lesquelles je ne connais pas le trajet en bus et taxi quand je ne peux pas faire autrement (la nuit par exemple, ou quand je suis encombrée).

Le reste : essentiellement, les boissons (miam le smoothie à 2 dollars), la bière et autres cafés, les mangues et les gâteaux… que des trucs biens pas trop chers mais dont il faut tenir compte également 🙂

III – Un peu moins d’1/3 pour les extras et les imprévus.

Ne jamais penser qu’il n’y aura pas d’imprévus au Vietnam. Cependant, la plupart des imprévus se règlent avec de l’argent (ex : t’as loupé le dernier bus ? prends le taxi 20 fois plus cher…). D’où l’intérêt de se constituer une petite réserve.

Pour ce qui est des extras, les tentations sont nombreuses. Ça peut être de la soirée karaoké entre potes, au resto gastronomique, en passant par un massage aux huiles essentielles, sans oublier le shopping bien sur. On peut aussi penser a aménager son petit logement par exemple, via les « moving sale » à fureter sur le site The New Hanoian.

Comme pour les dépenses du quotidien, un système de bonus/malus est plutôt pas mal et permet de se lâcher quand le week-end dernier on ne s’est pas offert de séance de shopping.

Bien évidemment, gardez une réserve d’argent « hors budget » pour les occasions spéciales telles que les trips en dehors de la ville par exemple…

A présent, quelques questions pratiques :

Où changer mes sous ? -> Je vais être assez vieux jeu, mais je dirais a la banque. Certes le taux n’est pas des meilleurs, certes ce n’est que rarement ouvert après 17h, mais au moins on est tranquille. Certaines bijouteries appliquent des taux avantageux, d’autres des taux déplorables (j’ai même du écrire sur un papier le taux que j’avais lu sur xe.com le jour même pour leur faire comprendre que quand même, leur taux était ridicule), et parfois elles changent d’avis et vous disent qu’elles ne font pas le change. En général, je trouve que Vietcombank fait de meilleurs taux que Vietinbank par exemple.

Moto : louer ou acheter ? -> A partir de quatre mois de séjour, il est en général  recommandé d’acheter une moto (vérifier les papiers) puis de la revendre en partant. Elle n’aura couté que le prix de la moins-value. La location est aussi moins prise de tête en ce qui concerne les diverses réparations.

Comment manger bon et pas cher à la vietnamienne ? -> Pour le midi, rien de plus simple : partout dans la rue ou presque. Le soir c’est un peu plus compliqué car une partie des restos de rue ferme (normal, ils sont ouverts depuis le matin pour servir des soupes en guise de petit déjeuner). Un bon plan pas trop cher pour les petites faims du soir est de se payer un banh my ga, un sandwich vietnamien au poulet, au Highlands Coffee (leur Starbucks a eux) pour 29000 dongs, donc un peu plus d’un euro.

Comment manger bon et pas cher a l’occidentale ? -> J’ai un plan pour les personnes qui vivent ou bossent a Tay Ho, qui consiste a acheter a Oasis Grocery soit un plat chaud (pour les chanceux s’il en reste), soit un plat maison congelé a trouver dans leur congélateur magique au fond a droite (très bonnes lasagnes ricotta-épinards). Pour les grosses faims, direction Saint Honore juste en face pour compléter votre repas avec une baguette et un petit dessert. Je suis personnellement fan de leur congolais au chocolat : l’alliance d’une super matière première locale et du savoir faire français, le tout pour 6000 dongs. Ça vous fait en tout un bon repas traiteur pour a peine 60 000 dongs (2 euros voire moins).

– Et l’eau, ça coute cher finalement ? -> Environ 5000 dongs la bouteille de 50 cl en supermarché, 65 000 dongs le gros bidon de 19 l. Il est donc intéressant de s’offrir une bouteille, qu’on re-remplit ensuite avec de l’eau qui vient de ces fameux bidons. Au final ça ne revient pas trop cher.

Finalement le meilleur truc pour tenter de vivre pas trop cher ici est de connaitre a peu près les prix, sachant qu’on paiera toujours au moins un plus cher que les locaux. Je paie dans la rue mon kilo de mangue a 30 000 dongs, quand normalement ça en vaut 25. On ne va pas pinailler pour 20 centimes tout de même. Ça demande donc un petit sens de l’observation au quotidien. Au bout d’un moment les règles s’assimilent vite.

Bref, malgré tous mes petits trucs qui peuvent faire peur a priori, gérer son budget au Vietnam n’est pas si compliqué, pour peu qu’on reste un minimum vigilant. Je crois d’ailleurs que le Vietnam en général est un pays dans lequel il est nécessaire de rester vigilant, sans pour autant tomber dans les excès. Cela fera d’ailleurs surement l’objet d’un futur article…

J’espère en tout cas que mes billets peuvent rendre service au moins à certains d’entre vous.

Tschüs !

Comment gérer son budget d’expatrié au Vietnam (1) : avant le départ

Bonjour chers visiteurs et peut-être futurs expatriés,

J’ai déjà abordé les petits trucs auxquels on ne pense pas quand on part au Vietnam, pour aider les novices comme je l’étais avant de partir. Je l’avoue, à la base (et même maintenant), je ne suis pas spécialement une grande voyageuse… D’ailleurs ce blog n’est pas un blog de baroudeur mais vraiment un blog qui décrit les petites choses du quotidien, ailleurs. Moins spectaculaire mais tout aussi passionnant 🙂

Aujourd’hui j’ai eu envie de vous parler d’un sujet plutôt tabou et sur lequel j’ai pu entendre tout et n’importe quoi avant de partir : comment gérer son budget lors d’une expatriation au Vietnam.

Sur le net j’ai entendu vraiment de tout, j’ai autant eu des personnes qui me disent qu’« on a une vie de rois », que « tout est donné », que d’autres qui affirment qu’en dessous de 3000 euros de revenus mensuels sur place, il faut s’attendre a une vie misérable !
Entre deux il y a bien sur une réalité un peu plus nuancée.
Je ne peux évidemment pas parler d’autre chose que de ma propre expérience, mais j’espère que celle-ci va vous permettre de visualiser davantage la façon dont on peut gérer les questions d’argent quand on s’apprête à partir quelques mois au Vietnam (dans une grande ville, s’entend).

Je tiens tout d’abord à signaler que j’écris cet article dans le cadre d’un séjour qui se déroule en 2014. C’est un fait important à souligner car :

– d’une part, même si le dong vietnamien se stabilise relativement bien, la valeur de l’euro est encore en train d’augmenter par rapport au dong (alors qu’un dollar se stabilise autour de 21.000 dongs, sans que cela ne bouge particulièrement en ce moment). Quand je suis arrivée, l’euro était autour de 28.500 VND. A présent il flirte régulièrement avec les 29.000 (vive xe.com pour connaitre tous les taux en temps quasi réel)
– d’autre part, en raison d’une légère inflation mais aussi du contexte, les prix ont tendance à pas mal augmenter au fil des mois. Ce que je raconte en 2014 sera donc à relativiser dans les années à venir, même si ça peut néanmoins donner une idée.

Pour ce premier article sur la gestion du budget, je vais d’abord parler des dépenses auxquelles penser avant le grand départ.

Quels sont les postes de dépense à prévoir avant de partir ?

Le billet d’avion, le plus évident – En s’y prenant à l’avance et en faisant le combo skyscanner.com + kayak.com + prem’s de chez la SNCF pour les provinciaux comme moi qui veulent se rendre a Roissy en TGV, ça peut aller de 650 euros chez Qatar avec escale à Doha, jusque 1200 euros environ pour un vol direct Paris-Hanoï chez Air France ou Vietnam Airlines. Certains prennent un aller simple, d’autres un A/R avec possibilité de changement de date. A vous de voir…

L’assurance santé, l’indispensable – Elle ne m’a jamais encore servi, mais je ne vais pas m’en plaindre. Elle doit servir à vous couvrir en cas de consultation (remboursement a postériori la plupart du temps), hospitalisation, besoin de rapatriement voire responsabilité civile (ça peut être utile). Compter environ 200 euros pour six mois de stage, mais cela dépend vraiment du statut avec lequel vous partez au Vietnam – il est évident que si vous êtes étudiant ou stagiaire cela sera plus abordable. Ajoutez également les frais de santé divers et variés avant le départ, tels que les check-up dents, yeux, gy pour les filles, dermato au besoin, voire bilan sanguin pour ceux qui veulent, penser peut-être à vous offrir une paire de lunettes de secours, + les vaccins (rien n’est officiellement obligatoire, mais il est souvent recommandé, en gros, de faire hépatite A et B, rappel DTP, typhoïde. Hépatite et DTP je recommande vraiment au vu des multiples probabilités d’échanges de salive en tout genre, via la nourriture. Typhoïde non remboursée. )

Les premiers mois de loyer – Divisez ce que vous comptez dépenser mensuellement (votre indemnité de stage ou votre salaire si vous êtes payés, les économies assignées à votre séjour sinon, divisés par le nombre de mois) par trois. Ajoutez au besoin un peu plus (si vous êtes en petit budget ou si vous souhaitez un peu plus de confort). Multipliez ce montant par quatre. Pourquoi quatre ? Car il y a pas mal de (co-)locations qui n’acceptent que des paiements avec trois mois d’avance + un mois de caution. Il faut donc parfois avancer tout ça dès son emménagement.

Le visa – Sujet à constante augmentation. Encore une fois cela dépend de votre structure d’accueil (université, entreprise…) et du fait de savoir si vous préférez un entrées multiples ou entrée simple. Comptez une centaine de dollars pour les plus chers pour trois mois. Attention, réservez-vous aussi de l’argent si vous comptez renouveler votre visa sur place.

Le fait de se laisser, si possible, une petite cagnotte dans laquelle puiser pour des choses un peu exceptionnelles (road trip certains week-end par exemple, ou investissement dans un joli costume sur mesure), est appréciable.

Quelles sont les questions à vous poser avant de partir ?

Dollars ou euros ? -> Que ce soit pour les touristes de passage ou les séjours plus longs, je répondrais euros, définitivement. L’euro par rapport au VND est plus fort que le dollar dans son rapport avec le dong. Vous bénéficierez davantage de l’augmentation de valeur des euros et si vous attendez un peu avant de faire le change, vous gagnerez quelques centaines de dongs de plus. Une autre raison de ne pas prendre des liasses de dollars est que ça vous évite de subir deux fois un taux de change (EUR>USD>VND) qui vous sera forcement défavorable. L’idée de payer sa vie quotidienne en dollars, surtout pour les petits montants, n’est pas forcement pertinente, toujours pour les mêmes raisons : on vous appliquera la plupart du temps un taux de change défavorable. Les prix sont parfois ici affichés en dollars, mais c’est juste pour se faire une idée. Mais je crois qu’aucun commerçant ne peut refuser que vous le payiez en VND.

Compte en banque local or not ? -> Ça dépend de la durée de votre séjour. En général au-delà de six mois ça devient intéressant (soyez tout de même vigilant et gardez toutes vos preuves de paiement selon contrat de travail ou de stage pour faciliter le rapatriement de votre argent). En-deçà, c’est à  voir. Si vous ne comptez pas ouvrir de compte en banque local, renseignez-vous auprès de votre banque française avant de partir. Certaines proposent des forfaits internationaux permettant de retirer de l’argent ou de payer avec sa carte sans frais. Super intéressant.

Sinon, parmi les trucs auxquels penser avant de partir, n’oubliez pas de débloquer votre téléphone portable pour y accueillir une carte SIM vietnamienne (très abordable, en vente partout), résilier ou réduire au minimum vos abonnements en France, etc etc.

 

A suivre, une deuxième partie consacrée a la gestion de votre budget d’expat’ au Vietnam, une fois sur place. Vous allez voir, ce n’est finalement pas si compliqué.

Tschüs !

Etranger familier (part 2) – être d’origine vietnamienne au Vietnam

Étranger familier, étrange et familier… C’est un peu comme cela que je décrirais ce que je vois ici au quotidien.

Vivre une expérience à l’étranger est une chose.
Vivre une expérience dans un pays dont on est partiellement originaire mais dont on ne connaît que très succinctement la culture en est une autre.

Quand je suis partie au Vietnam, je pensais ne strictement rien connaître de la culture de ce pays. J’avais raison, et en même temps j’avais tort.

Il est étrange de penser que ce petit voyage de six mois me fait parfois vivre l’équivalent d’années entières d’expériences et de ressentis. Car malgré le quotidien, il se passe beaucoup de choses.
Ce voyage est une occasion pour moi de faire le point.

Le point sur l’avenir ; après tout je finis (enfin) mes études et vais bientôt passer à une nouvelle étape, pour laquelle j’ai naturellement un peu d’appréhension, mais qui fait partie des choses normales de la vie.

Je suis également en train de vivre des choses fortes musicalement, ce dont j’ai toujours rêvé, quelque part. Et je ne sais pas encore si cette expérience musicale équivaut à un chant du cygne, au commencement d’une nouvelle histoire ou a une simple parenthèse.

Je suis aussi dans un pays d’avenir, où vont se jouer des choses importantes de ce monde dans les années qui suivent. C’est un pays qui bouge, parfois de façon étourdissante, parfois sans que les personnes sur place ne puissent suivre le mouvement. Mais il y a un côté fascinant là-dedans également.

Mais ce séjour est également un appel vers le passé, sans que je ne l’aie réellement prévu.

Les chansons que je suis amenée à chanter ici me ramènent au passé.
Plus encore, mon voyage au Vietnam me fait remonter des souvenirs et des réminiscences que je croyais oubliés.

Je me surprends parfois à retrouver des points de repère, dans certains plats que je connais déjà, dans certaines attitudes, dans certaines habitudes que je remarque. Beaucoup de choses que je vois ici font écho a ce que j’avais observé auparavant,  parmi les vietnamiens que je connais qui vivent en France ou aux États-Unis.
Je me rends compte que tout ce que j’ai vu parmi ces vietnamiens d’outre-mer n’était que le reflet parfois déformé d’un paysage bien plus immense : le Vietnam.

Je vois ma grand-mère dans les mouvements de gym exécutés chaque matin au bord du lac Hoan Kiem.
Je la vois encore dans le prix plus cher des jus d’oranges pressées sur les menus, car même en France elle ne jure que par cette boisson plus « chic » que les autres.
Je la vois encore dans les bouteilles d’eau minérale, si vitales ici.
Je la revois encore dans les fictions télévisées si eau-de-rose diffusées dans les cafés, dans les sacs bon marché vendus partout, dans les séances photos de jeunes gens dans la rue, dans l’habitude de frotter ses baguettes avec un mouchoir avant de s’en servir, et de commander ses boissons systématiquement sans glaçons…
Je vois mon arrière-grand-mère parfois quand je croise de vieilles dames qui sortent doucement de la pagode de mon quartier.
Je la recroise encore quand je passe devant ces autels des ancêtres qui sentent l’encens, et où j’entends encore ses prières rythmées, quasi chantées dans cette langue qui alors me semblait alors si mystérieuse.
Je vois ma cousine dans les chansons d’Abba diffusées partout et chantées a tue-tête dans les karaokés.
Je vois ma grand-tante américaine dans tous ces fruits acides mangés avec du sel.
Je vois ma mère dans ma façon de cuisiner.
Je vois Tatie dans le banh cuon.

Par contre, je n’ai pas trouvé un seul homme âgé aussi beau que mon grand-père.