Vietnamese fact (2) : Les surnoms moches des enfants

Petite anecdote racontée par des membres vietnamiens de mon groupe de musique après une répétition un dimanche soir.

Autour d’un bol de soupe à la peau de cochon (« mange » me dit Tuan Anh, « c’est bon pour la peau, c’est plein de collagène !« ), mes compagnons nous racontent, à nous membres français, qu’étant petits, ils n’étaient pas appelés par leur prénom, mais que leurs parents leur avaient à chacun assigné un surnom moche…

Moche de par sa signification (« petit cochon » pour la jolie Tú, car elle était gourmande) ou de par sa sonorité (« petit coquillage » par exemple paraît plutôt mignon mais sonne assez bizarre en vietnamien).

On s’est alors demandé pourquoi existait une telle tradition dans les familles vietnamiennes.

Une des explications avancées par nos compagnons était une raison de superstition : en effet, si les parents appellent leur enfant par leur joli nom, le plus souvent flatteur et gracieux (on a souvent droit à des noms de fleur pour les filles ou de vertus pour les garçons), il existerait un risque d’attirer sur eux de mauvais esprits tentés de voler ces enfants… Les surnoms moches serviraient donc à camoufler les jeunes enfants de ces mauvais esprits.

Ça m’a semblé plutôt étonnant mais ça m’a fait pensé à une discussion que j’avais eue sur l’éducation vietnamienne qui est parfois assez avare en compliments faits par les parents aux enfants… Peut-être pour les mêmes raisons ?
Pourquoi pas, mais j’imagine que ça ne doit pas être très simple à comprendre pour de tout jeunes enfants.

En tout cas, cette incursion dans la culture vietnamienne était intéressante et m’a fait prendre conscience qu’il y aura toujours pour moi cette part de mystère et d’inaccessible dans cette culture… C’est aussi ce qui fait tout son charme.

Tschüs !

Le retour des Petites Madames de My Khe

Je pensais au début finir mon blog sur le récit du voyage que j’ai fait avec Ju dans le centre du Vietnam en guise de dernier trip, avant de retourner en France.
J’aurais pu vous parler en détails du train couchette nous menant à Hué, de la visite de la cité interdite bien abîmée par les guerres, de notre séjour prolongée à Hoi An sorte de Disneyland à ciel ouvert baigné dans des airs de Chopin et de Klederman, de notre quête perdue du Soul Kitchen et de ma déception par rapport au Guide du Routard.
Mais je ne le ferai pas : d’une part car les récits de voyage sont très nombreux sur internet et que raconter mes vacances me semble être d’un intérêt limité. D’autre part car écrire depuis la France est très différent d’écrire depuis le Vietnam.
Alors avant mon prochain article, le dernier probablement, je vous livre ma dernière histoire de voyage : le retour des petites madames de My Khe.

***

J’ai eu la chance de pouvoir écrire une suite et fin (?) à l’histoire de ces petites madames de cette magnifique plage de Danang qu’est My Khe. En effet, j’ai tanné Ju pour revenir sur ce lieu où j’avais pu découvrir ma toute première plage paradisiaque avec Chéwi.

Arrivées à Danang en milieu d’après-midi, c’est sur le coup des 17h que nous débarquons sur la plage et nous installons sur les larges chaises. Elles sont toujours là, les petites madames, à faire leurs petites affaires tranquillement, toujours en louant les chaises à 20 000 dôngs et en vendant leur coco à 30 000. Elles ne me reconnaissent pas mais qu’importe, je suis contente de les revoir en bonne forme et me dis qu’il y a tout de même un sacré passage par ici.

C’est le moment du coucher de soleil. Le soleil on le voit pas, on le devine aux reflets rosés qu’il laisse sur les nuages qui s’étirent en différentes nuances de gris. Ni une ni deux, une fois installée sur ma chaise, je me mets en maillot rouge, et cours (c’est rare !) vers la mer, un large sourire sur le visage. Autour de moi, des familles vietnamiennes s’amusent et profitent de ce que leur pays offre de plus beau.

L’eau est bonne car encore tiède du soleil qui l’a chauffée, alors même que le jour décline et que la température est donc en baisse par rapport à l’après-midi harassante qui se termine. Le contraste entre l’eau et l’air est donc idéal. Je prends place au milieu des vietnamiens qui se baignent, et avance en marchant dans les vagues. Le ciel est fabuleux, l’eau est belle et je me sens ivre de bonheur, comme dans un film. À gauche, les montagnes au cœur desquelles se dresse la Dame Bouddha, statue blanche construite sur le modèle du Jésus de Rio. Devant moi, le ciel et l’eau. À droite, ce qui ressemble à une île lointaine. Autour de moi, des gens heureux. Je suis enfin revenue à l’endroit que je préfère.

Une fois la baignade terminée, je bois une petite Larue en compagnie de Ju, sur une table en plastique bleu.

Le lendemain matin, je vais toute seule sur la plage tandis que Ju fait des courses. Seulement, pas de petite madame. À la place, des parasols et chaises repliés ou à l’abandon. Sans doute que l’heure est trop chaude. Je me rabats vers les parasols situés plus à droite, juste devant le Holiday Beach Hôtel. Sauf que ce est pas pareil. On me dit que le siège est à 40 000, puis quand on voit ma tête très étonnée, on corrige le prix à la normale. On facture une boisson basique à 30 000, et une coco à 100 000 (ce que je refuse, question de principe). Pire, je crois entendre ces dames parler de moi en utilisant le mot « cô » ce qui d’après mon Assimil est un pronom, qui, utilisé à la troisième personne, est assez méprisant. Bref, du pas sympa, du foutage de gueule. Je paie mon siège et m’en vais.

Bilan : si vous êtes intéressé par la plage de My Khe, éviter les nombreux parasols et paillotes directement en face du Holiday Beach. Préférez le petit stand qui se trouve à sa gauche quand on est face à la mer.

Petite photo de l’endroit :

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Lorsque sur le coup de 16h30, après un café sua da, Ju me demande ce que je veux faire pour finir la journée, je lui réponds : « glander sur la plage ». Ce qui peut tout aussi bien se traduire par « contempler la beauté du paysage ».

On y retourne, donc. Juste une chaise et une coco, pas de baignade car pas de salle de bain de l’autre côté de la rue (on avait lâché notre hôtel à midi).
Je remarque que les transats sont marqués du prénom de ce que je suppose être ceux des petites madames : l’une d’entre elles si appelle Linh, l’autre Thu. Je ne connais pas le nom de la troisième.

Et là, l’improbable arrive : l’une d’entre elles me parle, et me dit en vietnamien une phrase du type : « vous êtes déjà venue ici, vous ! »
Elles m’ont donc reconnue !!
Je lui baragouine un truc qui, en substance, donne ceci : « Je suis venue en avril et je suis revenue ici, car ici c’est très bien et vous (au pluriel) *grandes sœurs* êtes très biens » (« rât tôt » pour ceux qui connaissent, le seul mot qui m’était venu à l’esprit à ce moment là).
Elles m’appellent « em », « petite sœur », alors qu’elles ont l’âge d’être mes tantes.

Ju et moi on glande… Euh… Contemple encore un peu la plage en radotant pour la énième fois une phrase du type, « putain, je ne veux pas rentrer en France ». Je sors mon Assimil et apprends en vitesse une ou deux phrases pour le moment à la fois redouté et espéré que j’attendais : dire au revoir et remercier ces trois femmes si bienveillantes, honnêtes et tranquilles.

Le soleil baisse, l’inévitable fin arrive, je prends les dernières photos et Ju s’en va avant moi. Moi je prends mon temps, viens payer les madames, et leur dis, toujours en vietnamien, « Merci beaucoup ». Je leur dis que je dois retourner en France. Puis : « Chúc Hanh Phúc » qui signifie souhaiter du bonheur.
Elles me demandent si je vais revenir au Vietnam. Réponse basique : « Je ne sais pas. Je voudrais retourner au Vietnam mais je ne sais pas quand ». Elles comprennent.
Je leur dis encore merci, puis : « Je ne vous oublie pas » (merci Assimil).
Elles sourient, je souris, elles me disent « Hen Gap Lai » qui signifie « A bientôt », ou plutôt « On se revoit ».
Je leur répond « Hen gap lai » mais suis si émue que j’ai du mal à le prononcer.

Je m’en vais. Respire un grand coup. Plusieurs fois de suite. Me retourne pour voir la Dame Bouddha de loin. Marche dans le sable en m’éloignant. Regarde vaguement les vietnamiens s’amuser dans l’eau en famille. J’en peux plus. Les larmes roulent toutes seules.

Mais je suis reconnaissante d’avoir eu la chance de les revoir ces dames, sur ce bout de plage dont je suis tombée amoureuse. Je suis heureuse d’avoir pu leur dire, en peu de mots, que je les trouvais bien, que je ne les oubliais pas, qu’elles étaient importantes pour moi. Je suis heureuse de parler d’elles sur ce blog, et que peut-être des lecteurs soient touchés par cette petite histoire et cette rencontre qui paraît insignifiante et qui pour je ne sais quelle raison, a un impact très fort sur moi.

C’est très fort émotionnellement, c’est inexplicable et c’est une chance.
Alors oui, je suis reconnaissante.

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Dernière nuit, dernier jour à Hanoi (avant les prochains)

NB : je suis rentrée en France il y a peu, mais avec encore plusieurs articles en attente qui, je pense, méritent d’être publiés. Ils sont divisés en trois catégories : une sur la gestion du retour, une sur des thèmes de la vie hanoienne, et enfin, le récit de mes vacances dans le centre. Bonne lecture !

J’écris depuis l’avion qui me ramène en France.
Je laisse derrière moi six mois incroyablement intenses, qui m’ont appris et apporté bien plus qu’en plusieurs années.
Je sais maintenant qu’il y aura un avant et un après Hanoi.

Mais laissez-moi vous raconter les derniers instants.

Je ne me sentais pas bien les derniers jours. Mal au ventre, peu d’énergie, la moue tout le temps, moins de sociabilité alors que je voulais profiter un maximum (haha… Voir post précédent) des amis que je m’étais fait sur place.

Samedi, j’ai fait mes dernières emplettes. J’ai acheté je ne sais combien d’écharpes et de foulards de toutes les matières et de tous les styles, j’ai aussi assouvi ma lubie des cosmétiques coréennes et me suis fait une petite réserve. Bref, je me suis préparée psychologiquement aux prix français en me disant qu’en rentrant, je n’achèterais plus rien de non essentiel.

Mais surtout, samedi soir, j’ai eu des amis suffisamment sympathiques et intelligents pour répondre présent pour un dernier Bia Hoi (et donc se rendre disponible un samedi soir alors que je les préviens à la dernière minute). Un grand classique, avec pintes de bière locale à la pression, bouffe à profusion pas chère. Frites à la sauce chili, liserons d’eau sautés à l’ail, clams et autres bricoles.
Je bois quatre verres (ce qui pour moi, est à peu près le double du maximum habituel).
Je vais passer une bonne partie de la nuit à les assimiler.
David et moi on regarde, un brin médusés, Ced et Manu échanger des références et réflexions musicales de haute volée.

Après avoir fait la fermeture du Bia Hoi, after chez Cédric qui va s’étirer jusqu’à… 5 heures du matin. On a fait fort ! Échanges, refaisages de monde, réflexions musicales, bêtises d’adolescents…

Je m’endors donc vers 5h… Pour être réveillée à 8h20 par mon amie Chau qui a finalement décidé de participer à une audition de piano dans un café. Ça me donne une bonne occasion de me lever ! Je me précipite donc dans un taxi rejoindre mon appartement, me rends présentable et repars de chez moi comme si de rien n’était, avec 3 heures de sommeil dans les pattes mais sans aucunement ressentir de fatigue.

Je suis emmenée une dernière fois par Hai, le super taxi-moto en bas de chez moi, pas rigolard mais très sérieux et qui conduit comme un dieu. Je lui laisse la monnaie en partant et lui souhaite bonne chance pour la suite…

Je loupe la prestation de Chau car j’arrive trop tard. Je tombe sur une audition de piano telle que j’en voyais quand j’étais petite en école de musique et au conservatoire. C’est plein de gamins qui jouent de façon scolaire en se trompant de temps en temps. Y a un gamin pas assez grand pour toucher les pédales et qui joue la Lettre à Élise avec beaucoup de for ce et de sérieux.

Je sors, j’appelle Chau et la retrouve au Avalon Café qui dispose d’une très belle vue sur le Lac Hoan Kiem. L’occasion de boire un dernier café sua da tout en discutant avec mon amie d’amour et de musique. L’heure de se quitter arrive et je lui laisse de jolis cadeaux français en souvenir.

Je file ensuite vers le vieux quartier manger un dernier bun bo nam bo, dans Essence, un hôtel clairement orienté touristes (avec les prix affichés en dollar… mauvais signe). C’était assez fade pour le prix et la réputation du lieu.

Je vais ensuite non loin, à l’Espace, pour assister une dernière fois à une répétition de mon groupe adoré, Puzzle. Ils sont plutôt en forme ce jour là et grillent, pendant la pause, des seiches et autres poissons à l’extérieur de la salle.
Je ne me sens pas très bien et regarde l’heure constamment en prévision de mon retour vers l’appart´ car mes valises n’étaient pas finies.
Je vais même faire un petit saut vers le Lac Hoan Kiem histoire de le contempler de jour. Encore un craquage dans le rue Trang Tiên (on finit par être habitué).

Retour à l’Espace.
Le groupe a prévu, et c’est une première, de chanter une collégiale.
Me voilà donc côté public, face à mes amis, qui chantent timidement et avec hésitations, la chanson « Tu es de ma famille » de JJ Goldman.

Et David qui en rajoute une couche en me faisant signe depuis la scène et en me disant, juste avant les premières notes : « Daphné, cette chanson est pour toi ! »
Non mais oh, t’as pas pitié de mes glandes lacrymales nom de dieu ? 😉 j’avais envie de garder une certaine contenance, à la vietnamienne quoi. On sourit et on se cache pour pleurer. Mais enfin, peu importe au final.

Je crois que j’ai fait partie des premières personnes à utiliser l’expression « Puzzle Family », puis « Ulysse Family ». Car c’était véritablement de ça dont il s’agissait. Le clin d’œil était bon.

Les au-revoir se font sur le seuil de l’Espace, et à l’extérieur, dans le soir tombé. Aux uns on dit la fameuse phrase « On se revoit au Vietnam, en France, ou ailleurs ». Aux autres, on dit prévoir un échange de nouvelles.

Volte face vers le noir et le chemin de la sortie. Dès que j’ai le dos tourné, je pleure tout en marchant.

Je trouve très vite un xe om (je ne retrouverai pas Hong, le xe om jovial près de mon boulot), négocie vite et rentre vite chez moi en essayant de capter quelques bribes d’image.

De retour à l’appart´, je suis seule et c’est la panique. Le paquetage est beaucoup plus long que prévu et je n’arrête pas de courir partout, j’ai heureusement le temps de prendre une douche et de me changer. Je crois avoir oublié plein de choses. Je vends mon casque de moto à l’arrache. Ma valise est bien tassée, le taxi m’appelle et m’attend en bas de chez moi. Je ne suis pas prête, demande 10 minutes. Mon coloc m’appelle me dire qu’il ne peut finalement pas rentrer me dire au revoir. Chéwi m’appelle sur internet et je ne peux que très peu lui répondre. Je suis en nage.

Puis très vite, je vérifie n’avoir rien oublié (j’ai oublié des trucs), j’éteins les lumières, laisse un petit mot pour mon coloc, ferme les portes, lutte avec la valise pour dévaler les escaliers, stresse car elle semble peser 45 kilos.

Le taxi me prend et je n’ai le temps de penser à rien. Je regarde pour la dernière fois le paysage de mon quartier et ai l’esprit rivé sur mon retard. La précipitation m’empêche de prendre conscience de mon départ. C’est sûrement mieux ainsi.

Le conducteur est chapeauté par un formateur qui parle très bien anglais. Il me parle régulièrement et essaie de m’apprendre des trucs de vietnamien que je connais déjà. Enfin, je me dis qu’il ça au moins laisser une bonne dernière impression du pays.

Je fais peser ma valise. Elle fait 24 kilos. Hallelujah !!

Tschüs !

Vietnamese fact : Comment signifier qu’une blague n’est pas drôle

Nouvelle rubrique sur des petits détails culturels appris auprès de mes amis vietnamiens.
Cette fois je vous parle de ce moment autour d’un barbecue (notamment de poitrine de vache !) où l’un de nos amis français tente une petite blague devant l’assemblée.

Réaction de Tú : elle rit tout en se grattant un dessous de bras.
Pourquoi, me diriez-vous ?
C’est elle qui l’a expliqué : lorsqu’on veut signifier à quelqu’un que ce qu’il vient de dire n’est pas drôle, un vietnamien peut rire tout en se chatouillant l’aisselle, comme pour dire, « ta blague est si peu drôle que je dois me forcer à rire ».

Tschüs !

Top 6 des conversations typiques d’une expatriée eurasienne au Vietnam

Après six mois de séjour à Hanoï, c’est l’heure de dresser les bilans. Car six mois de Hanoï, c’est six mois de rencontres. Parfois durables, parfois furtives. Et parfois, on a un peu une impression de déjà-vu, surtout au niveau des conversations… Voici mon petit top personnel des conversations typiques que j’ai pu avoir maintes fois ici.

1.  Avec un(e) expat’ français(e)  fraîchement rencontré(e)

– Alors, ça fait combien de temps que tu es au Vietnam ?
[réponse]
– Et tu fais quoi ici à Hanoï, tu es prof ?
[réponse]
– Et sinon, tu viens de quelle région en France ?

2. Avec un(e) expat’ anglo-saxon(e) fraîchement rencontré(e)

 – What’s your name ?
– It’s Daphné.
– Stephanie ??
– No, Daphné, you know, like in Scoo Bi Doo.
– Ah ! Daphné ! Wow, you’re my first Daphné !!

3. Dans un lieu public quelconque avec un(e) vietnamien(ne)

[phrases en vietnamien dites de façon trop rapide pour que je comprenne]
[en vietnamien de base] Désolée, je ne comprends pas, je ne connais pas beaucoup le vietnamien
[en anglais ou en vietnamien] Ah, désolé, je croyais que tu étais vietnamienne ! Ton visage ressemble beaucoup à celui des vietnamiennes !
– Mon père est français, ma mère est vietnamienne.
[air entendu du type « ah oui, je comprends », puis éloignement]

4. Avec un vietnamien, n’importe où, une fois que j’ouvre la bouche et que je me fais griller en tant qu’étrangère

– Where are you from?
– From France.
– Ah, Paris !!

5 . Avec un(e) vietnamien(ne) qui fait l’effort de me parler en vietnamien plus de 30 secondes (et ça fait bien plaisir)

– De quel pays es-tu ?
– De France.
– Et depuis combien de temps es-tu au Vietnam ?
[réponse]
– Tu es quel âge ?
– X ans.
– Et tu travailles où ?
– Dans un bureau près de tel monument.
– Et tu vis où ?
– Dans le quartier Machin.
– Et tu es mariée ?
– Oui.

6.  Au restaurant

– [commande en vietnamien]
– [réponse en anglais]

*air dépité*

Et vous, vous avez des conversation typiques par chez vous ou dans votre pays d’accueil ?

 

J’y étais

[Ajout de photos en cours – Edit/bilan intermédiaire en fin de post – article en constant chantier – revenir régulièrement]

Samedi est enfin venu le jour où j’allais en quelque sorte reconstituer les pièces du puzzle.
Après avoir visité, fin mars, le quartier de Saigon où ma grand-mère avait grandi, je suis allée visiter le village où est né et a grandi mon grand-père.

La deuxième démarche était beaucoup moins commode que la première car mon grand-père a grandi dans un petit village paumé que j´ai eu déjà du mal à retrouver sur une carte, notamment car plusieurs villages au Vietnam portaient le même nom. Le bon était finalement celui qui était le plus loin d’Hanoi. J’ai tapé ce nom sur internet, et ce village était si perdu que rien de significatif n’apparaissait sur Google Image… Un voyage authentique en perspective !

J’étais sensée y aller au bus accompagnée de ma super coloc Haï Minh qui a le bon ton de savoir parler le vietnamien. La veille elle me propose finalement de renoncer au bus et d’y aller en moto, soit-disant que ce ne serait pas si long… Erreur s’il en est mais cela a apporté un certain charme au projet.

Nous voici donc parties toutes deux en moto, Hai Minh au guidon et moi à l’arrière, sur le coup de midi car entretemps il a fallu faire configurer mon portable pour qu’il accepte la 3G locale. Ce qui est plutôt pratique pour se repérer en pleine campagne.

Nous prenons donc l’avenue sur Hanoi qui passe devant la gare et nous continuons vers le sud, en sortant de la ville. Pendant une bonne heure, nous longeons l’autoroute qui elle-même longe les chemins de fer. Au menu du paysage : d’un côté les rails (parfois des trains de marchandises) et un paysage de campagne type rizière (plus d’eau du tout car c’est l’été, il y a donc juste de la verdure) avec des silhouettes de village à l’arrière, et de l’autre, des maisons, le plus souvent des commerces hétéroclites. Parfois quelques pagodes.
Je relève d’autre choses sympas, comme des mares remplies de canards grands et blancs (d’élevage je suppose). C’est aussi la saison où l’on sèche à la fois le riz (qui devient roux puis jaune au soleil, et que l’on étale à même le sol) et la paille (douce odeur d’herbe coupée, sur lesquelles nous devons parfois rouler).

C’est assez monotone et nous comptons, grâce aux bornes, les kilomètres qui nous séparent de Phu Ly, notre première étape.

Ville de taille moyenne, plus grande et moderne que je ne l’avais imaginée. Sur la rue principale, nous buvons un jus de canne à sucre devant un très joli parc. Nous discutons avec les tenanciers de la buvette. L’une d’entre eux nous raconte être née en 1940 d’un père soldat français (elle arbore une peau beaucoup plus foncée que ses camarades) et d’une mère vietnamienne. Ses parents s’étaient mariés mais le père était finalement reparti. Elle se demandait si elle pouvait encore le retrouver…

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Nous repartons de Phu Ly pour la deuxième partie du voyage : des routes de campagne passant par différents petits villages. Toujours la paille coupée et les parterres de riz en train de sécher. Chose curieuse, on a croisé au moins trois grandes églises, toutes plus richement décorées que les cathédrales d’Hanoi ou d’Ho Chi Minh Ville. Ca tranche bien avec les rizières.

Sur la route, nous nous arrêtons dans une bourgade et Hai Minh, devant mon indécision totale, m’aide à choisir les présents que nous pourrions déposer au village : des fleurs violettes et blanches emballées dans du papier journal, un petit vase blanc aux enluminures bleues, des mangues, un paquet de bâtonnets d’encens et un briquet en plastique.

Munies de ces objets, nous repartons de plus belle, avec toujours ces villages en enfilade.
On a chaud. Je suis en sueur. Je suis fatiguée à être assise sur ce scooter.

Nous interrogeons un vieil homme en vélo au casque kaki et au t-shirt bleu foncé avec des mots anglais mal traduits inscrits dessus. Il nous demande le nom de mon grand-père, ca ne lui dit trop rien. Nous faisons demi-tour et tournons à droite sur une allée blanche. Au bout d’un moment, nous tournons à gauche sur un chemin qui semble être en travaux (je ne sais pas de quoi, mais plusieurs vietnamiens prenaient des mesures…). Je repère tout de suite le cimetière devant à droite.

Nous arrivons enfin au village en question (et on a quand même mal a notre séant, après un total d’environ 2h30 de moto).

Le lieu est assez irréel, comme inséré dans une enclave. L’entrée du village a un je ne sais quoi d’enchanteur. Un grand arbre trône, avec dessus le nom du village sur un panneau rouge stylisé. Derrière cet arbre, un bassin circulaire dans lequel reposent des feuilles et fleurs de lotus. Derrière le bassin, la pagode, bâtiment très simple et bas de plafond avec toiture et portes de bois marron, devant lequel sèchent des grains de riz séparés en deux catégories de teinte. Sur la droite de celle-ci, un bâtiment d’aspect récent qui est une sorte de maison culturelle du coin.
La pagode est fermée. Tant pis pour les prières.

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Nous faisons le tour du village… Enfin pas exactement. Nous nous contentons de parcourir l’allée principale, bordée de maisons parfois d’aspect assez récent. Des dates recouvrent les portes : 2010, 2005, 1980… Est-ce les dates de construction ou de rénovation ? Je l’ignore… Il est possible que la région aie du reconstruire une partie des bâtiments, depuis tout ce temps. L’arbre, par contre, devait être d’époque… Je me raccroche à ca.

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Je m’aventure parfois dans des allées perpendiculaires sur la droite. Certaines sont en brique et se terminent la plupart du temps par une entrée vers un terrain fermé.
Je ne m‘aventure pas dans les allées de gauche. Elles donnent sur de petites bicoques et je ne veux pas me montrer trop intrusive. Je veux aussi éviter tout risque de croiser un chien un peu trop hargneux.

Nous avons l’air certainement étrange, peut-être un peu voyeuses, prenant des photos de tout et posant notre regard sur le moindre détail de ce village. Les quelques personnes que nous croisons sont en plein travail. Dans les rizières, ou en train de transporter des choses. Nous n’osons les déranger dans leur journée.

Sur la rue principale, sur le retour, je ramasse une fleur de magnolia à l’odeur délicieuse. Je la mets dans mon bouquet que je tiens en mains.

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Après un dernier tour du bassin de l’entrée, nous allons vers le cimetière.
Celui-ci est moins triste que bien des cimetières occidentaux. Les tombes sont de couleur noire, bleue foncé, grise, brune, carrelées ou en pierre. Deux vaches marrons (ou buffles ?) broutent tranquillement et se faisant, entretiennent les lieux. Le tout donne une atmosphère très paisible. Les grillons chantent.

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Nous nous mettons à la recherche de tombes portant le nom de mes arrière-grands-parents, que j’ai pu récupérer grâce à un papier administratif. Recherche plutôt fastidieuse. Nous parcourons de hautes herbes. Le sol n’est pas plat, c’est juste de la terre, pas de chemins. C’est libre.

Je tente de voir les tombes les plus simples, celles qui semblent être les plus anciennes.
Je découvre une tombe portant le même nom que celui de mon arrière-grand-mère, toute simple et en pierre, mais qui est couplée avec une tombe portant un nom que je ne connais pas. Pas de date. Pas de moyen d’en savoir plus. Personne à qui demander.
Pas de trace de mon arrière-grand-père, et aucune tombe portant le même nom de famille avec la même particule.

Le tour de ce cimetière ne donne rien. Certaines tombes sont effacées, d’autres recouvertes d’herbes qui cachent les plaques. Alors je me résous à faire mes offrandes sur cette tombe qui porte peut-être juste un homonyme d’un membre de ma famille. Au pire, une inconnue verra sa tombe fleurie à nouveau. Après tout, les restes d’encens dans le petit pot de la tombe semblent dater un peu beaucoup. Nous déballons le vase, le déposons sur la gauche et mettons les fleurs dedans. Je dépose la mangue dans la cavité près de la plaque, à droite.

Entre temps, j’avais perdu le magnolia.

Hai Minh montre une fois de plus sa gentillesse et sa générosité en prenant en charge l’allumage des bâtons d’encens. Le briquet est merdique, on se brule un peu avec. Les bâtonnets ont du mal à s’enflammer mais on finit par y arriver.

Chacune avec une bonne poignée de bâtons entre les mains, nous nous concentrons un peu (Hai Minh plus que moi) puis déposons l’encens dans le pot prévu à cet effet. Pas mal de cendres retombent sur ma main.

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Dernières photos, derniers regards. Puis nous repartons. C’est le début de la fin d’après-midi.

Depuis la moto, je regarde sur ma droite le cimetière et le village s’éloigner. Je pleure, ni vraiment de joie ou de tristesse, mais d’une émotion difficilement définissable. Je peux simplement dire à Hai Minh, « thank you so much ».

Les rizières alentours sont belles et des gens travaillent dedans. Ils nous regardent parfois bizarrement. Je joue avec mon appareil photo, prenant frénétiquement des clichés au vol depuis la moto, comme pour ne pas en perdre une miette. Tentative dérisoire. Encore cette odeur d’herbe coupée.

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Nous remontons cet enchainement de villages vers Phu Ly. Je repasse devant la bourgade ou j’avais acheté mes offrandes. Nous nous arrêtons à la lisière de Phu Ly, sur une terrasse de fortune, déguster la plus grosse noix de coco que je n’avais jamais vue. Une corne d’abondance d’eau de coco. Hai Minh la termine pour moi et repart avec un gobelet de jus de canne. Les enfants à notre table parlent de nous en vietnamien.

[c’est notre moto en arrière-plan]

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Reprise de la route. Nous passons devant une grande église bleue et moderne d’une rue commerçante, puis par la route principale de Phu Ly sans revoir les tenanciers de la buvette à laquelle nous nous étions arrêtées à l’aller.

Une fois l’étape passée, vient la partie rectiligne de la route, plus goudronnée et peuplée. Un peu de magie s’envole, sauf sur le côté rail derrière lequel on peut voir de loin les rizières sous le soleil qui décline. Toutes mes photos se soldent par un échec.
A l’approche de la destination, quelques pagodes sur la droite et des lieux de vie avec street food et marchands de fruits et légumes.

Arrivée dans la ville vers 19 heures. Goudron et klaxons en masse. Bienvenue à Hanoï.
La nuit tombe. On est fatiguées. On a du mal à monter les escaliers vers notre appartement. On ne sortira pas le soir.

Peu de recul sur cette expérience pour le moment… Ça se décantera en allant.
Tout ce que je sais c’est que ce jour-la, ma coloc a été une fille incroyable.

 

[Edit une semaine plus tard]

[Ça va bientôt faire une semaine que j’y suis allée. Le bilan pour le moment est un peu morose… Depuis ma venue dans ce village j’ai senti comme une vague de mélancolie. J’ai appris que les dates étaient bien présentes sur la tombe que j’avais fleurie… mais selon le calendrier lunaire. Après une bonne partie de la nuit passée en calculs, j’en ai conclu que la date ne correspondait pas. Cela n’a finalement que peu d’importance, mais tout de même. Je regrette aussi beaucoup le fait de ne pas avoir pensé à toucher le fameux arbre du village.

Je suis d’autre part d’autant plus affectée par ce passage que je sais que ce village est loin et que je n’y reviendrai que très difficilement par rapport au quartier de ma grand-mère par exemple. Je suis affectée aussi par le fait que je ne peux pas parler de mon expérience à mon grand-père, celui-ci n’étant plus là. Il n’y aura jamais d’échange à ce propos. Une partie de l’histoire a été perdue et j’en ai expérimenté l’aspect matériel.

Enfin, une image, anodine sur le coup, me hante : celle des travaux de route réalisés juste avant l’entrée du village. Une route blanche, comme en construction, avec des mecs qui prenaient des mesures, le tout devant des petites barrières bétonnées latérales. Cette route s’arrêtait devant une toute première maison, derrière laquelle se dessinait le chemin menant à la place principale. Que va-t-il advenir de ce lieu ? Va-t-il être balayé sous l’effet du « progrès » ?

J’ai peur… Et les larmes aux yeux. J’ai cette même tristesse que lorsque je repense au petites Madames de My Khe, à tous ces petits trésors en train de disparaître…]

[Edit après mon retour en France]

[Je suis à présent plus sereine à propos de cette visite, qui aura eu le mérite d’exister. Je ne suis pas vraiment sûre d’avoir pu raccrocher les wagons avec ces racines-là de ma famille mais j’aurai au moins eu le mérite d’essayer, d’être venue, de ne pas m’être trompée de village (je suis formelle là-dessus : c’était le bon village).

Comme l’a dit si bien un de mes sages amis, si je n’ai pas fleuri la bonne tombe, si je n’ai pas touché l’arbre, si le village va peut-être disparaître, cela n’est pas le plus important. J’ai foulé le même sol que mon grand-père quand il était enfant, j’ai revu cet endroit, certes bien changé je suppose, dans lequel il a grandi et où il n’est pas revenu depuis des décennies. J’ai foulé le même sol, respiré le même air, ai été au même endroit sur cette planète que le lieu où il est né. C’est déjà un beau cadeau, que je me suis fait, et que j’ai essayé de lui faire.

Il ne me reste plus qu’à me recueillir plus près de lui, à Paris, là où j’ai assisté pour la première fois, des années plutôt, à une cérémonie bouddhiste. Et là, la boucle sera bouclée, je pense…]